maison de renaud jean

La maison de renaud jean à Samazan

 Dans l’exposition aux Archives Départementales du Lot et Garonne au sujet de Renaud Jean on découvre le document que j’ai recopié ci-dessous.

Il s’agit d’une note établie par les renseignements généraux la veille de la mort de Renaud Jean et classée SECRET. Archives départementales du Lot et Garonne 1039 W 32

On y apprend que Doriot serait intervenu pour aider à la libération de Renaud Jean et Racamond. Les RG écrivant cette note en 1961, l’information avait due être récupérée dès 1944-1945 par la direction du PCF (plusieurs notes des RG ont été utilisées pour justifier des exclusions) et s’il n’y a jamais eu de référence à elle, au cours de la vie de Renaud Jean, ça n’infirme pas cette possibilité car les raisons politiques de la mise à l’écart ne manquaient pas.

Ce qui, à me yeux, rend plausible cette action de Doriot c’est la date de la libération, le 15 juin 1941. Doriot, devenu un pro-nazi notoire savait sans nul doute que le mois de juin serait, comme en 1940 pour la France, celui de l’attaque de l’URSS par Hitler ; et après cette attaque, tout communiste français devenait encore plus qu’auparavant un danger rendant sa libération impossible. Il est frappant de constater que Philippot emprisonné avec Renaud Jean, n’ayant pas été libéré, est mort en déportation. Il est frappant de constater – je l’ai noté pour le TetG - que le 21 juin 1941 quand Hitler attaque l’URSS, l’arrestation de communistes est devenu une urgence. En Tarn et Garonne ces arrestations ne provenaient pas d’une action particulière ou d’une filature réussie : tous les communistes arrêtés tranquillement chez eux étaient connus comme tels depuis longtemps.

Ajoutons que Renaud Jean n’avait pas été condamné à de la prison ferme aussi, comme ses amis communistes, il était illégalement privé de liberté et très malade. Doriot aurait donc fait un geste en souvenir de luttes passées, et avant l’heure de l’affrontement reporté du nazisme avec le communisme.

Fallait-il sortir ce document des archives ? Certains diront, c’est pour salir Renaud Jean. L’histoire se regarde en face et sans nul doute Renaud Jean aurait été triste, si cette note lui avait été mise sous les yeux, mais sa vie reste cependant sans tâche, car cette note ne dit pas que l’intervention de Doriot s’est faite suite à une demande de Renaud Jean. Peut-être, dans l’entourage du député de Marmande quelqu’un a-t-il fait cette démarche…

Ceci n’excuse en rien les dérives de Doriot, tout comme le fait que René Bousquet ayant pu sauver tel ou tel juif ne peut effacer, ni relativiser, les lois mises en œuvre et les mesures d’ordre général (au contraire). L’histoire s’écrit avec des cas particuliers mais surtout avec des tendances de fond. JPD

 

  

N° 943/GR/20                                 le 30 mai 1961

 Note d’information

 Objet : a/s du passé politique de M. Renaud JEAN et de ses difficultés avec le P.C.F.

Référ.:Vos instructions du 29/5/61.

 Pour le période qui se déroule de 1939 à la Libération, le cas Renaud JEAN peut être examiné sous deux aspects l'aspect doctrinal et l'aspect historique :

1°) - Aspect doctrinal :

Premier Député paysan du P.C., Renaud JEAN s'est toujours opposé à la position orthodoxe du P.C. international (3° Internationale) en ce qui concerne la place de la paysannerie dans un pays à organisation marxiste.

Pour les doctrinaires du parti, en effet, c'est la dictature du prolétariat, c'est-à-dire des ouvriers, qui doit s'imposer, les paysans n'étant qu'une forme d'appoint vouée à disparaître.

Renaud JEAN, au contraire, a toujours défendu l'opinion selon laquelle les paysans, classe moyenne c'est vrai, mais œuvrant de leurs mains, devaient être considérés comme des ouvriers.

Depuis 1922 et jusqu'en 1939, il a fait plusieurs voyages en Russie et a eu de nombreuses conversations avec la Direction du Parti en France.

Ses interlocuteurs n'ont jamais pu lui faire adopter la doctrine orthodoxe.

WÀLDECK-ROCHET, à l'époque, "le jeune qui montait", devait déjà avant 1939 supplanter Renaud JEAN à la tête de l'appareil communiste de la paysannerie, à cause des thèses dissidentes du leader paysan du Lot-et-Garonne.

Cependant, s'il n'y avait pas eu les évènements de 1939, Renaud JEAN serait certainement resté député communiste.

2°) - Aspect historique :

Au moment de la déclaration de guerre de 1939, l'appareil du parti en L.&.G. avait comme état-major par ordre décroissant : Renaud JEAN, M. AURIN, M. Robert LACOSTE, M. LABRUNIE et M. PHILIPPOT, 2° député P.C. du département.

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AURIN fut mobilisé. Il n'a donc pas eu à signer la déclaration qui était demandée par le Gouvernement aux leaders communistes contre le pacte germano- soviétique STALINE-RIBBENTROPP, du 26/8/39.

Par contre, PHILIPPOT a rédigé sa déclaration.

Dans le privé, Renaud JEAN expliquait pourquoi "le capitalisme forcené créateur du fascisme et de l'hitlérisme ne pouvait être allié du prolétariat marxiste-léniniste. Pareille alliance n'est qu'une mauvaise manœuvre et ne peut préluder qu'à des catastrophes" (sic).

Ceci se passait vers le 2 ou 3/9/1939.

Par la suite, JEAN Renaud se rapprocha par esprit de discipline de la thèse officielle du P.C.F. soutenant à fond la politique du pacte germano-soviétique.

Il refuse donc de signer la moindre déclaration contre le Pacte germano-soviétique.

Dans le même moment, la Direction du P.C.F. lui demandait d'enquêter sur le cas PHILIPPOT qui "avait trahi en se ralliant au gouvernement".

Or, Renaud JEAN refusa de s'occuper de cette querelle, et à partir de ce moment ses difficultés commencèrent vraiment avec le Comité Central.

En effet, à la Chambre, Florimond BONTE avait lu au nom du parti une déclaration dans laquelle il disait : "la guerre contre l'Allemagne est d'un caractère impérialiste évident. Le P.C. ne peut soutenir pareil conflit".

C'est au milieu de ces intrigues et de cet imbroglio que le Président DALADIER signa un décret d'internement des députés et dirigeants du P.C.F. Renaud JEAN, AURIN, et PHILIPPOT furent donc internés.

Parmi les autres internés se trouvait le député P.C. RACAMOND. Il faut noter aussi que l'affaire PHILIPPOT avait évolué dans l'intervalle.

PHILIPPOT avait présenté son autocritique et il était rentré à nouveau dans les grâces du parti.

Après la débâcle de juin 1940, DORIOT, DEAT et VALLAT deviennent des figures de premier plan.

Or, JEAN Renaud est resté l'ami personnel de DORIOT, ancien maire communiste de St-Denis.

DORIOT, par amitié, eut la persévérance de s'occuper de Renaud JEAN et de RACAMOND et il finit par obtenir en 1941 la mise en liberté de ses deux amis.

A partir de ce moment-là, le P.C.F. ne pardonne jamais à JEAN Renaud "l'esprit bourgeois avec lequel il s'était incliné par opportunisme pour reprendre sa liberté, insultant ainsi le parti et tous ceux qui continuaient la lutte".

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Effectivement, depuis la Libération, M. JEAN Renaud a toujours été tenu à l’écart par le Comité Central.

 Destinataire :

- M. le préfet du L et G

- Archives