renaud jean livre

Les Nouvelles du Tarn-et-Garonne 6 Novembre 2007

Chronique du livre en lien avec le Tarn et Garonne

JUSTICE ET VERITE. . . .

 C’est ce que réclame, ce que demande, ce que veut RENAUD Jean, député communiste du Lot et Garonne, dans les lettres (1) à sa femme écrite du fond de sa prison, en 1940, et que nous présente, dans un subtil montage, Jean-Paul DAMAGGIO, le nouvel éditeur d’Angeville, entre Castelsarrasin et Lavit.

Au fil des lettres, nous découvrons les raisons, qui n’en sont pas, de l’internement de l’ancien député paysan, de ses raisons d’espérer, de ses moments de désespoir en cette période qui couvre ce qu’il est convenu de nommer «la drôle de guerre»... peut-être d’ailleurs ainsi bien nommée !

Dans la première lettre publiée, du jeudi 4 avril 1940, l’élu emprisonné et déchu interroge : « Qui me reste-t-il ?... il ne me reste que toi ma Belle, mon Isabelle, et toi mon beau, mon Samazan. Hier encore, j’avais un pays... j’avais un parti... » C’est le cri qui monte de ce lutteur condamné à l’inaction, de ce tribun enfermé dans cette période trouble où le gouvernement Daladier fait la guerre aux communistes et reste l’arme au pied face à Hitler à qui, pourtant, les hostilités ont été déclarées par cette étrange France » qui préfère, en ses salons, le fürher au Front Populaire.

Les interrogations, les réflexions se succèdent dans ce château de Baillet, dans la région parisienne, jusqu’alors propriété des syndicats de la métallurgie et devenu « Centre de surveillance » depuis peu... Auparavant la prison de la Santé a été le lieu d’enfermement, depuis octobre 1939, et si les conditions de détention se sont améliorées, le retour à la liberté n’apparaît guère. Du « je continuerai de vivre seul pour lutter avec tous » au « nous nous mettions à refaire le monde dont tu devines les couleurs »... l’espérance devient collective et se mutualise avec ses camarades de détention.

L'appréciation de la guerre fait débat et suscite questions, désaccords, discussion parmi les « Indésirables », terme qu’officiellement on leur applique...

Se mêlent les moments de jardinage, les considérations sur la famille, sur ce que va faire Mussolini, les immigrés italiens du département, sur sa rencontre avec celle qui fut... sa belle infirmière. Mais aussi cette remarque : « La liberté peut se développer ou régresser », vraie pour tous les temps... les discussions sur la qualité des bois, la démocratie, les camps de réfugiés espagnols, et les oiseaux... pour des prisonniers combien d’observations sur ... l’envol... voler jusqu’à toi ma bien chère belle ».

Des réflexions sur les Gascons aux grands débats de l’époque, Renaud Jean s’interroge, ce qui n’exclut pas la quotidienneté de la vie dans le camp auquel succédera le fort de l’île d’Yeu...

C’est en définitive un livre d’une belle écriture où la phrase vient au bout du bras qui sème, dans l’équilibre du labour, la sentence venue au terme du temps. Un livre du plaisir de lire pour partager... l’actuel optimisme : 6 août 1940 : « Combien de fois avons-nous rêvé à l’ombre des peupliers qui bordent la vallée de la Pique ? » Dimanche 18 août... « j’ai décidé de cesser de broyer du noir... »

Est-ce Jean Renaud ou Jean-Paul ? Aux lecteurs d’en juger !

Michel VEYRES

« Ma Bien Chère Belle » par Jean-Paul DAMAGGIO avec la complicité involontaire de RENAUD Jean - Ed. « La Brochure 2007 (210 p. - 15 euros)

Le 17 décembre 2007

 

Autre témoignage

Cher Monsieur,

 Merci pour l’envoi de votre livre que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt tant sur le plan historique que littéraire. J’ai retrouvé un Renaud Jean très humain et doué d’une lucidité qui, à l’époque, ne courrait pas les rues.

J’ai été très sensible à votre dédicace qui est un motif supplémentaire pour vous redire merci.

Amitiés Gérard Belloin