Le 18 août 1937 L’Humanité consacre une page aux 50 ans de Renaud Jean. C’était le début du culte de la personnalité qui comme toute chose avait deux faces. Le culte de la personnalité dirigeante (Thorez) et le culte de personnalité momifié (Cachin, Renaud Jean…). Il fallait corseter de bandelettes les ancêtres pour qu’ils fassent le moins d’ombre possible aux intouchables. Voici un des textes présentés. JPD

 Le paysan qui a fait la guerre

 C’est à la fois comme militant et comme ancien combattant que je salue ici Renaud Jean pour son cinquantième anniversaire.

Cachin dit ci-contre toute la reconnaissance que les communistes ont à Renaud Jean pour l’effort de tous les instants qu’il a accompli dans les milieux paysans où il a su, au cours des périodes les plus difficiles grouper des sympathies agissantes jusqu’aux jours de la grande poussée que nous vivons et dont il est, à la campagne, le plus magnifique animateur.

Les paysans de France ont toujours reconnu en Renaud Jean un des leurs.

Il a conservé dans sa façon d’être, dans sa parole, dans ses épaules, dans son regard toute la saveur de notre terroir. Il est l’un des hommes que j’ai connu qui exprime le mieux et le plus complètement la couche de petits paysans dont il est issu. Il y a en lui quelque chose de nourricier, d’âpre et de généreux comme la terre.

Son esprit critique, sa droiture, son bon sens et sa fidélité sont inséparables.

Et Renaud Jean est le paysan qui a fait la guerre.

Je me souviens de notre découverte mutuelle au Congrès de Strasbourg en 1919, lorsque nous étions ensemble dans cette petite phalange d’anciens combattants qui, groupés déjà au sein de l’ARAC se retrouvaient dans le Parti socialiste pour y lutter en faveur de la 3e internationale et pour la paix.

Renaud Jean blessé gravement dans une charge à la baïonnette et mutilé avait conservé de la guerre l’horreur qui caractérise bien tout la paysannerie française.

Et c’est là peut-être ce qui avait été déterminant dans sa vocation pour l’action politique. Et quel écrivain que Renaud Jean ! Net, précis, incisif ! Et quel débateur. Avec Renaud Jean les paysans sont bien défendus dans ce qu’ils ont de plus cher, leur terre et la paix – et ils le savent.

Qu’il me permette ici au nom des anciens combattants de lui témoigner avec toute mon amitié notre fierté d’avoir dans nos rangs un homme tel que lui, un homme qui n’a jamais séparé sa vie de l’intérêt de son parti et de la volonté des masses paysannes.

Ce mélange intime des revendications morales les plus hautes et de la défense des intérêts immédiats de ceux qui travaillent, c’est l’esprit même de notre Partie, l’esprit du léninisme.

Et c’est dans cet esprit que, président de la commission d’agriculture Renaud Jean se dépense sans compter afin d’obtenir pour les paysans de France que soit réalisé tout ce que le programme de Front populaire lui a promis, tout ce que l’union des travailleurs des villes et des champs – une union toujours plus étroite et toujours plus fraternelle – réalisera.

Paul Vaillant-Couturier