Je ne souviens pas si à l’important colloque sur Renaud Jean, le mot occitan a été prononcé. Le député communiste de 1920 parlait parfaitement la langue d’oc et dans un document peu ordinaire, j’ai découvert il y a longtemps qu’il lui arrivait de l’écrire. Le 12 juin 1940 il était prisonnier à l’île d’Yeu, désespéré, et il tentait de survivre en écrivant chaque jour à sa femme (d'où mon livre épuisé : Ma bien chère Belle). (Belle pour Isabelle)

Ce jour là il décida de transcrire en occitan une histoire classique. Son écriture n’est pas orthodoxe mais témoigne à la fois d’une attention à la culture populaire et de la fonction de l’humour pour lutter contre la morosité. Dans le docu-roman Ma bien chère Belle, j’ai seulement donné une traduction mais aujourd’hui j’offre la version occitane. Comprendre le rapport de Renaud Jean et de l’occitan serait un chantier qui permettrait d’aller au cœur de la question. JPD

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Lou pescaïre de Bénerquo

Salut à la coumpagnio ! Je vous présente en ma personne, le Bernât de Sen Miquel dit «Pescofi » un amourous de la pesque à la ligne. Eh oui, je suis pêcheur et je m'en bante. Moun cousi l0 Jousépou dé Cardéno me disio cado joun :
 - Oh moun pouro Bernai ! n'as qu'un endret en France oun s'atrapa de péis et cet endroit, il est à Bénerque le Vernet ! Bénerque le Vernet al coustat de Pinsaguel, c'est le rendez-vous, la réunion, la Méco des pescaïres toulousis !
Et me disioi :
- Moun paoure Bernat t’y cal anar
Un dimanche mati de la semano passado, armat de mas pus finas canebières, de mouns inquets lous mai afisourlats, d'un sac de vers - oh ! moun amic, qu’unis vers, on aurait dit di bermiceli –m’en baou à quatro horos del mati à la gare Matabiau per prendre la tren ! De cade constat de la gare coumo d'alumaïross de réverbères, los pescaïres arribaboun. La gare ére negra, marchaban sous asticots. M’approchi del guichet :
- Pardon monsieur, un aller et retour pour Benerque lou Vernet !
Arribi sul quai et mounti dins un coumpartiment. Yabi0, naon pescaïres et 59 canabières. Dins lo compartiment un moussu, lo sul qu'éro pas un pescaïre, avec un complet à carreau, me demande :
 -Pardon môssieu, vous ne pourriez pas dire à moi ce que c'était que tous ces gentelman avec ces longues bâtons ?
Ero un Inglès ! Coumo connaissi la politesso, li respoundi en francès
- Ce sont, monsieur, des pêcheurs qui vont à Benerque pesquer le grougno
- A oh ! me respound l’Inglès, ils vont fesé la pêche à la ligne !
Aqueste cop per li faï. bésè guéri pas le premi bengut li respoundi en inglès :
- Yes ! miladi !
L'estrangé n'en badato couma un barbeladou !
Coumo lo tren partissio, pendent que legi lo jornal, Beubremol à coustat de you se regalabo d'une ruelle de salsissot présé al constat del sac dé vers !

Enfin, un ralantisement de machine nous aprèn qu'arriban. Benerque le Vernet. Vingt cinq minutes d'arrêt. Buffet. Pissoir pour dames Descenden toutes del coumpartiment et entounens los cants patrioticos : Aniran toutis à Pinsaguel ... etc...

La journado s’annonçabo magnifique : mas noun de diou ! costo cado remal, costo cade roco y abio, un dus, tres persaïres. Me disi :
 - Te cal anar, al ramié (Le ramier c'est un coin qui a une réputation européenne). Es aquiou que ban pesta Fallières et Rotschild.
Oh ! bonheur un coin à l'ombre. Biste me débarassi de mon fourniment et harnachi ma banco ! Car bouli vous dire que per pesca mai leu, abio inventât un truc, uno banco de quatre peses ! Oh milodiou, trobi pas lo 4 ème pé, aquel putanié d'Inglès me l’abio panat dins le coumpartiment ! Enfin, avec le choul d'une bieillo canabiero retablissi l’équilibro e coummenci à pesca ! Lous rabastos me chapabon les vers et atrapabi pas rés ! Al constat de you impayro un escoupiat que pescabo avec un broc d'une ficelle. Bous lebabo de brèmes grosses coume de batéjous.
Tout d'un coup, il me crie :
- Moussu la puisette, la puisette !
Sa canebière toute entière éro din l’aïgo ! M'acabi per li fa passa la puisette. La banco mal harnachado se capebe et me fouti dins l’aïgo ! Comme je peux, je regagne le bord. Fri tout ragen ! Hurousoment que le souleil picotejabo. M'enlebi lou veston, lou gilet lou pantaloun, la camise et me laissi pas sus la bourre que la pipe et le scapulaire ! Las mouscos me chapabon las paterlos ! Arribo un estudiant de Galabot, d’aquelés que la coudeno lour y peta :
- Pardon monsieur, me dit-il c'est vous le maître baigneur de l'établissement ?
- Eh ! nani, qu'y respoundi. Je me baigne pas, pesqui !
- Vous êtes pêcheur ? Mais alors vous devez savoir ce qu'est une ligne ?
Y respoundi coumo cal.
- Nanni, que respound lo freluquet une ligne monsieur, c'est un bâton avec un asticot à un bout et un âne à l’autre.

Milodius, dejous l’insulto le sang me fasquet qu'un tour. L’atuqui me pensi. Me précipiti, trabuqui countro uno turno et me fouti par terre. Lo freluquet n'en proufito per me pana mes fardes. De loin, il me crie
- Si vous voulez vos vêtements, sacripant, vous viendrez les chercher au restaurant où je déjeune avec des amies. Ça vous apprendra à vous truffer de la jeunesse des écoles.
Fri fès, tout nut coumo un ver pelat ! Ramassi les débrits de moun fourniment, las canabières per danier, le paraplèje dubert per daban et la fiolo de l’oli entre les fesses. M'en baou per le billatge. Las aouquas et les drolles me seguission. Per lous escapa m'en beau sous le porchi de la gleyzé. L'houra ère mal caousido. Sourtission de la gran messo ! Besetz d’aïsiou lou tableou. Les coungraganistas n'en rougission. La suisso s'approcheou de you et me dits :
- Pardon, monsieur, si vous venez pour distribuer le pain béni, bous poudetz tourna, la messe est finie, ite, missa est.
N'ero negro de hounto ! Aquelo sceno abio trop durat Tout aco m’abio foutus un besoun de caga. Per me soulagea m'en baou dins una pourcantiero. Seulement le garde-champêtre prevengut arribo per counstata l0 délit.
- bougre de cochon, qu'il me dit, bous bous croyez au Sénégal, animal ! Je vais vous foutre un berbal !
Et me foutèt un berbal lo putanié ! M’amenet al posta de pouliso et me gardet jusqu’à un hora del matin après m’abé baillat mas fardos.

Partiri à la gare per prendre lou tren. Justo coumo arrababi lou tren partissio. Fusqueri obligeat de rentrer à Toulouse à patos Vingt cinq kilomètres. Arriberi chez you à siès houros del matin et trouberi chez you, la Mariounil. Counnaissès pas la Mariounil ma légitime épouse ? Ero dans les bras del Pierrou lou poumpié da coustat
- Elle s'a trouvé mal, me dit-il et je la ranimai !
Le fait est que la troubèri toute despapachado et que paressabo pla agitado.
Yey reflechit dempuèi : bèlou bè qu’éri cournat ! Enfin, bal millou estre cournat qu'abuglo. Et coumo toute histoire mérite sa mouralo aquiou la mio :
Se bous boulèts pesca, bous cal resta al ramié del Castel Aquiou pescarès belou de peillots mais n'atrapérès pas coumo you, un berbal une fluxion de poitrine et un parel de cornos
Salut à la coumpagnio. Renaud Jean