Voici un article de L’école Libératrice 22 décembre 1934

 

Notre camarade André Labrunie est menacé de déplacement d’office – il doit être déplacé à cette heure – et de la peine, de la censure. La lettre suivante était dans le dossier de notre camarade.

 « Monsieur l’Inspecteur d’Académie,

J’ai pris connaissance de votre rapport du 4 novembre courant relatif à la situation créée à Marmande par M. Labrunie, instituteur à l’école de garçons de cette localité.

L’attitude politique de ce maître ayant soulevé de légitimes protestations de la part de parents, ainsi que du maire de la commune, il me paraît qu’il est indispensable d’éloigner M. Labrunie de Marmande.

Je vous prie, en conséquence, d’entamer d’extrême urgence la procédure de déplacement d’office à l’égard de M. Labrunie, qui devra être affecté à un poste dans une commune où il aura moins d’occasions de se livrer à ses agissements politiques.

En même temps que vous prendrez cette mesure, vous voudrez bien déférer M. Labrunie devant le Conseil départemental aux fins de censure. Signé A. Mallarmé »

 Relisez cette lettre, camarades, relisez-la bien et réfléchissez, en laissant de côté la personnalité même de notre camarade Labrunie.

J’essaie de découvrir tous les griefs formulés dans cette lette qui constitue la base même de l’accusation. Je note :

1° ) Le rapport du 4 novembre de l’inspecteur d’académie

2° ) L’attitude politique de Labrunie

3° ) La protestation des parents

4° ) La protestation du maire de Marmande.

Son-ils suffisants ces griefs pour accabler L         abrunie, « qui devra être affecté à un poste d’une commune où il aura moins d’occasions de ses livrer à ses agissements politiques » et sera « déféré devant le Conseil départemental aux fins de censure. »

Etudions le problème en toute objectivité.

1° ) Le rapport du 4 novembre

L’inspecteur d’académie rappelle les rapports précédents et marque en passant, que Labrunie candidat au Conseil général, n’a été battu que de quelques voix au scrutin de ballotage. Il signale en outre qu’il n’y a pas eu la moindre irrégularité dans le service scolaire de notre camarade. Il ajoute que cette attitude politique a valu une menace de démission du maire de Marmande, une campagne de presse menée par le docteur Coste, conseiller d’arrondissement, un déchaînement du conseiller général élu contre Labrunie.

L’inspecteur d’académie rappelle qu’il avait demandé le déplacement pour juillet, déplacement qui se serait fait sans bruit à cette époque, alors qu’aujourd’hui, avec les conditions nouvelles – campagne de presse et état des esprits – il faudrait s’attendre à des manifestations de solidarité dans le corps enseignant et dans l’opinion publique.

Il conclut sans demander le déplacement d’office et en offrant au Ministre de l’autoriser à faire appeler Labrunie pour explications. Déjà apparaît que l’attitude de Labrunie est bien à la base même de la demande de sanctions.

2° ) L’attitude politique de Labrunie

Je passe pour l’instant.

3° ) La protestation des parents

Il n’en existe aucune dans le dossier. Dans le rapport du 4 novembre, L’inspecteur d’académie déclare qu’il n’a reçu aucune plainte du père de famille (souligné dans le texte). Mieux même, depuis les attaques dont Labrunie est l’objet, une pétition a recueilli l’unanimité des signatures des parents, qui reconnaissent la parfaite correction de notre camarade. Le grief formulé se retourne donc en faveur de Labrunie.

4° ) La protestation du maire de Marmande.

Elle existe réellement, celle-là. Elle émane d’un adversaire politique de Labrunie, qui vise les agissements politiques de notre camarade, mais qui n’apporte – il n’en aurait d’ailleurs pas le droit - aucune accusation d’ordre professionnel.

En somme, ces griefs se résument en un seul : attitude politique de l’intéressé.

Ce reproche, je me refuse pour ma part à l’examiner. Notre doctrine syndicaliste est nette sur ce point et notre droit à l’entière liberté d’opinion doit rester intact. La récente enquête que j’ai menée ici-même a montré sur ce point l’unanimité des partis de gauche. Et je garde encore le souvenir de la déclaration à la tribune parlementaire du ministre de l’Educa       tion nationale de l’époque, M. de Monzie.

Labrunie est communiste, soit ! C’est son droit absolu. Le laisser déplacer pour ce fait, c’est admettre pour demain la légitimité de tout déplacement pour délit d’opinion. Le Syndicat national proteste donc avec énergie contre le déplacement d’office de Labrunie, qu’il assure de sa solidarité pleine et entière. Il compte que les fameux principes républicains contenus dans la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyenne sont pas encore lettre morte ! Il attend, aux actes, tous c eux qui s’en réclament. »

 Note JPD : Labrunie sera déplacé à... Samazan !