Par cette lettre Renaud Jean essaie de plaider en faveur d'André Martuy qui en fait est déjà exlu.

 

 

Renaud Jean Samazan le 5 janvier 1953 (pour Jacques Duclos)

 Cher camarade

 Tu sais peut-être déjà par Ruffe que j’ai pris l’initiative d’écrire à Marty. Douloureusement surpris par cette affaire, angoissé pour le Parti et pour Marty, de ses conséquences possibles, je souhaitais dans l’hypothèse où l’exclusion ne pourrait pas être évitée que cette exclusion marquât la fin de l’affaire, et que le silence la suivit.

J’étais hanté par la pensée intolérable d’un Marty jouant les Doriot … à 66 ans ! engageant et alimentant des campagnes de presse contre le parti, instrument conscient ou inconscient de l’ennemi !

Et je pensais aussi, à ses bizarreries de toujours, à son caractère, à sa nervosité maladive si inquiétante par instants et qui m’avait paru s’aggraver lors de notre dernière rencontre à Tours en décembre 1950.

J’estimais qu’il était de mon devoir de tenter quelque chose, étant donné que ma tentative n’engageait que moi et qu’elle ne pouvait comporter pour le Parti aucun risque.

Depuis le 14 décembre les faits se sont précipités, rendant très probablement mes démarches inutiles.

Je crois cependant devoir te transmettre les citations suivantes :

En réponse à ma première lettre Marty m’écrivait :

« … Je te demande un conseil. J’ai dit et répété, je défendrai jusqu’au bout mon honneur de militant. Aussi dans le cas où on ne ferait pas connaître mes notes du 2/11 et 2/12 (au moins) j’ai l’intention de les faire tirer si je suis exclu, sans plus et sans polémique. Tout en m’imposant la règle du silence je voudrais quand même faire connaître les documents (si je suis exclu). Qu’en penses-tu ? Tu n’es pas tenu de me répondre… »

 Je lui répondis :

« Puisque tu me demandes mon opinion, je pense que même si l’exclusion intervenait, tu aurais tort de publier les documents dont tu parles. Les membres du Parti, les amis du Parti diraient : si ces documents ont de la valeur pourquoi ne les a-t-il pas soumis au comité central ? Et les ennemis du parti s’en empareraient pour en faire l’usage que tu devines. Qui sait où tu serais entraîné. Beaucoup de gens ont intérêt à te voir jouer les Doriot et moi je ne veux pas y penser… »

 L’argument avait probablement porté puisque dans sa dernière lettre (1er janvier, après publication de l’article d’E. Fajon), il écrivait :

« … J’en ai durement souffert. Et j’ai alors relu encore ta lettre du 25, je l’ai relu en t’écoutant et en te voyant. Et je n’ai rien fait. Et comme promis, ne ferai rien ! »

Evolution, profonde et durable de l’état d’esprit ? Ou simple réflexe déterminé par l’impression d’un moment ? Quoi qu’il en soit, j’ai cru devoir te transmettre ces textes.

Si tu allais à Louey, n’oublie pas qu’une des plus courtes et des meilleures routes pour aller à Tarbes est celle de Marmande à Mont de Marsan, - que Samazan est sur cette route à 10 km de Marmande.

Bien cordialement

Renaud Jean