lettre marty à jean 1938

 

15 septembre 1938

Camarade Renaud jean

Mon cher camarade,

Bien reçu hier ta lettre du 12. Comme tu ne m’engueles pas je te réponds quand même !

C’est volontairement que je n’ai pas dit à ta mère qui j’étais ; en effet, dans ce cas elle aurait voulu absolument me garder et j’étais très pressé dans ma route pour Barcelone. D’autre part, l’endroit où tu te trouvais me paraissait très loin et je n’étais pas sûr de te rencontrer. C’est pour cela que j’ai continué sur la frontière espagnole. Je suis venu dans une voiture que le parti avait mise à ma disposition. Tu me dis toi-même que tu étais à Bordeaux, donc je ne t’aurai pas rencontré. Or, il était absolument urgent que je sois le plus vite possible à Barcelone. Je revenais de l’endroit où j’ai porté une pierre à ta femme. Cela t’explique la raison de mon impatience à poursuivre rapidement ma route.

Jacques Duclos m’avait dit qu’il t’envoyait une dépêche à Samazan, t’annonçant son arrivée (pour ne pas mettre mon nom). A la réflexion, quand j’ai été chez toi, il eut été plus facile de téléphoner de Paris à la Mairie.

La gravité de la situation internationale fait d’ailleurs que je te verrai peut-être un de ces jours.

Je tenais à te voir pour t’expliquer la situation ici afin qu’une aide puissante et rapide du côté ravitaillement vienne le plus vite possible. La question du blé français est une des plus essentielles.

Je ne doute pas que tu la suivras de près et rappelleras au Secrétariat les interventions nécessaires et très urgentes.

Tu me parles de ton activité. Ma foi, je crois qu’elle est comme toujours très importante et extrêmement utile. A première vue la tâche parait petite, mais dans l’ensemble c’est de ce travail permanent, incessant, organisé que résulte l’influence de notre PARTI et la vie du Front Populaire. La preuve en est dans les résultats dont tu parles en ce qui concerne ton action pour l’Espagne.

J’étais avant-hier au front où arrive du côté ennemi une grande quantité, un énorme matériel de guerre de toutes sortes qui fait présager une nouvelle attaque. C’est là qu’on est saisi de rage en pensant à cette politique canaille dénommée « non-intervention ». Le moral est cependant magnifique et n’a jamais été aussi haut.

Nous suivons ici pas à pas les nouvelles terribles sur la Tchécoslovaquie et sur l’attitude de Paris et de Londres. Inutile de te dire combien elles sont commentées ici. A te voir bientôt je l’espère, à ta femme et à toi de tout cœur. André

Toujours même adresse