Moment crucial de l'histoire du PCF que l'année 1929. Marty est à Paris et semble s'ocuper de l'Huma alors qu'officiellement c'est seulement vrai en 1931. Renaud Jean n'a plus de mandat politique. Marty lui explique ce qui deviendra l'affaire Barbé-Celor.

 

Chambre des députés

Paris le mardi soir 3 septembre 1929

 

Mon cher ami,

J’avais attendu pour te répondre car j’espérais décider Pauline. Elle s’y est absolument refusée. Merci donc néanmoins comme si c’était fait.

Sur ce qui concerne ton article, pour une fois le journal n’est pas en cause. Jai en effet exigé la publication intégrale. Les modifications faites l’ont été par moi-même qui seul en porte la responsabilité. J’ai cru pouvoir le faire :

1° parce qu’elles ne modifient pas ta pensée

2° pour renforcer certains points et enlever aux imbéciles, prétexte à critique.

Je pense que « fondateur de l’Huma » et « impérialiste » ne sont pas de trop pour les lecteurs occasionnels et non habituels, quand on (….) à la une. Je pense qu’il est plus large que le (…) manifestation. Ex : la manifestation du mur a eu lieu cette année et cependant on n’a pas eu (…)  à la une. Pour les paysans de même. Lorsque nous nous reverrons nous en discuterons et je suis prêt à me faire casser la tête si je le mérite.

Tu auras vu la résolution bizarre du BP de ce jour. On n’a pas manqué de réclamer trois titres. J’ai fait observer que F. l’avait lu et n’avait rien trouvé à y redire, ensuite de quoi il était passé. F a répondu que c’était une faute à lui de ne pas l’avoir remarqué. Je dois dire qu’à lecture du journal j’avais constaté qu’il ne répondait pas au texte seul. C’est d’ailleurs une futilité et seuls des cerveaux tordus peuvent en prendre ombrage.

Le fait important est qu’il se passe ici des choses extrêmement graves sur lesquelles je ne puis encore te dire. Mais crois bien que je suis de plus en plus inquiet de la tournure des événements. La seule publication de la résolution du PB de ce jour en un pareil moment (…) est une indication de la politique suivie. Elle constitue un nouveau tremplin pour une nouvelle offensive qui cette fois nous coûtera chaud. Je suis les événements presque heure par heure et j’en suis effrayé. Jamais on ne vit choses pareilles.

Mon calme reste parfait, absolu. Je suis même le conseilleur du calme (…). Cadel était là cet après-midi et il m’a confirmé mes très vives appréhensions

Oh ! combien je maudis cette maladie qui me cloue à l’hôpital.

Pauline se porte aussi bien que possible. J’espère qu’il en est de même de vous tous.

Bien fraternellement André