Cette fois c’est sûr, sur ce blog je dois délaisser un peu Verfeuil aussi, quoi de plus réjouissant que la publication de cet article, qui termine presque l’activité montalbanaise de Verfeuil ! Un peu avant nous avions lu :

« Succès littéraire : Nous apprenons avec plaisir que le Théâtre Social de Paris vient de recevoir, sous le pseudonyme de Raoul Verfeuil, une pièce en un acte et en vers de notre collaborateur et ami M. R. Lamolinairie.

Cette pièce intitulée : le vagabond sera représentée cet hiver sur différentes scène de Paris, ainsi que dans les groupements qui solliciteront le concours du Théâtre Social pour les fêtes qu’ils auraient à organiser. Nos meilleures félicitations au jeune auteur. »

 Verfeuil avait 20 ans, il avait publié 50 articles dans la presse locale, un livre de poésie et une pièce de théâtre. Pour avoir trop dit ce qu’il pensait en tant que socialiste, alors qu’il était accueilli en tribune livre sur un journal radical, il a fini par avoir la chronique théâtrale, avant de partir pour Toulouse pour y travailler en tant qu’employé des postes… et journaliste au Midi socialiste. Jean-Paul Damaggio

 

L’Indépendant 23 novembre 1907

CHRONIQUE THEATRALE

Dimanche, la représentation était chargée. Moins, cependant, qu’on ne l’eût cru. Evidemment, les Mousquetaires au Couvent et les Noces de .Jeannette, c'est un peu long. Il n'est pourtant pas 2 heures et demie du matin quand le spectacle est terminé. Dimanche, c'était cette heure-là. Pourquoi ? Simplement parce que la direction avait résilié Mme Gaconnetti, chanteuse légère. Vous avouerez que c'était un crime impardonnable, d'autant plus impardonnable que Mme Gaconnetti avait en quelque sorte offert elle-même sa démission. Mais Mme Gaconnetti a, paraît-il, de nombreux et bruyants admirateurs. Nous en eûmes une preuve dimanche soir. Pendant plus d'une heure, ce fut un « boucan » indescriptible. M. Barrau, qui s'entêtait a chanter son rôle, et M. Thivel, le régisseur, qui voulait fournir des explications pourtant demandées avec insistance, en savent quelque chose. Cris d'animaux, coups de sifflets, interruptions et plaisanteries diverses se croisaient du poulailler au parterre, en passant par les secondes et les premières elles-mêmes, cependant fort placides d'ordinaire.

Certains Montalbanais doivent être jaloux des lauriers de Toulouse. Le Capitole, on le sait, est réputé par ses manifestations tumultueuses et ses cabales retentissantes. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour le théâtre de Montauban ?

Malheureusement (ou heureusement, comme vous voudrez) le Capitole n'est pas réputé que pour ça. Il a une valeur artistique à laquelle nous ne pouvons pas prétendre.

On n'y prendrait pas — sous prétexte qu'il a été résilié et en admettant même qu'il l'a été d'office — la défense, les intérêts d'un artiste plutôt faible, il faut le reconnaître.

Aussi bien, que nous importe ! On a fait dimanche du « chahut ». Tant mieux ! Nous avons ainsi passé un moment plus agréable — au moins personnellement — que si nous avions dû avaler imperturbablement, dans un silence religieux, la représentation annoncée. Il est bon de s'amuser, même de cette façon, et une salle démontée, furieuse ou qui parait telle, est un spectacle qui vaut parfois et de beaucoup le vrai. L'autre soir, nous avons ri jusqu'aux larmes. Ce n'est pas peu dire ! Si cela doit se renouveler, je supplie nos lecteurs d'aller en foule au théâtre. Ils ne s’y embêteront pas. R. V.