le vase

Comme chaque année nous sommes allés passer un jour au Festival de jazz de Marciac dans le Gers. Le programme est simple : partir le matin vers 10h pique-niquer sur les hauteurs, juste avant d’arriver, puis un saut sur la place lieu des concerts gratuits avec ensuite une visite à quelques expos, un retour sur la place, un passage au bord du lac et un final dans la belle salle de l'Astrada, final dont nous nous sommes dispensés cette année.

 Pour le pique-nique nous avons été gâté. Au pied d’un magnifique château d’eau décoré, il y avait un tracteur à l’arrêt ainsi qu’une moissonneuse batteuse. Nous avons émis l’hypothèse que les travailleurs étaient à table, hypothèse improbable car quand on moissonne, il n’y a pas d’heure pour le repas de midi.

 Et en effet, le paysan de la ferme voisine est arrivé au bout d’un moment pour venir voir ce qui se passait mais surtout pour venir faire un brin de causette avec nous. A 88 ans il avait une forme olympique comme va le démontrer le récit suivant. Les machines étaient à l’arrêt à cause d’une hydrométrie mauvaise. La pluie de la veille n’avait pas été assez digérée, un temps qui rendait les tournesols très haut et donc fragile si demain un grand vent se mettait à souffler. De la pluie nous sommes passés bien sûr aux champignons car il y a des bois tout autour. Il se souvenait d’une année où des centaines de voitures étaient garées sur le bord de la route en quête de champignons, une année à champignons : la nature est étrange. Et c’est à lui de nous demander si on va au festival de jazz. A notre réponse affirmative il ajoute sa propre histoire. Il aime le chant et il aurait même pu devenir un grand chanteur. Donc, pour le chant, il est allé une fois au festival, pour du gospel, mais il a été déçu. Deux « négresses » chantaient ; « deux négresses belles …disons … comme des négresses » mais elles ne chantaient pas bien et il a été déçu. En quoi lui était un chanteur ? A l’armée, en 1947, pour une fête, il a été invité à chanter, faute d’un autre chanteur, et là il a interprété la seule chanson qu’il connaissait, une histoire d’amour et de mensonges. Son succès avait été tel que le lendemain le commandant lui proposait  de l’inscrire à un conservatoire. Mais il refusa car il était paysan.

 Bien qu’âgé l’homme n’est pas habité que par le passé. De toute façon, son activité  professionnelle toujours très active  il reste encore au cœur de la vie. Il sait qu’à Mirande, la ville voisine, le célèbre festival de C ountry a été annulé pour cause de dettes et sans doute de malversations. Il sait que le festival de Marciac est cette année moins fréquenté. Un personnage !

 En arrivant à Marciac le parking habituel est dans la boue, impraticable  donc nous faisons le tour de la bastide pour trouver une autre place, ce qui  à 14h  est encore assez facile. En arrivant sur la place nous découvrons la dernière chanson du fils de l’ami Germinal, Electric man . Le group de jeunes s’appelle Watusi et ils jouent et chantent, en anglais, un univers en effet très électrique. Le groupe suivant Blue Out se contente de jouer une musique plus posée qui unifie un saxo, deux guitares et une batterie, le tout minutieusement réglé. La place de Marciac est un lieu de découverte gratuit où il existe une véritable écoute du public :  parfois dans de telles circonstances, la musique sert seulement de toile de fond.

 Après ce concert, en attendant la mise en place du suivant nous allons découvrir une exposition magnifique et originale sur le lieu organisateur du festival. Sylvain Meschia est un céramiste calligraphe. Né en Algérie il en garde cet art très connu de la calligraphie puis ensuite il croisera la céramique, un croisement qui n’est pas une surprise car visiblement il est hanté par le couple artisan-artiste qui est au cœur même de la calligraphie. De l’art oui mais en lien avec la vie concrète. Son exposition est couplée avec un jardin réel qu’il  aménagé depuis des mois en prévision de son installation sur les lieux. Tomates et courgettes voisinent avec ses créations en totale complémentarité. Bravo à l’artiste.

 Retour sur la place avec 51 Shots ce qui permet d’écouter un pianiste. La place joue pleinement sa fonction de découvertes ! Nous retrouvons l’ami Germinal et sa compagne avec qui nous échangeons, le concert terminé quelques nouvelles. De la mort d’un chat à la programmation d’un futur concert.

Pour le lac, nous écoutons d’abord dans un coin, la répétition d’une bandas  : harmoniser des percussions ! Le prof nous semble efficace car il est à l’écoute, paisible, soucieux de la perfection et respectueux des divers participants. Comme toujours, une répétition permet de mieux saisir des subtilités qui risquent d’échapper à la simple écoute de quelque chose qui semble répétitif.

Pour terminer  dans un café  nous allons suivre les efforts d’un autre groupe animé par un danseur et une bierre  à la main pour l’un, un sweppes  pour l’autre, voilà une belle conclusion à notre ballade.

Pour le retour nous nous décidons pour une autre route qui nous fait passer dans un coin du Gers qui nous était inconnu. Par exemple la belle traversée de Bassoues. Le Gers est toujours plein de mille surprises. Jean-Paul Damaggio

 

 

autre vase