La question est aussi ancienne que la gauche mais elle n'a jamais été la même. Pour prendre du recul voici Bernard Cassen, une des tendances du Monde Diplomatique d'alors qui prend prétexte d'un livre de Max Gallo pour nous confirmer en 1990 que la gauche était morte. Nous savons les suites données à ce livre par le fameux Max Gallo qui avec Chevènement pensa que l'on pouvait constituer un mouvement au-delà du rapport gauche-droite, un mouvement de citoyens dont on sait l'échec sans que Max Gallo ne soit venu en tirer les leçons avec un livre titré : "Les citoyens sont morts ; Vive les citoyens". De son côté Bernard Cassen poussa l'idée citoyenne en appuyant le mouvement ATTAC qui eut son heure de gloire. Tout ça avec d'abord en hors d'œuvre un mouvement qui s'était appelé en 1990 : Refondation dont la disparition dès 1993 n'a donné lieu à aucun bilan. Ainsi va l'histoire.

Jean-Paul Damaggio

 

Le Monde diplomatique octobre 1990

« LA GAUCHE EST MORTE. VIVE LA GAUCHE ! », de Max Gallo

Un appel à la rupture

« L’élite rose » de la France, celle qui a acquis la fameuse culture de gouvernement, va sans aucun doute prendre ce livre (1) pour un brûlot. Mais, si on interrogeait le peuple de gauche. — celui qui a cru beaucoup à 1981 et beaucoup moins à 1988, — ne s'identifierait-il pas majoritairement à Max Gallo lorsqu'il écrit : « Je ne me reconnais plus, je ne reconnais ni notre France, ni la France, ni la gauche, ni la République, dans bien des mesures qui sont prises aujourd'hui par ceux qui, en apparence, sont de mon bord.»

Un réquisitoire talentueux contre la dérive libérale, européiste et communicante qui a transformé la gauche de gouvernement en simple composante de la classe politique, voire de la classe dirigeante tout court, et qui, selon Max Gallo, a fait le lit de M. Le Pen.

Restera-t-il longtemps suffisamment de militants et d'électeurs pour maintenir au pouvoir ceux que Gallo appelle les gouvernementaux et qui, cyniquement, spéculent sur le rejet de l'extrême droite plutôt que sur une identification positive, afin de gagner (ou de ne pas perdre) les élections, tant il est vrai qu'à leurs yeux le Parti socialiste est un excellent parti de second tour ?

Si les citoyens, érigés en jury populaire au prochain scrutin, devaient dire adieu à ces « gouvernementaux», qui porterait vraiment le deuil ?

C'est cependant parce qu'il refuse que leur condamnation ou leur rejet, s'ils interviennent, soient aussi pour longtemps ceux de la gauche et de la République, que l'auteur, tout membre du comité directeur du Parti socialiste qu'il soit, appelle à la rupture. La rupture avec les complaisances, avec le silence, avec une unité factice. Quitte à ce qu'une véritable gauche d'opposition et de proposition se constitue au sein du PS et en dehors de lui.

Beaucoup de lecteurs jugeront que le temps est effectivement arrivé de la reconstruction, pratiquement à partir de zéro, d'une pensée et surtout d'une pratique politique de « gauche ». Et Max Gallo est, cette fois, allé trop loin pour laisser sur leur faim tous ceux qui pensent comme lui...

(1) Max Gallo, La gauche est morte, vive la gauche !, Odile Jacob, Paris, 1990, 234 pages, 98F.

Par BERNARD CASSEN