La réédition par La Brochure du roman de Verfeuil L'Apostolat est prête. Le sortie est prévue pour fin septembre et ça sera le dernier grand moment de nos projets initiaux. Voici les rares opinions de lecteurs de l'époque.

Premier article : celui de la tendance qui au départ a été la voix française de l'Internationale communiste (et qui a ensuite été exclue quand, à Moscou, Trotsky est devenu un indésirable). Cette tendance a aimé la partie du roman concernant le combat pacifiste mais pas la façon de "dénaturer" le combat des partisans intransigeants de l'adhésion à l'Internationale communiste (Verfeuil a voté pour l'adhésion mais en pensant que les 21 conditions seraient appliquées avec souplesse). Quant à « l’absence » de mention des luttes syndicales ça dénote une lecture un peu rapide sauf bien sûr pour ceux qui pensaient que seule la lutte syndicale était de nature à conduire à la révolution.

 Le deuxième article vient du Populaire journal socialiste qui, inversement, a aimé la partie sur le pacifisme, mais pas les critiques acerbes aux "socialistes de guerre". Ils tenaient depuis 1921 le quotidien Le Populaire pourtant fondé contre euxPuis, une mention du roman dans le Midi socialiste qui, sur plusieurs numéros, a fait de la publicité. Pour terminer, ceux qui évoquèrent Verfeuil à sa mort, et mentionnèrent, à leur façon l'Apostolat : Jean Longuet, Frossard, et Monsarrat à Montauban.  Verfeuil est mort très vite et le livre est tombé dans l’oubli car finalement il dérangeait tout le monde. Jean-Paul Damaggio

 

La révolution prolétarienne 1926

RAOUL VERFEUIL : L'Apostolat (Edit. «La Vague», 41, rue Saint-André-des-Arts, Paris.) Le roman de Verfeuil a cette qualité de décrire, non sans puissance, la crise de conscience d'un intellectuel socialiste devant la guerre. Adhérent au Parti socialiste quelques mois avant août 1914, le professeur Courtès tombe dans le panneau de la guerre pour la « libération des peuples ». Honnête dans son erreur, c'est honnêtement que, quelques mois après, il se demande s'il ne s'est pas trompé. L'examen des documents diplomatiques, l'analyse des événements déchirent peu à peu, pour lui, le « voile d'obscurités et de mensonges». Dès lors, Courtès se trace la tâche d'amener le Parti socialiste à la lutte pour la paix. C'est son apostolat.

Les pages dans lesquelles Verfeuil raconte l'évolution de Courtès seront utiles à ceux qui ont oublié le cauchemar, à ceux qui ne l'ont pas vécu, à ceux qui ne l'ont pas encore compris.

L'Apostolat ne se termine pas avec la guerre. Verfeuil tente d'y faire revivre les luttes intérieures du socialisme d'après-guerre et la forme de son livre s'y prête beaucoup moins. La position de Courtès dans ces luttes, c'est celle de Verfeuil, avec ses erreurs. Son parti pris lui fait, par exemple, dénaturer l'effort des partisans de la IIIe Internationale qu'il présente uniquement comme des «stipendiés», des «mercenaires» de Moscou. Verfeuil avait des rancunes à satisfaire, mais cela gâte son livre.

Il aurait comblé en partie une lacune s'il s'était borné à écrire le livre du socialiste français dans la guerre. Il a voulu y ajouter l'histoire du socialisme d'après-guerre, et son défaut est de présenter cette histoire à sa façon, par le petit côté, dans l'ensemble sans grande exactitude. Autre reproche : pour Verfeuil, dans la guerre et après la guerre, les efforts de redressement du mouvement syndical n'existent pas. Verfeuil est un homme politique, un homme de parti. A ses yeux, le mouvement syndical n'a que l'importance d'un accessoire. M. CHAMBELLAND.

 Le Populaire RAOUL VERFEUIL 19 février 1926

L'APOSTOLAT {Paris, Ed. de « La Vague », s. d.)

M. Victor Margueritte, dans la préface qu'il consacre au livre de M. Raoul Verfeuil, nous présente L'Apostolat, non seulement comme le roman douloureux d'un militant désillusionné, le professeur Courtès, mais aussi comme une œuvre historique. Tout au long de ces pages, en effet, nous voyons se dérouler les tragiques événements qui se sont succédé depuis la mort de Jaurès jusqu'à l'armistice. Ce sont ces faits, vus au travers d'une conscience socialiste, qui donnent un grand accent de sincérité à cette œuvre. Raoul Verfeuil s'y montre pacifiste déterminé. Son livre n'est-il pas d'ailleurs dédié « à ceux de la paix » ! L'histoire du professeur Courtès s'achève au Congrès de Tours. La scission ébranle sa foi dans les hommes et il se retire de la lutte. Peut-être pourrait-on reprocher à Raoul Verfeuil, comme le fait M. Victor Margueritte, la «désertion» de son héros ?

Peut-être aussi faut-il comprendre que la profondeur de la blessure avait ébranlé à jamais un cœur honnête mais faible ?

Nous ne ferons là-dessus aucun reproche au livre de Raoul Verfeuil. Mais il est un autre point où l'historien et le romancier font place au partisan, et nous ne saurions trop mettre en garde nos camarades contre les allusions transparentes, et souvent dénuées de toute aménité, qui atteignent nombre de ceux qui sont restés à « la vieille maison ». Ceci dit et il fallait le dire, à cause de la sympathie que ce livre trouvera parmi nous, on doit ajouter que c'est une œuvre de bonne foi, et d'un haut intérêt moral et social.

 Annonce de la publication du livre : Midi Socialiste 15 mars 1926

Vient de paraître : L'Apostolat par Raoul Verfeuil préface de Victor Marguerite.

Le livre de la guerre écrit par un combattant de la paix.

"Raoul Verfeuil avec l'Apostolat se révèle non seulement un excellent romancier mais encore mais surtout un historien véridique et puissant ; un historien d'une irréfutable, d'une lumineuse documentation." Victor Marguerite

En vente au "Midi socialiste" 36 rue Roquelaine à Toulouse (chèques postaux 52777) Prix : 8 fr 50 franco.

 Jean Longuet : Nouvelle Revue socialiste 1927 n°20

« Dans les derniers chapitres de son généreux roman l'Apostolat— où il décrivait avec foi l'ardente bataille minoritaire du temps de guerre, mais où il retraçait avec amertume les heures cruelles de la scission — on retrouvait cet état d'âme, cette sensation d'isolement chagrin, le désarroi moral qui devait affecter profondément son état de santé déjà précaire, comme aussi bien les préoccupations matérielles qui l'ont assailli dans les dernières années de sa vie. Lui-même ne se doutait pas du mal redoutable dont il était atteint : tuberculose compliquée de diabète ! Lorsqu'il s'en rendit compte, lorsqu'il partit il y a un an pour le sanatorium des Landes, où il s'était décidé à aller se soigner, il était évidemment trop tard ! »

 Frossard : Midi Socialiste 3 novembre 1927

« La Révolution russe exerça sur son esprit un puissant attrait. Mais, il n'adhéra au communisme que par discipline. Il rompit avec Moscou quelques semaines avant moi. Lorsqu'à mon tour je repris ma liberté, il m'écrivit : « Enfin, je te retrouve !... » Et, dans les heures difficiles que je vécus alors, sous les outrages des hommes dont je m'étais séparé, sa chaude et fidèle amitié me fut un réconfort quotidien.

Dès lors, c'est à la reconstitution de l'unité ouvrière qu'il se consacra tout entier. A la mort de Pierre Brizon, il avait repris La Vague qu'il rédigeait presque seul, dans un bureau voisin du mien, rue Saint-André des-Arts. Avant que ses forces ne le trahissent, il nous donna un beau roman, d'une solide facture «L'Apostolat», qui était le récit des années terribles et l’histoire un peu amère de nos espérances et de nos déceptions. Mais déjà il souffrait des premières atteintes du mal implacable qui devait l'emporter. Nous lui reprochions, nous qui ne savions pas, de manquer de ressort ; il était malade et ne l’avouait point. Nous ne le reverrons plus. »

Auguste Monsarrat sur la tombe de Verfeuil:

« Dans l’Apostolat, il confesse que la discipline de fer que nous devons nous imposer pour abattre le régime capitaliste était la cause de son départ. Il n'avait pas compris, comme je le lui disais, que c'était le gage du triomphe d'un nouveau monde: de l'Humanité, de la Paix universelle ! »