irak_en_1976 (cliquez sur le lien pour accéder à l'article)

La situation actuelle de l’Irak m’a incité à publier l’article en pièce jointe, non pour sa valeur propre, mais en tant que document et comme preuve de ce que j’avance dans cet article. Il y a quarante ans, l’Irak avait des ministres communistes. Que s’est-il passé ?

 1 Nouvelle revue internationale

En 1970, à la Maison de la Presse de Montauban je ne pouvais trouver les revues du PCF comme la Nouvelle Critique, France Nouvelle mais par contre il y avait la Nouvelle revue internationale. En conséquence je la demandais au marchand car, comme pour la bibliothèque ou la Librairie Deloche, le client ne pouvait accéder directement aux livres ou revues. Cette revue était disponible seulement parce qu’elle était payée à perte par l’Union soviétique. C’était la parole de Moscou mais quand on est jeune, on découvre et on croit lire des textes authentiques venant de tous les pays du monde. Ce numéro de 1976 est le dernier à m’avoir coûté les 6 francs de l’époque : on y trouvait des articles sur la RDA, l’Iran, le Vietnam et l’Irak. Un an avant, grâce à l’ami Jacques Desmarais, j’avais eu l’occasion de rencontrer les dirigeants du Parti communiste du Québec et j’avais alors compris ce qu’était le dogme communiste. Je garde un souvenir très clair de ce moment : on a monté un long escalier tout droit et dans le modeste local on m’a expliqué que le PCI n’était plus communiste. En fait, j’ai entendu un discours qui était celui de la Nouvelle revue internationale et qui pouvait indistinctement, par la logique en place, s’appliquer à tous les pays du monde ! Le dogme dans toute sa splendeur !

 2 Que nous apprend le texte sur l’Irak

De tels écrits ne sont pas faits pour informer d’une réalité (malgré les rappels incessants à l’analyse spécifique de la situation) mais pour prouver que le dogme marxiste-léniniste est respecté à la lettre, ce qui vaut à son auteur les félicitations de ses supérieurs garants de son pouvoir. Il faut donc afficher l’existence d’une bible, le texte d’un Congrès, travaillé tellement démocratiquement qu’il a fait l’unanimité ! Tout militant communiste de n’importe où, sait que les débats internes aux communistes ont toujours été très vifs (d’où les exclusions sous des prétextes fallacieux comme le fait d’être pro-chnois pendant les années 60) mais, pour la façade, les textes de Congrès se devaient de faire l’unanimité !

Cette conception de la démocratie interne permet de douter des conceptions de la démocratie générale pourtant là aussi rappelée avec insistance.

 3 Le point de vue de CBS News

Chaque année la chaîne des USA publie un almanach de faits. On y apprend sur celui de 1976 que le PC d’Irak avait 2500 membres (le PCF 330 000 et le PCI 1 658 000) et que entre ceux qui étaient indépendants de Moscou, ceux fidèles à Pékin et les prosoviétiques, celui d’Irak était divisé en factions, un fait qui me semble plus crédible que l’unanimité du IIIe congrès. Mais l’almanach n’a pas été actualisé car il considère le parti toujours illégal alors qu’il a des ministres au gouvernement de Hassan el-Bakr arrivé au pouvoir par un coup d’Etat militaire en 1968, qui défait un coup d’Etat militaire en 1973, et qui a dû affronter une déclaration de guerre des Kurdes en 1974.

 4 A confronter les deux points de vue

La phrase que je retiens de l’article est la suivante :

« Nous vivons à l'époque du passage du capitalisme au socialisme à l'échelle mondiale, à l'heure où le système socialiste devient une force décisive du développement de la société humaine, un exemple attractif pour les autres peuples. Aujourd'hui, l'impact des idées du socialisme scientifique s'étend non seulement à la classe ouvrière, aux masses laborieuses, mais aussi aux nouvelles forces sociales et politiques, à la démocratie révolutionnaire. »

D’un côté l’auteur de l’article prétend qu’il étudie sérieusement la réalité et donc, les très fameuses « conditions objectives », et de l’autre il annonce un verdict qui n’avait rien à voir avec cette réalité. L’échec des USA au Vietnam ne signifiait pas l’échec des USA tandis que l’échec des soviétiques en Afghanistan va signifier l’échec de l’URSS. Pas plus en 1976 qu’aujourd’hui nous ne vivons le passage du capitalisme au socialisme mais le passage d’un capitalisme à un autre. En fait ce n’est pas une phrase mais une logique discursive qu’il faudrait retenir, une logique qui s’appliquait à tous les pays du monde… en tenant compte des spécificités : «Fidélité aux principes du dogme, plier la réalité à ces principes et en déduire, optimisme oblige, que le mouvement ouvrier avance ! »

Toute critique à cette logique devenait, défaitisme, irrespect et en un mot, soutien au camp adverse.

Mais à chacun de tirer ses propres conséquences d’une éventuelle lecture du document. Un document qui en rien ne laissait prévoir la suite en évitant par exemple toute référence au voisin iranien et son parti communiste. L’article de la revue précédent celui sur l’Irak, rappelle que le Toudeh (le PC d’Iran) avait comme souci majeur la lutte contre les maoïstes « alliés des forces réactionnaires »[i]. Il va participer deux ans après, à la révolution islamiste (qui sans doute n’était pas le fer de lance des réactionnaires ?) pensant qu’elle finirait par virer au socialisme jusqu’à la liquidation physique de ses membres par les islamistes en 1983-84, ce que le Shah d’Iran n’avait pas réussi. Jean-Paul Damaggio


[i] Ce texte est encore plus pro-soviétique que celui sur l’Irak. Il est là en particulier pour faire la guerre au PCI et il n’évoque nullement l’existence de l’islam politique qui, pourtant deux ans après, fait basculer l’histoire du monde en introduisant le prétexte religieux dans la gestion des affaires politiques, ce qui était connu en Arabie Saoudite avec une monarchie, mais qui va prendre la forme d’une République à Téhéran.

 

Histoire abrégée de la période par Wikipédia :

Le 17 juillet 1968 : second coup d’État baassiste. Saddam Hussein rejoint à Bagdad son cousin le général al-Bakr, chef du Baas et nouveau président de la République

Le 11 mars 1970 : accord kurdo-irakien sur l'autonomie du Kurdistan. Il prévoit une participation des Kurdes aux instances suprêmes de l'État et un recensement destiné à délimiter la région autonome. Des institutions autonomes sont censées être mises en place dans un délai de quatre ans. Pendant cette période de "ni guerre, ni paix", l'URSS commence à soutenir l'Irak, tandis que l'Iran conseillé par Washington, apporte son aide aux Kurdes.

Le 9 avril 1972 : traité d'amitié et de coopération entre l'URSS et l'Irak

Le 1er juin 1972 : Saddam Hussein nationalise le pétrole irakien

En mars 1974 : Bagdad promulgue unilatéralement une "Loi sur l'autonomie du Kurdistan" ; très en retrait sur les accords de 1970, elle est rejetée par les Kurdes. La révolte reprend et revêt la forme d'une guerre généralisée.

Le 5 mars 1975 : Accord d'Alger entre le Chah et Saddam Hussein. L'Iran obtient gain de cause sur les différends frontaliers qui l'opposent à l'Irak et retire son appui aux Kurdes. La révolte s'effondre pour reprendre sous la forme de guérilla en 1976.

Le 6 septembre 1975 : Jacques Chirac, alors Premier Ministre, fait visiter Cadarache à Saddam Hussein alors vice-Président Irakien

Le 6 avril 1979 : sabotage du double cœur d'Osirak dans le hangar no 3 des Constructions Navales et Industrielles de la Méditerranée, à La Seyne-sur-Mer. Le "groupe écologiste français" revendique l'attentat, mais le Mossad est suspecté17,18

Le 16 juillet 1979 : Saddam Hussein met Hassan al-Bakr à la retraite. Le 16 juillet, jour anniversaire de la révolution de 1968, Saddam Hussein accède à la présidence à l'âge de 42 ans rompant avec le Parti communiste, il procède à des purges massives au sein du Parti Baas - un parti nationaliste arabe, laïc et socialiste, dont tous les dirigeants sont originaires de la ville de Tikrit - et renoue avec les monarchies du Golfe ainsi qu’avec les pays occidentaux. Le pouvoir de Saddam Hussein s'est donc constitué au départ autour de l'idéologie baasiste, relativement laïque et républicaine. Par ailleurs, il considère l'Islam comme une composante essentielle de la culture arabe.