la vague n°1

 Le 11 octobre 1924 Raoul Verfeuil relance La Vague ouvrière et paysanne, l’organe du Bloc des Rouges, le journal qu’avait fondé Pierre Brizon sept ans avant soit en 1917 pour y rassembler les pacifistes. Le journal est hebdomadaire sur quatre pages. Une opération modeste avec dans le comité de réaction le soutien de Jules Brizon, le frère de Pierre, et les deux amis de Raoul Maurice Delépine et Jean Longuet qui sont des marginaux du PS. L’administrateur est Gaston Well.

Dans ce premier numéro nous lisons Victor Marguerite parlant de la paix, Jean Longuet présentant un livre de Trotsky, des chroniques locales (nous avons publié celle concernant le Tarn et Garonne), un pub pour Le Capital de Karl Marx qui en est au tome IV. Beaucoup de pseudos dont nous devinons qu’ils cachent Verfeuil dont Frossard nous indique qu’il était seul à faire tout le journal. Fernande Maury appelle à lire le journal. Pour aujourd’hui je retiens l’appel du comité de rédaction qui est l’œuvre d’un Verfeuil tenace mais au bord du précipice. Jean-Paul Damaggio

 EN AVANT !

Ainsi donc, voici la VAGUE reparue. Elle renaît à une heure difficile et qui serait désespérante si nous ne savions que le triomphe du Socialisme ne dépend pas, fort heureusement, de la seule volonté des hommes, mais que l'évolution économique le rend inévitable et fatal.

Heure difficile ! Heure désespérante ! Partout les divisions, partout les anathèmes, partout la haine, partout la guerre !

Non pas la guerre sainte du Prolétariat contre la Bourgeoisie, des Sans Propriété contre le Possédants, des loups décharnés et affamés contre les chiens gras et repus, des rouges contre les blancs...

Non ! Cette guerre, on n'y pense plus. On ne pense qu'à la guerre infâme, la guerre impie entre camarades, entre amis, entre frères ; la guerre qui, dans le même atelier, la même usine, le même bureau, dresse l'ouvrier ou l'employé l'un contre l'autre, parce qu'ils ne sont pas du même syndicat, de la même Confédération ou du même parti ; la guerre qui, dans la rue, jette des manifestants S.F.I.C. contre des manifestants S.F.I.O. et réciproquement, la guerre qui, dans les élections, aboutit, par l'intransigeance obtuse des uns et la pusillanimité des autres, au succès de la Bourgeoisie affublée parfois, pour les besoins de la cause, d'un masque écarlate, mais qui n'en reste pas moins la Bourgeoisie.

C'est cette heure-là, pénible et décourageante entre toutes, que nous choisissons pour faire un bond, un nouveau bond en avant — dussions-nous être raillés, ignorés ou, ce qui est pire, incompris.

Nous avions promis à nos amis que nous tenterions un nouvel effort. Nous tenons parole.

La VAGUE OUVRIERE ET PAYSANNE va déferler à travers le pays avec la même impétuosité que sa devancière. Il dépendra de ses lecteurs qu'elle ne meure pas, impuissante, au pied du rocher battu vainement.

L'effort que nous faisons est lourd. Il peut aboutir si nous sommes soutenus.

Nous pourrions dire, comme tel autre qui s'est fait le parangon de toutes les vertus, que nous sommes le seul journal honnête. Nous n'aurons pas ce ridicule.

NOUS DIRONS, PARCE QUE C'EST LA VERITE, QUE LE « BLOC DES ROUGES » HIER, LA « VAGUE OUVRIERE ET PAYSANNE » AUJOURD'HUI, EST LE SEUL JOURNAL QUI VIVE DE SES PROPRES RESSOURCES.

Abonnements, vente au numéro, librairie, souscriptions, nous avons vécu de cela et rien que de cela hier. Nous vivrons de cela et rien que de cela demain.

Si nous y pouvons ajouter un peu de publicité, l'existence de la VAGUE OUVRIERE ET PAYSANNE sera assurée. Le sort du journal, en définitive, est entre les mains de ses lecteurs.

C'est à eux qu'il appartient, par une propagande de tous les instants, persévérante et méthodique, de le diffuser, de le répandre, de le faire connaître et apprécier. Leur magnifique esprit de dévouement et de sacrifice lui a permis, il y a deux mois, de franchir un redoutable écueil. Ce n'est pas au moment où le navire rentre au port qu'on le laisse sombrer.

LE COMITE DE REDACTION