lelivre MVM Ribo

 

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L’article que je joins à ce texte (lien au-dessus), je l’avais collé sur les pages du livre commun Vazquez Montalban Rafael Ribo[i] : L’optimisme de la raison, une alternative pour la Catalogne au-delà du bloc entre le pujolisme et le felipisme. Ce fut ma première lecture de Montalban, ayant acheté le livre à Nîmes, à l’Université occitane d’Eté, sans doute en 1989. Un livre en catalan totalement politique entre le romancier et le dirigeant du PSUC.

Nous vivions la fin du modèle soviétique, personne n’imaginant alors qu’il aboutirait à la fin de l’URSS, et dans ce contexte, Montalban et Ribo imaginent la naissance d’un écosocialisme[ii].

 Après le débat gauche/droite puis au sein de la gauche le débat révolution/réforme, nous retrouvions un débat au sein de la révolution entre, pour aller vite, dictature/démocratie ou pour être moins sévère entre parti unique/pluralisme. Le pays qui fut au cœur de ce débat et qui a fasciné très tôt Montalban s’appelle La Grèce avec ceux qu’on désignait ainsi : le parti communiste de l’intérieur et celui de l’extérieur. Puis vient ensuite l’Italie avec Togliatti/Gramsci. Ce débat interne au communisme a toujours été très fort mais toujours minimisé en France.

 Dès la première ligne du livre, nous retrouvons la phrase célèbre de Gramsci pour caractériser l’action révolutionnaire : optimisme de la volonté et pessimisme de l’intelligence, phrase qui d’après certains viendrait de Romain Rolland. La résolution de cette dialectique devenant dans le titre même : optimisme de la raison.

Aujourd’hui, nous pouvons constater que l’entretien ci-joint et le livre ont l’immense mérite de se trouver au carrefour de l’histoire.

Après les victoires sociales des années 60 et 70 qui ont créées un optimisme à gauche, personne ne savait alors qu’avec les années 90 nous entrions dans l’ère des « batailles perdues » comme l’indique le sous-titre du livre rassemblant les derniers articles de l’écrivain catalan pour la période 1987-2003.

 Dans l’entretien, conformément à son habitude MVM n’annonce aucun lendemain qui chante mais pose les termes d’un constat avec un objectif : « construire une raison universelle de la gauche ». Pour qui ne comprendrait pas le sens de cet universel, il grandit à Barcelone dans l’idée de la création d’une nation de gauche catalane !

 Concrètement, l’idée d’aller en direction d’un bloc éloigné du centrisme de Pujol et de la social-démocratie de Felipe Gonzalez a fait que le PSUC s’est transformé en IC : Initiative pour la Catalogne. Contrairement à ce qui se passe dans le reste de l’Espagne où le PCE se fond dans IU (Gauche Unie) les Catalans abandonnent la référence à la gauche visant ainsi à unir au-delà de cette référence. D’où par exemple la mention des écologistes : « il faudrait un front civil composé par l'avant-garde la plus lucide comme les écologistes, la classe ouvrière installée et les partisans d'une nouvelle relation sociale, comme les leaders de la société de consommation. J'entends par là non pas les buveurs de bière mais ceux qui s'abreuvent de culture et d'information. »

Il ne s’agit pas de l’écologie politique qui est née en Allemagne et s’est implantée ensuite en France (inexistante en Espagne) mais du combat écologiste citoyen qui passionne Montalban depuis les années 68. Il est surprenant de découvrir que ce front civil n’est rien d’autre que ce qui est né en 2014 en Espagne avec Podemos qui rassemble en effet des fanas de la culture et de l’information (le leader est un journaliste télé), des tendances écologistes et d’autres issues de l’histoire sociale du pays, un courant qui contre toute attente a dépassé aux Européennes la classique Izquierda Unida et qui est cependant très fragile.

 A ce moment là vers 1988-1990 MVM croit encore qu’il existe une porte de sortie démocratique possible, mais sans cacher ses craintes : celles d’une social-démocratie obligée de changer mais qui peut tomber dans le pire (la politique du PSOE a toujours été dénoncée par MVM) et une droite qui elle aussi pourrait se renouveler… plus à droite. De même il ne dit pas que Gorbachev (Gorbatxov en catalan qui dans l’index arrive juste avant Gramsci) c’est le paradis, et nous savons à présent que John Wayne a battu Sitting Bull ! Jusqu’à ce point extrême où, qui plus est, Poutine veut se donner des airs de John Wayne !

 L’originalité du cas espagnol tient bien sûr au franquisme : quand on a été pendant des décennies privé de liberté (pas de passeport pour MVM jusqu’en 1971) le projet révolutionnaire ne peut que mettre la liberté en son cœur, donc la liberté de la presse, de réunion, de manifestation, bref le pluralisme politique.

 Tout le livre d’entretien sur l’optimisme de la raison porte en lui une recherche sur "communisme et liberté" et cette recherche me semble trente ans après… à ses balbutiements ! Pas seulement à cause des communistes ! En 1995 MVM publiera : Pamphlet de la planète des singes (le titre traduit en français : Aperçus de la planète des singes), avec en avertissement un poème du Grec Cavadis. L’optimisme de la raison n’est déjà plus au rendez-vous. L’échec du "socialisme" a été encore plus profond que prévu et à l’inverse le succès du néolibéralisme plus fort que jamais, obligeant ceux qui gardent intacte leur mémoire historique à reconstruire plus difficilement donc sans optimisme une raison critique et démocratique.

Jean-Paul Damaggio



[i] Rafael Ribo a eu une carrière politique interrompue par une grave maladie des yeux puis il est devenu un défenseur des droits (ombusman) sur le plan national puis international.

[ii] Jean-Luc Mélenchon a voulu reprendre la référence à l’écosocialisme comme s’il en était l’inventeur et donc sans faire le bilan critique de trente ans de luttes écosocialistes. Ils sont trop nombreux ceux qui pensent que le monde naît avec eux !