Michel Clouscard : publicité et séduction (la France Révolue)

 (un très rare passage de Clouscard à la télé à Apostrophe en 1981)

René Merle pointe des réactions de lecteurs :

"On me dit souvent, : Tu parles beaucoup plus sur ce blog du passé que du présent, et encore moins de l’avenir ». Sous-entendu : avec tes 78 balais, la fixation sénile sur le passé semble bien prégnante…Que répondre ?"

 Pour tout historien c'est une question récurrente et la réponse tient pour moi au lien que l'on a justement…. avec l'avenir ! René comme moi-même et tant d'autres nous démontrons depuis des années que l'histoire n'est rien d'autre qu'un passé en devenir ! Ou pour le dire autrement : le passé est toujours devant nous ! Que l'on ait 20 ans, 40 ou 80 !

 Cette position affronte en permanence la conception d'un progrès qui serait opposé au passé, conception qui a conduit le combat progressiste dans le mur !

 Non l'utopie ce n'est pas faire "table rase du passé", peut-être d'un certain passé et encore faudrait-il en discuter.

 J'ai été porté par cette vision linéaire du progrès jusqu'au jour de 1981 quand j'ai commencé enfin à douter. Pas suite aux déceptions venues du côté de Mitterrand mais suite à celles venues du côté du PCF. Au moment même où Michel Glouscard expliquait de façon lumineuse la nature du capitalisme de la séduction George Marchais se présentait comme le candidat "du changement". Or le "changement" était devenu le maître mot de nos adversaires !

 L'ancrage local, la langue régionale, la fidélité, la fuite, le sens de l'effort ou le passé, autant de notions qu'une conception du progrès a voulu rendre exclusivement réactionnaire alors que comme toute notion, dialectique oblige, elles sont traversées par la lutte des classes.

 Pour la fidélité, je l'ai compris avec Cladel ou ensuite Montalban : la fidélité aux origines peut être la source même d'une transformation progressiste, d'une lutte sociale authentique.

 Pour l'ancrage local, je l'ai compris justement avec un livre de René : Cultura per avançar ? La mobilité pour la mobilité prônée par les élites actuelles n'est qu'une fuite sans retour.

 Pour la fuite justement, ce n'est pas seulement de la lâcheté quand les Républicains espagnols se doivent de fuir vers la France en 1939.

 Pour le sens de l'effort, je renvoie à ce que j'écrivais voici peu à propos de mon ami André Tabarly : Chez les adeptes éternels du contre-sens, le sens de l’effort apparaît réactionnaire pour deux raisons : une ancienne, qui veut que le droit à la paresse donc au loisir soit celui de la démocratie, et une moderne, qui préfère le ludique au classique.

 Il ne s'agit donc pas de se tourner vers le passé, à des fins utilitaires ou en quête de leçons mais pour y puiser des sources de recherches produisant rencontres, croisements, et au total, la vie elle-même. Comme tout scientifique en quête de découvertes, le passé n'est pas, pour les historiens-citoyens que nous sommes,  seulement le cimetière, mais un univers à aborder sans à priori et surtout pas celui d'hommes retardés, simplistes et pauvres. Et sans oublier que l'histoire elle-même est un des enjeux les plus colossaux de la lutte des classes. J-P Damaggio