Hier soir dans un débat télé, Mélenchon a eu à répondre du fait que, lors de son hommage à Charb, il a préféré désigner les assassins du nom de « crétin » que du nom « d’islamistes ». Ce choix n’était pas le fruit du hasard car dans tous ses écrits c’est un mot qu’il évite parce que, a-t-il répondu, il ne veut pas pointer un intégrisme plus qu’un autre. Donc il a rappelé par exemple les tristes effets de l’intégrisme des juifs en Israël. Le combat de Mélenchon c’est pour les lois de la République, c’est pour la République, c’est avec la République. Or en fin de débat, il a rappelé son livre contre Sarkozy et son discours de Latran, un Sarkozy bien peu républicain. Existe-t-il dans lamaison d'édition de son parti, un livre sur l'intégrisme dans l'islam ?

Dans cette question des assassins, l’important – si j’ose dire – ce ne sont pas les assassins en tant que personnes, mais en tant que porteur d’une idéologie affichée, claire et nette. Aussi longtemps qu’il le faudra, je me tuerai à le dire : l’assassin de Jaurès n’a d’intérêt qu’en tant que porteur d’une idéologie qui a armé sa main. Bien sûr, je n’évacue pas la responsabilité des personnes en désignant ceux qui, bien à l’abri, arment les fusils. Je n’évacue pas les raisons sociales en désignant ceux qui, bien à l’abri, arment les fusils. Mais pour une fois, Mélenchon a fait comme Hollande, même si le président préfère le nom de « terroriste » à celui de « crétin », ils fuient la désignation du coupable international, l’islamisme. Car dire qu’il ne faut pas pointer un intégrisme plus que les autres c’est brouiller le moment historique.

Chaque intégrisme a sa propre réalité et chacun doit être dénoncé pour ce qu’il est au moment présent. Sans cet effort, le Front national se frotte les mains car il faut bien le comprendre, surtout dans la bouche d’un laïque profondément convaincu comme Mélenchon, le refus de désigner le tueur du nom d’islamiste, c’est pour ne pas faire « le jeu » du Front national qui, si en 1984 il avait le communiste comme bouc émissaire, utilise aujourd’hui le musulman. Donc, lui et ses amis pensent : faisons attention, n’apportons pas de l’eau au moulin du FN ! Ce qui, une fois de plus, est une reculade devant le FN ! Ce même parti qui, par contre, n’hésite pas à se réjouir de la victoire de Syrisa en Grèce !

 Mélenchon s’en est plaint : le FN récupère les revendications du Front de Gauche, pour les resservir à sa sauce indigeste. Car le FN est à l’offensive tandis que ses opposants, depuis 1984 ne savent être que sur la défensive. Manifester contre le FN et un sport très connu qui n’a jamais rien donné, mais il faudrait continuer !

 Les forces démocrates n’ont jamais de bouc émissaire (du moins j’espère) mais combattent des idéologies. Et l’islamisme, qui n’est rien d’autre qu’un fascisme, mérite d’être désigné comme tel, indépendamment de la pire actualité. Il a d’énormes moyens financiers, un discours bien rodé, des réseaux très actifs depuis les années 90, dans les quartiers pauvres, et avec des complicités intéressées dans les classes dominantes des pays européens.

 Pour se différencier du FN, soyons à l’offensive et défendons aussi ceux qui dans l’islam se battent depuis des décennies pour le progrès, la paix, la liberté. A ceux qui veulent lire le Coran rappelons la version de Youssef Seddik (éditions de l’aube) pour prouver que le monde musulman peut être autre chose que celui des islamistes. Tout en signalant que c’est encore Ali Belhadj qui était à la tête des anti-Charlie à Alger, un iman dont les prêches des années 80 ont pu donner naissance au FIS, prêches dont l’étude renvoie exactement à l’idéologie nazi ! Oui cette étude a été faite minutieusement !

J-P Damaggio

 Voici un des textes de Seddik sur la Brochure : ICI Ce qui ne signifie pas que je sois d'accord en tout avec Youssef Seddik aussi je donne son point de vue suite aux 17 morts. Par exemple, pourquoi dit-il "nous" à la place de "je" ? " Cet islam dont se réclament les terroristes n’est pas le vrai islam." Certes mais il est où le vrai ? Dans les travaux de Seddik certes mais comment avancer dupositif sans dénoncer le négatif ?

La parole à Youssef Seddik :

« Nous sommes effarés, nous sommes hors de nous, mais n’avons pas à nous justifier en tant que musulmans.

Pourquoi s’adresser à nous ? Nous sommes comme vous. Qui vous dit que je ne suis pas athée ? D’ascendance musulmane, mais athée ? Il est indécent que nous soyons enjoints à nous désolidariser. Dès que j’ai appris ce qui s’était passé, j’ai téléphoné à mon ami François Gouyette, ambassadeur de la France en Tunisie. Je lui ai fait part de ma sympathie. Mais je l’ai fait au nom de mon humanité. Ça va sans dire que c’est un acte abominable, d’une grande barbarie. Je peux me mettre en faction, par la plume, par les mots, pour que ces actes soient punis. Mais j’aurais pu le dire en tant que Corse, en tant que Français, en tant que Tunisien. Je ne me désolidarise de rien du tout. Nous sommes tous responsables, quelle que soit notre religion : les chrétiens fondamentalistes, les extrémistes juifs, les islamistes radicaux. Et nous sommes contre ces actes parce que nous sommes humains, pas selon nos confessions. Et encore moins au nom de celles de nos parents, qui ne sont pas les mêmes que les nôtres. Car la religion change. Mon père n’aurait jamais tué quelqu’un, alors même qu’il était extrêmement bigot. Donc je suis complètement contre cette injonction. Par ailleurs, je pense qu’il faut enseigner un autre islam, et percevoir un autre islam. Cet islam dont se réclament les terroristes n’est pas le vrai islam. Il ne faut pas essentialiser l’islam. Ne pas le montrer tel qu’il massacre des gens et féconde des tragédies. Il faut transmettre l’admiration de l’islam. Quand je lis Péguy, Teilhard de Chardin ou Pascal, je suis saisi d’une grande admiration pour le christianisme. Il faut créer l’admiration des grands textes. Ce n’est pas fait pour l’islam. Et c’est injuste. »