maillol cladel

 

L'ami René Merle m'indique qu'il est possible de lire sur Gallica, Regards et Ce soir quotidien dirigé par Aragon. Je me précipite et après la lecture de quelques numéros je teste le moteur de recherche avec Cladel. Je découvre le bel article ci-dessous qui m'inciterait à relancer la bio que j'ai préparé sur Judith Cladel… JPD

 

 

Ce soir 11 novembre 1937

Beaux-Arts

Le marchand de couleurs Publications d'art Judith Cladel, Aristide Maillol (48 héliogravures. Editions Grasset)

Mlle Judith Cladel nous avait conté, en 1936,la vie héroïque et inconnue de Rodin, et ses révélations sur la tragique existence du pauvre grand homme en proie aux aventurières et aux imbéciles sont inoubliables.

Au tour d'Aristide Maillol ; un des grands sculpteurs de toutes les époques. Sa vie n'est ni héroïque, ni inconnue. « Le travail va bien ? », lui demande l'écrivain. Et Maillol de répondre exactement comme répondait Renoir. "- Je m'amuse. Rien n'est éternel. Quelle manie ont les gens de se croire des héros! L'art, n'a pas pour moi ce sérieux, cette importance terrible qu'il a pour les gens de l'Institut. Si on rate une œuvre, on ne se tue pas, on en fait une autre."

De telles paroles sont d'un homme resté en contact avec les hommes et avec la terre. Mais que dire d'un tel sage au long d'un très gros livre? De quels commentaires lyriques obscurcir tant de naturel dans le génie ? Judith Cladel s'est effacée derrière Maillol et c'est ce qui fait la beauté, ce qui assuré la durée de ce livre. Elle a tourné autour des deux ateliers de l'artiste, observé ses bons yeux, écouté sa voix chaleureuse de paysan catalan retenu ses confidences sur la vie, sur les femmes et ses amis, puis sur quelques maîtres et sur ses goûts profonds. Pas un mot, de critique d'art. Et c'est pour cela que ce précieux livre où Maillol est exprimé avec sa rustique simplicité, est si émouvant pour ses amis, si riche d'enseignements pour un public si nombreux qui se laisse encore épater par les attitudes des faux chers maîtres et berner par les bouffons dont les souvenirs cuisinés sont réservés à la délectation des imbéciles.

George BESSON