mépris du peuple

Autrefois je lisais Jack Dion dans l'Huma puis ensuite (et parfois aujourd'hui encore) dans Marianne. J'aime bien aussi son blog de critiques théâtrales. C'est donc pour lui que j'ai acheté son livre mais surtout pas pour le titre dont le ridicule est complété par ce bandeau : comment l'oligarchie a pris la société en otage. Ce tic journalistique de la prise en otage me sort par les yeux.

Heureusement le dos de couverture est plus explicite et aurait fait un meilleur titre : "le peuple en sécession".

En effet, pourquoi prendre un livre pour défendre le peuple en titrant sur ce qu'en pense l'oligarchie ? Je voudrais rassurer l'éditeur : le mépris du peuple est vieux… comme le peuple ! Mais si livre il y a c'est qu'il y a peut-être du nouveau.

Il s'agit de la double sécession : l'abstention et le vote FN.

Attitude qui serait provoquée par le mépris du peuple provenant de son écartement des affaires.

Je veux bien que le recrutement populaire du PCF et du PS ait pu apporter à la chambre des députés une sociologie un peu différente de celle de la caste mais les quelques noms que cite Jack Dion font plus dans le genre : l'exception qui confirme la règle.

 En fait le livre démontre surtout : la solidarité de caste qui a pu grandir au fur et à mesure que se désintégrait la solidarité de classe.

Toute la nouvelle caste des deux grands partis PS et UMP sont formés dans les mêmes boutiques, s'interchangent les postes, et se serrent les coudes (tout en se haïssant férocement) si bien qu'en face le peuple se sent impuissant.

 Bref le peuple se retrouve mieux dans le langage du FN que dans ceux qui étaient sa référence le PS et le PCF.

 S'agit-il seulement de cela ? Si oui, pourquoi en Europe le FN a peu d'équivalents alors que le moule de l'oligarchie est européen plus que national ? Je sais qu'il existe des forces d'extrême-droite un peu partout mais si peu semblable au FN qu'il n'a pas pu faire un groupe au Parlement européen, au moment où il était le premier parti électoral de France !

 Le livre trouve ses limites au moment des propositions totalement absentes. Comment le peuple en sécession peut-il devenir un peuple en révolution ? Ce constat de la sécession n'est-il pas la preuve qu'il ne sera pas demain en révolution ?

 Si le FN reste made in France, Syrisa reste made in Grèce.

Par contre l'abstention est un phénomène mondial dans les pays de tradition électorale.

Présidentielles : USA 43,2% en 2008 et France 16,9% en 2012.

Les élections de mi-mandat en 2010 au USA : 63 % d'abstention. Et si on prend dans ce pays les élections locales alors l'abstention est encore plus forte soit 70%.

Pourquoi les présidentielles sont-elles plus suivies ? Car toute la bataille médiatique tourne autour de cette question mais malgré es dépenses toujours exponentielles le taux de participation ne cesse de baisser.

Aussi de plus en plus de pays rendent le vote obligatoire. Mais là ne peut pas être la solution.

 Donc sur le point de l'abstention je crois qu'il faut faire une analyse plus globale que nationale. Plus l'économie domine la politique et plus le citoyen se sent impuissant et reste à la maison.

Une des tactiques a consisté à financer les partis politiques par l'Etat, donc par lui-même.

Voilà une autre mesure à l'effet inverse : puisque l'adhérent est inutile en terme de trésorerie on va se contenter de viser l'électeur plus porteur sur ce point !

 Pour que la caste cesse d'être la caste les politiques prennent d'autres mesures comme la limitation du nombre de mandats. Il s'agit d'élargir la caste, et c'est déjà ça, mais ça change peu son fonctionnement.

 Ai-je donc des propositions ?

Grâce à une émission de télé la question de la suppression pure et simple du sénat est revenue sur la table. Déjà une autre mesure de santé publique.

Obliger à la diffusion de toutes les informations et décision politiques. Acte simple aujourd'hui par le seul basculement sur internet de fichiers qui sont déjà informatisés.

Dans ce cas l'information étant partagée, le pouvoir de la caste devient moindre.

Interdire le passage par la politique de grands cadres de l'économie pour éviter les connivences et mêmes les corruptions.

J'en appelle d'ailleurs à une analyse profonde de la corruption car le phénomène, comme l'abstention est devenue structurel. La France connaît quelques cas mais nous ne sommes pas dans des cas de corruption industrielle comme en Espagne et en Grèce. Et dans tant d'autres pays. Un Equatorien avait produit une étude géniale sur les mécanismes de la corruption (pour la sortir de la simple réflexion morale) mais je n'ai jamais vu la moindre traduction.

A suivre. Jean-Paul Damaggio