Depuis cinq ans diverses personnes et associations, sur tout le long du projet GPSO, du Pays Basque à Bordeaux et de Bordeaux à Toulouse s’activent pour arrêter un projet nuisible de LGV. Une étape décisive s’appelait : l’enquête d’utilité publique. Pour en "faciliter" la tenue, le Pays basque en a été exclu, le GPSO se réduisant à Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax avec en plus les zones nord Toulouse et sud bordeaux traitées à part.

De nombreuses personnes, regardant le train passer, nous expliquaient que de toute façon, les dés étaient pipés et que les commissaires donneraient un avis favorable. Voilà que l’avis est défavorable alors les mêmes ou presque viennent nous dire que l’avis étant seulement consultatif, l’heure n’est pas à crier victoire. Ce comportement n’a rien d’original, je l’ai constaté dans tant et tant d’occasions ! Si bien que je n’ai jamais assisté à une fête célébrant une victoire sous prétexte qu’elle n’est pas définitive.

J'ai alors pensé à cette métaphore d’un accidenté de la route réussissant à survivre et à qui on explique que ce n’est pas définitif !

Il n’y aurait de définitif que la mort du capitalisme ? Pour construire un socialisme à la mode URSS ?

 1 ) La nature du capitalisme

Depuis qu’il existe le capitalisme se distingue par sa capacité à évoluer… grâce aux combats de ceux qui s’opposent au capitalisme ! D’où la contradiction des révolutionnaires : s’ils obtiennent par une réforme une amélioration du capitalisme, ils le rendent plus vivable et donc ils entravent la lutte de ceux qui plaident seulement pour son remplacement. Un exemple : les syndicalistes obtiennent les congés payés en faisant mettre genou à terre au système ; donc le système est plus vivable et se renforce jusqu’à la lutte suivante…

 Les femmes ont obtenu le droit de vote, oui mais à quoi sert le droit de vote ? Il n’y a rien à fêter.

Les femmes ont obtenu le droit à la pilule, à l’IVG, oui mais la misère est toujours là ! Il n’y a rien à fêter.

Les progressistes ont obtenu la Sécurité sociale, oui mais elle ne rembourse pas tout d’où la création des mutuelles ! Non seulement il n’y a rien à fêter mais des militants de l’époque ont refusé d’adhérer à une mutuelle car c’était admettre que la Sécu ne rembourserait pas tout. Et un jour ils n’ont pas été à la fête ! (j’en connais un tout particulièrement).

Dans des cas plus simples, je pense à la grande porcherie qui devait s’installer à Puylaroque. La lutte a payé mais la victoire a-t-elle été fêtée ? Je ne me souviens pas.

 2 ) La nature de la lutte sociale

J’en entends qui me disent qu’en fait la situation de la classe ouvrière aujourd’hui est pire que l’esclavage. Que notre « démocratie » c’est pire qu’une dictature. Un tel raisonnement renvoie vers le néant, des tonnes de luttes sociales, et ne peut qu’inciter au désengagement. Oui, le capitalisme a une grande capacité de récupération mais aucune lutte n’est vaine. Si la nature du capitalisme lui permet une souplesse d’évolution, la nature de ses opposants doit aussi user d’une souplesse d’évolution. D’autres avant moi l’ont démontré de belle manière : à la guerre de tranchée il faut substituer une guerre de mouvement (Gramsci).

Quand des commissaires enquêteurs, après une longue étude, démontrent que les arguments de la lutte sociale sont les bons c’est une victoire… qui sera d’autant plus passagère si elle est présentée comme inutile. Pour moi, cette victoire LGV doit élargir la lutte citoyenne, lui donner des appuis plus consistants.

 3 ) La nature de la révolution

Marx est plus que jamais d’actualité : les contradictions du système le conduisent à sa propre perte qui a déjà commencée. Une perte certes qui peut être devancée par la crise écologique à laquelle par contre, Marx n’avait pas pensé, du moins sur le plan théorique. La révolution ne sera ni la victoire de la gauche sur la droite, ni la victoire du peuple sur les élites. Elle sera une accumulation, une sédimentation d’expériences aussi diverses qu’imprévues qui, à un moment, donneront à l’histoire un autre sens. D’abord celui de la modestie : l’héroïsme à la Castro n’a plus d’utilité. Snowden pèse plus que Castro ! Le capitalisme, parmi ses moyens de défense, peut continuer à mettre en avant des personnalités pour mieux ridiculiser les fourmis, mais les fourmis finiront pas ronger toutes les bases de l’édifice, même celles des dirigeants que le système a désigné comme ses meilleurs opposants ! Car le capitalisme est ainsi fait : il a besoin de se fabriquer des adversaires à sa mesure ! J-P Damaggio