moretti_1994

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Ci-contre la couverture d'un livre qui fait le bilan de l'histoire du PCI de 1989 à 1994 quand Occhetto démissionne de son postre de dirigeant du parti suite à la victoire de Berlusconi.

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En 1994 l’Italie découvre la victoire d’un coup d’Etat médiatique inédit ! Des juges ayant conduit une opération anti-corruption « Mains propres » provoquent la disparition du parti socialiste. Son chef, Craxi, fuit chez son ami de l’Internationale socialiste Ben Alli où il échappera à la justice jusqu’à sa mort. La Démocratie chrétienne est elle aussi mise à mal. Face à ce vide politique, les anciens communistes arrivent prêts du pouvoir après d’importants victoire électorales aux municipales de 1993. C’est alors qu’un ancien socialiste se lance dans l’arène, crée de toute pièce un parti… et l’emporte !

Pendant vingt ans, Berlusconi marque de son empreinte son pays qu’il dirige malgré quelques interruptions.

En 1985, Berlusconi avait été appelé en France par Mitterrand pour y installer la première chaîne privée, une idylle qui cependant ne durera pas.

 Nous sommes après la chute du mur de Berlin qui, s’il révèle largement que le socialisme n’était pas le socialisme, révèle par contrecoup que le capitalisme n’était pas le capitalisme !

La Révolution de 1917 a infirmé l’idée de Marx comme quoi le socialisme permettrait de résoudre les contradictions du capitalisme, en se produisant dans un pays féodal ! La Révolution de 1917 n’a été rien d’autre qu’une des multiples façons du capitalisme pour s’imposer dans un pays ! Et il est facile de constater aujourd’hui que la guerre froide entre les USA et l’URSS n’avait rien d’idéologique puisque la Russie étant devenue capitaliste, on lui refuse toujours des droits d’existence propres !

 Pour Moretti l’Italie est dans un autre cas de figure du capitalisme. Pour faire court, Berlusconi l’aurait fait passer d’un pré-capitalisme au post-capitalisme. L’Italie après avoir été privée pendant des siècles du droit de se constituer en nation, a été privée de ce qu’on peut appeler le capitalisme démocratique pour dire un capitalisme contraint d’user de la démocratie pour mieux se développer.

 Toute réduction du capitalisme à son schéma économique universel (la course au profit pour faire court) interdit d’en penser les réalités diverses qui ne sont pas des étapes mécanistes allant d’un capitalisme à l’autre sur une route linéaire, l’ultime étant toujours l’étape présente, une antichambre du socialisme.

 En conséquence, ce face à face historique entre la Franc et l’Italie, est aussi un face à face entre deux formes d’accès au capitalisme. Telle est la démonstration de Moretti qui pense que Berlusconi, par son coup d’Etat médiatique, prive l’Italie de l’étape de capitalisme démocratique si présente à Paris. Comme je le rappelle dans mes observations de 1994, cette analyse est aussi celle d’un écrivain très à gauche comme Fulvio Abbate qui prend l’exemple d’une ville de Sicile qui a décidé de s’opposer à « l’impôt » de la mafia. Les juges de Milan qui ont fait tomber le PS et la Démocratie chrétienne, ont vu tomber en Sicile le juge Falcone ! La mafia qui s’est opposée à tout « capitalisme démocratique » est passée avec Berlusconi du stade pré-capitaliste à celui de post-capitaliste, de marque d’un passé féodal à celui d’avenir international !

 L’entretien que je reprends du Monde explique pour toujours l’opinion favorable que la grande presse française (Le Monde et Libération) aura du réalisateur, une presse incapable de comprendre que de la « libération » on allait, en France aussi, passer à l’hibernation démocratique. Et Moretti qui reste loin de la politique directe, affiche par son cinéma une façon de rester vivant malgré tout !

 Cette histoire italienne est aussi en partie une histoire grecque et espagnole. Trois pays où des fascismes divers ont laissé des traces profondes. L’histoire de France a frôlé à plusieurs reprises les mêmes drames mais, grâce aux luttes populaires, a pu y échapper. L’internationalisation du capitalisme ramène à présent de plus en plus de pays à la même case : la servitude volontaire sous contrôle médiatique. Chacun des pays a ses ressources propres pour réagir mais la solidarité devient plus urgence que jamais. Non plus la solidarité abstraite face à un capitalisme abstrait mais une solidarité active face à des capitalismes actifs. Déjà plusieurs formes de ripostes ont échoué (celle de la simple citoyenneté) ce qui ne signifie en aucun cas que l’échec soit définitif. J-P Damaggio