désaliener

Ce résumé de la vie de Bonnafé disponible sur internet vient de la revue toulousaine Empan à laquelle il m'est arrivé de participer grâce à Marie-José Annenkov. Henri Sztulman qui a présenté le livre publié aux Presses Universitaire du Mirail à Toulouse (Désaliéner) est de la même mouvance. Ce résumé me semble refléter ce que fut l'homme Bonnafé. On y retrouve des éléments de son "procès" sous un autre angle.

J-P Damaggio

 

Le docteur Bonnafé, né dans le Lot, est décédé en mars 2003.

En tant que psychiatre, il avait un charisme extraordinaire. Il avait été choqué au moment de la guerre 1939-1945 par les 40 000 morts de faim dans les hôpitaux psychiatriques français.

Très tôt, il s’était engagé politiquement au Parti communiste, en opposition avec son père.

À Saint-Alban, avec le docteur Tosquelles, il avait construit la première expérience de psychothérapie institutionnelle et de psychiatrie communautaire.

À la fin de la guerre, il avait été, un court moment, secrétaire d’État à la Santé, puis avait pris un poste à Sotteville-les-Rouen dont il était devenu maire.

En même temps, il fréquentait le milieu surréaliste et a fait partie du comité central du Parti communiste.

Pendant plusieurs années, il s’est réuni avec les docteurs Daumezon, Le Guillant, Ey et Paumelle pour publier le Livre blanc qui allait modifier définitivement la psychiatrie française, avec la création du concept de secteur dont les premières circulaires sont sorties en 1961.

Par ailleurs, pendant plusieurs années, il a été un membre hyperactif de la psychothérapie institutionnelle, qui se réunissait régulièrement avec les docteurs Lebovici, Diatkine, Paumelle, Lacan puis Oury. Ce groupe a fortement œuvré dans le sens du désaliénisme bien qu’il se soit séparé pour des raisons idéologiques.

Les rapports de Lucien Bonnafé avec la psychanalyse étaient ambigus. Dans les années 1970, il suivait l’hypothèse des intellectuels du Parti communiste, selon laquelle la psychanalyse était marquée par l’idéologie dominante de la bourgeoisie. En fait, il était très embêté car tous les internes qui passaient dans son service étaient, à cette époque, en psychanalyse. Cela l’avait amené à évoluer, avec l’idée d’une psychanalyse de droite et une psychanalyse de gauche.

Quoi qu’il en soit, il a profondément marqué tous ceux qui l’ont approché par sa chaleur humaine et sa disponibilité, surtout pour former les jeunes psychiatres et le personnel infirmier dont il a fait évoluer les pratiques en douceur.

Parfois, comme il avait une légère surdité, quand une question était embarrassante, il faisait semblant de ne pas avoir entendu.

Il avait longtemps séjourné à Toulouse, en 1944-1945, où il avait fait partie du réseau de la Résistance et avait tissé des liens importants avec les républicains espagnols.

Le docteur Bonnafé faisait partie de ces grands psychiatres français qui avaient fondé le désaliénisme avec l’idée qu’il fallait concevoir des structures avant et après l’hospitalisation, pour éviter l’hospitalisation qu’il considérait comme iatrogène après 36 jours : il le disait de façon surréaliste.

Pour citer cet article

Mazel Christian, « Lucien Bonnafé », Empan 3/2003 (no51) , p. 110-111

URL : www.cairn.info/revue-empan-2003-3-page-110.htm

DOI : 10.3917/empa.051.0110.