Je n’ai jamais étudié les langues pour elles-mêmes, donc si je viens de me plonger sur l’occitan dans le Midi socialiste… c’est pour me pencher sur le cas du pétainisme. La politique de Vichy en faveur des « régionalismes » ne pouvait qu’attirer les faveurs de défenseurs de la langue d’oc. En 1940 le Midi socialiste passe entre les mains de La Dépêche de Toulouse et va suivre la même pente collaborationniste. Mais qu’est-ce que la collaboration ? Vu la présence de Paul Rolland à ce Congrès il est aisé de supposer qu’il est le rédacteur de l’article, le même Paul Rolland qui vient d’être révoqué par Vichy de son poste à la préfecture de Montauban, le même Paul Rolland qui écrivait sous le nom de J-P Régis. Un authentique républicain. Les questions traitées sont les questions classiques de l’enseignement de la langue d’oc mais, il m’arriva de le vérifier avec par exemple la revue Terra d’Oc, au-delà des questions d’enseignement, le mouvement occitan se retrouve en phase avec l’idéologie chère au pétainisme. Une étude sur ce point permettrait de mieux comprendre les rapports entre la République et la Révolution nationale (mais elle a peut-être eu lieu).  J-P Damaggio

 

Mercredi 16 décembre 1942, Le Midi socialiste, Le Congrès de la langue d'oc

LA DEUXIEME JOURNEE

Le deuxième congrès interrégional pour l'enseignement de la langue d'oc a repris ses travaux hier matin à la Faculté des lettres de Toulouse, sous la présidence de M. Désiré Paul, conseiller national, assisté de MM. Bataillon. inspecteur général de l'enseignement primaire, et Varagnac, conservateur des musées nationaux, directeur du bureau du régionalisme.

Le congrès a immédiatement abordé la suite de son ordre du jour en entendant la lecture d'un rapport dans lequel M. Boussac, président de la Societat d’estudis occitans, exposant « le danger qu'il y aurait à concevoir d'une façon étroite l'enseignement de la langue d'oc », a préconisé d'abord l’usage de brochures rectificatives destinées à redresser les usages fautifs, puis a souligné les inconvénients graves qu'il y aurait à penser uniquement à conserver la langue occitane chez ceux qui la parlent encore habituellement et non pas à l'étendre à ceux dont elle n'est pas le moyen ordinaire, d'expression. Il cite à ce propos des exemples suggestifs.

M. Charles Brun délégué général de la Fédération régionaliste française, s'élève aussi contre le particularisme étroit qui sévit encore en certains domaines de la linguistique, et M. Bataillon demande s'il est sage d'écarter les sous-dialectes locaux comme voie d'accès à la langue d’oc.

Le docteur Girard, directeur de la revue « Oc », dans un rapport établi en commun avec M Baissas, inspecteur d'académie du Gers, étudie l’enseignement dialectal dans le cadre de la circulaire ministérielle du 13 mars 1942, et apporte des considérations pratiques basées sur le gascon.

M. Louis Alibert, secrétaire général de la Société d'études occitanes examine divers problèmes de l'école primaire et apporte quelques solutions de graphie qu'il est chargé de rédiger, d'accord avec le professeur Gavel.

Enfin, dans l’après-midi, le congrès entend et discute des communications de M. Raymond Lizon président de l'Escolo deras Pireneos, sur « l’enseignement de la langue d’oc d'après Bernard Sarrien », de M. Paul Rolland, sur le classique occitan, Cortère de Prades, et de M. Pierre-Louis Berthaut sur « le dépouillement des archives locales et la connaissance de l'histoire de la langue d'oc ».