Le 12 juin 2011 Amin Maalouf entre à l'Académie française. Le romancier naît à Beyrouth entre dans l'Institution. Auparavant la Commission européenne lui avait confié la présidence d'un groupe de réflexion sur le multilinguisme. Dans le débat avec Olivier Poivre d'Arbor qui vient de se tenir à la Médiathèque de Toulouse, des éléments de cette passion pour les langues ressurgira. Que parlait-on à la cour du roi d'Egypte avant sa destitution ? Italien avec le petit personnel et turc au Conseil des ministres. Un pays ou le français servait de résistance vis-à-vis de l'anglais de l'occupant. Mais la Reine Victoria que parlait-elle chez elle ? Allemand.

 Bien, bien, mais Poivre d'Arbor est un nostalgique de Victor Hugo, je veux dire de ces intellectuels français qui par leur parole pouvaient influer sur l'histoire du monde. Et il s'étonne que les deux personnes qui sont là se reconnaissent comme démunies face aux horreurs du monde.

 

main maalouf

Paula Jacques, romancière née au Caire, qui est là aussi, a bien une émission de radio mais ne se sent pas davantage en mesure de peser sur le destin du monde. Sur l'avenir de cette Méditerranée source de l'échange.

 A la nostalgie du Saint-Germain des prés, Maalouf oppose une autre nostalgie, celle d'une Méditerranée où les écoles de médecine du Caire formaient les meilleurs médecins du monde, où le poète grec Kavafis vivait à Alexandrie, où dans tous les échanges d'alors naissait une civilisation. Non pas un eldorado mais une créativité. Mais alors quand tout se brise ?

Pour Paula Jacques, en 1948, quand les Arabes perdent la première guerre contre Israël. Peut-être un peu avant, peut-être un peu après. S'il y a guerre perdue, c'est qu'il y a eu création d'Israël.

 Le fantasme d'une Méditerranée civilisatrice a été mis à mal. Paula Jacques précise qu'elle a une différence avec Maalouf : elle a un mal fou à revenir en Egypte où il est impensable que des juifs aient faits aussi ce pays. Toutes les communautés juives des villes arabes sont devenues quasi invisibles.

 Bref, beaucoup de pessimisme et pourtant quelques lumières. Un "stalingrad" viendra peut-être renverser la tendance indique Paul Jacques. JPD