Sur le site maurras.net, Pouvillon est deux fois à l'honneur. D'un côté une lettre de Pouvillon qui rappelle l'amitié qu'il vouait à Maurras, amitié que l'affaire Dreyfus ne pouvait briser. Puis un texte de mai 1940 où Maurras célèbre Pouvillon (voir ci-dessous). Ce texte de Maurras à la gloire de la Terre mère confond chez Pouvillon le désir de rendre compte d'un monde et le rapport politique qu'il entretient avec ce monde là.

Une confusion qui en 1940 pour un tel article passe inaperçue mais pas au moment de l'affaire Pouvillon à Montauban pendant la bagarre autour de Zola-Dreyfus. Parce que l'extrême-droite montalbanaise tirait de l'œuvre de Pouvillon un positionnement politique, quand Pouvillon décida de soutenir Zola, elle s'est considérée comme trahie, d'où sa haine envers l'écrivain. Mais il ne faut pas ensuite inverser le propos : cette haine politique ne pouvait empêcher l'amitié littéraire entre Pouvillon et Maurras. Toute comme cette amitié ne peut faire oublier les insultes et la tonne de boue tombée sur Pouvillon. J-P Damaggio

 

Voici l'article du site maurras.net

"Un complément sur Pouvillon

Notre article sur Émile Pouvillon aurait été incomplet sans le rappel de ce que Maurras écrivit pour le centenaire de la naissance de Pouvillon. Il s’agit d’un passage de son article quotidien de L’Action française du 19 octobre 1940, qui sera repris dans le chapitre « Lectures et anniversaires » du recueil De la colère à la justice paru en Suisse au printemps 1942. Ce texte confirme bien que les relations entre Maurras et Pouvillon (qui était son aîné de 28 ans) n’ont jamais cessé d’être étroites et chaleureuses, même au plus fort de l’Affaire Dreyfus :

"[Mistral, Lamartine...] grands noms auxquels je voudrais en ajouter un, dont l’éclat est moindre, mais d’une très pure beauté et dont le centenaire est tombé le 8 octobre 1940 : Émile Pouvillon, Montalbanais, romancier et poète de son Quercy natal. Les hommes de mon âge ont lu avec ravissement Césette, Jean-de-Jeanne, Les Antibel, Bernadette de Lourdes, beaux livres où l’âme du pays flambe à tout bout de champ, tantôt dans une molle terre de labour et de pâturage, tantôt sur le roc nu et dur.

L’homme était délicieux. Teint rosé, moustaches courtes. Jules Tellier lui trouvait un air d’officier de réserve en civil. Pour moi, c’était plutôt un air de bonne bourgeoisie de province ; courtoisie, réserve, bienveillance, culture vaste et profonde, fantaisie violente et secrète. À chaque passage à Paris, j’avais sa visite. L’Affaire Dreyfus elle-même ne nous sépara point. C’est que, par-dessus tout, nous liait la passion de ce sol méridional auquel il avait eu le pouvoir, la vertu, la sagesse de garder sa foi et à laquelle il dédiait une œuvre douce, d’un art très beau, et dont le bienfait total n’a pas été assez admiré selon moi.

Presque autant que de son Quercy, il eut l’amour de ses Montagnes Pyrénées qui protégeaient les champs et les coteaux de sa poésie. Ce sentiment était si vif que, lorsqu’il s’acheminait vers un autre point cardinal, du côté de ces Alpes où il devait mourir, chez ses amis Espinasse, il s’amusait à donner aux sommets de la Savoie des noms pyrénéens « pour se bercer du même vieux rêve amoureux, toujours le même », m’écrit madame Espinasse-Mongenet, l’admirable traductrice de Dante.

Cher Émile Pouvillon ! Cent années ont couru sur son berceau, trente-quatre ans sur sa tombe creusée en 1906, et malgré nos malheurs ce long temps n’aura pas nui à ce qui faisait le centre et l’âme de sa pensée : cet honneur de la Terre-mère que l’on est en train de relever et de restaurer aujourd’hui."