Robert_Paxton

Une coïncidence a voulu qu’au moment même où on remettait une médaille des justes à Castelsarrasin, je lise cet article ci-joint de Robert Paxton et, dans ma relecture du Village de l’Allemand, je retombe sur cette question : Vichy a-t-il tenté de faire moins, ou plus que ce que demandait Hitler ?

Le premier intervenant à Castelsarrasin a tenu à dire que Vichy est allé au-delà des demandes Allemandes, fait que confirme Paxton, mais en lisant le livre de Boualen Sansal, la question devient différente. Il ne s’agit plus de constater que l’Italie n’a enregistré que la disparition de 16% de ses juifs quand la France a compté la mort de 25% de cette population, mais de comprendre que la machinerie allemande n’était pas simple à manœuvrer.

Au « meilleur de sa forme » Auschwitz pouvait brûler 15 000 personnes par jour. Oui, par jour.

Sauf que le « meilleur de la forme » supposait une organisation parfaite. Et c’est un chapitre du roman, Le village de l’Allemand ! Pour rappeler l’infrastructure nécessaire, les constructions indispensables, le gaz disponible, les effets de la chaleur pouvant réduire les effets des gaz et Boualem Sansal apporte des détails. Par grande chaleur le gaz montait et spontanément les victimes se jetaient par terre et pouvaient survivre après la diffusion de la dose calculée scientifiquement, or ceux qui transportaient les morts n’avaient pas pour fonction de tuer des survivants car dans cette organisation il fallait laisser à chacun sa part de la chaîne. Le conducteur de train n’était pas sensé savoir la suite etc. Il ne fallait nulle part aucun excès de zèle car la machine pouvait s’enrayer et il ne fallait pas non plus enregistrer des défaillances car la productivité de la mort, en baissant, rendait la tâche plus longue !

Pourquoi 75% des juifs de France furent sauvés ? Car la guerre s’est terminée avant d’en arriver techniquement à la solution finale. Et voilà qu’au même moment Netanyahu révèle que lorsque le grand mufti de Jérusalem rencontre à Berlin Adolf Hitler, le 28 novembre 1941, il l'aurait persuadé de ne pas expulser les juifs d'Europe vers la Palestine, mais de les brûler tous. Toujours selon le Premier ministre israélien, la relation de cause à effet serait dès lors facile à établir : le président du Conseil suprême musulman, Ali Al-Husseini, plus connu sous le nom de grand mufti de Jérusalem, serait ainsi directement à l'origine de la solution finale, ancrée dans les mémoires avec la conférence de Wannsee qui eut lieu le 20 janvier 1942. Comment mieux faire du grand mufti le grand Satan, un Hitler bis version musulmane ? Voilà encore une preuve de négationnisme, non à propos de l'action du mufti mais à propos de l'action même d'Hitler ! J'ai eu du mal à croire possible de tels propos de Netanyahu et pourtant ils ont été repris du Point jusqu'à L'Humanité. Que Netanyahu lise Robert Paxton !

Jean-Paul Damaggio