réveil

En rangeant mes archives je retrouve cet article de Pierre Blanc dans la rubrique qu’il a tenu longtemps sur Le Réveil, « réflexion faite ». Il publie en même temps un fac-similé de la page du Républicain qui le 14 janvier 1928 annonce le décès du savant Jules Momméja. J’aurais pu, certes avec moins de talent, écrire la même page d’autant qu’elle est ornée du dessin de Momméja que j’ai utilisé en couverture de mon livre sur ce personnage qui me semble toujours plus fabuleux. Mais encore plus oublié... J-P Damaggio.

 Jules Momméja (1854-1928)

Le Réveil 27 juin 1998

 Il est des hommes de science et de savoir qui n'ont pas atteint le renom, sinon la célébrité, que leurs mérites eussent justifiés. Jules Momméja est de ceux-là. Issu de la paysannerie caussadaise, à laquelle il resta attaché sa vie durant, autodidacte curieux et passionné de recherches, il fut, en son temps, comme un philosophe savant en matière d'archéologie mérovingienne, d'histoire de l'art et de littérature. Il a laissé une œuvre volumineuse et variée, qui comporte des livres, des communications, des articles de presse, des notes et des cahiers, qui restent à dépouiller.

Un dessin de l'époque le montre assis à sa table de travail, un papier dans sa main gauche, un encrier devant lui, dans l'attitude sereine et béate, d'un homme modeste, dont le regard amusé et la bouche étirée d'un mince sourire dans sa barbe, traduisent le bonheur qu'il ressent à se trouver là, seul au milieu de ses lires, de ses objets familiers et de ses écrits.

A l'initiative de son président, M. Robert Guicharnaud, la Société d'étude et de recherches sur le protestantisme, a tenu à consacrer une conférence sur ce protestant, pourtant sans ferveur, samedi dernier 20 juin.

Le professeur Delord, qui avait déjà donné une communication à la Société archéologique sur ce personnage avait accepté de sen charger. Il a tout d’abord rappelé le origines de sa famille « pages » quercynols, huguenots, aisés et cultivés, et sa vocation précoce pour l’écriture.

Dès 1871, à peine âgé de 17 ans, il publie des articles dans le Républicain de Tarn-et-Garonne (l'ancêtre du Réveil). L'année suivante il devient membre de la Société archéologique, se signale dans les milieux scientifiques et littéraires, par ses études et son talent d'écrivain. Il sait faire valoir ses titres et son savoir pour obtenir, plus tard en 1898, le poste de conservateur du musée d'Agen qu'il occupa jusqu'en 1917, avant de se retirer à Moissac où il mourut en 1928, âgé de 74 ans.

Il a mené, en somme, une vie sans éclat de petit-bourgeois, avec ses joies et ses deuils, ses réussites et ses déceptions, ses apparences et ses secrets. Dans son cabinet de travail ou au dehors, il ne passait pas de journées sans écrire. On peut penser que le présent l'intéressait peu si ce n'est pour le figer dans ses cahiers pour le préparer à devenir le passé. La préhistoire, l'histoire, l'ethnologie, l'archéologie, le dessin, la littérature, étendaient le champ de ses réflexions et de ses recherches. Son œuvre, foisonnante et diversifiée, est d'une étonnante fertilité. C'était un touche-à-tout doué d'une belle intelligence et d'une facilité d'écriture exceptionnelle.

Passéiste, il se voulait homme du terroir, attaché aux traditions et aux modes de vie du monde rural. Antonin Perbosc qui le connaissait bien et l'estimait, l'avait désigné comme «le procureur général des lettres occitanes ».

Il était bon que soit ravivé le souvenir de ce lettré de chez nous trop mal connu, et que soit rendu hommage à ses œuvres pour la plupart inédites qui constituent aux archives départementales le «fonds Momméja». Un fonds qui mérite d'être exploré, car il est certainement riche de savoir et d'appréciations, afin que ne demeurent pas enfouis dans l'obscurité des rayonnages ces messages que Jules Momméja s'adressait à lui-même mais qui nous sont aussi destinés. Pierre Blanc

N.B. — Lire dans la brochure « 800 auteurs » la rubrique qui lui est consacrée qui comporte les titres et références de ses publications.