barcelones montalban

 

"On était à 24 heures de la première fin du millénaire, qui laissait ouverte une possibilité de second millénaire le 31 décembre 2000, et, pour la farce festive et annuelle, la ville s’était contentée d’en remettre une couche. Peut-être un peu plus de lumières et d’achats. Sur la place de la Cathédrale, les stands de santons, dans une lutte fratricide de plus en plus âpres avec les pères Noël de chiffon ou de plâtre, et les merveilleuses crèches dans leurs décors construits à grand renfort de liège et de mousse, de palmiers de fer-blanc, de petits Jésus prodigieusement nus dans l'hiver d'un Bethléem transfiguré en paysage napolitain ou de l'Ampurdan. Le ciel gris plombé avait craqué et il pleuvait sur la Barcelone pasteurisée, comme si sa patine de ville schizophrénique et si souvent mélancolique n'avait pas été suffisamment grattée. Après avoir rejoint les Ramblas, il descendit jusqu'au port, cherchant la mer, grande thérapeute. Seule la mer semblait mélancolique, parce qu'elle avait une couleur de verre opaque, comme si elle s'était transformée en mer du Nord, en mer étrangère. Les jours ouvrables ont toujours raison, jamais les jours de fête. L'hiver a toujours raison, jamais le printemps. Il entra dans une cabine téléphonique et appela Biscuter.

̶̶̶ Bravo pour l'appel, chef. Putain, il tombe bien ! Charo cherche à vous joindre et votre téléphone était occupé. Vous confirmez, pour le réveillon ? J'ai une autre recette incroyable, très baroque, chef, comme vous diriez, que j'ai entendue à la radio, d'une cuisinière qui s'appelle Ruscalleda. Migas au chorizo, au jambon et aux grains de grenade !

̶ Biscuter. Commençons bien ce millénaire de merde. Nous allons partir faire le tour du monde.

̶ Tapez-vous un Bloody Mary, chef, c'est bon pour la gueule de bois.

Ensuite, il appela Anfrúns et lui donna rendez-vous sur la jetée, en face du premier navire amarré en dehors des eaux du port. C'était un rendez-vous définitif qui renvoyait à la fuite de Margalida et Albert. Anfrúns éclata de rire.

̶ Vous n'avez rien d'autre à me dire, Carvalho ? Vous n'avez pas une autre idée ?"

 

C'est presque la fin de "L"homme de ma vie" et Carvalho avait en effet un autre idée qui allait lui changer radicalement la vie.

En attendant le 31 décembre 2015 La Catalogne attend toujours son président de la Généralité et l'Espagne son président du Conseil…

Jean-Paul Damaggio

P.S. Ce lien en prime : http://www.ina.fr/video/2208436001