La Dépêche du Midi ayant fait son travail nous reprenons ici l'entretien avec Bruno Azem, cheville ouvrière de l'hommage au chanteur poète kabyle, Slimane Azem. J-P Damaggio

Vendredi et samedi seront deux journées de mémoire au Hall de Paris à Moissac, en hommage au grand poète kabyle si cher au cœur des Moissagais Slimane Azem (à l'occasion du 33e anniversaire de sa disparition), couplées avec la projection du film «Perdus entre deux rives, les Chibanis oublié» le vendredi soir à 20 h 30 et le concert de Mouss et Hakim, Origines Contrôlées, le samedi soir à 21 heures. En amont de la manifestation, rencontre avec Bruno Azem, neveu de Slimane Azem, et à l'initiative de ces journées.

Bruno Azem, vous aviez déjà l'année dernière organisé une journée à la mémoire de votre oncle à Moissac fin janvier. Peut-on dire que la manifestation se pérennise ?

«Incontestablement ! L'année dernière à l'occasion du 32e anniversaire de sa disparition, nous avions organisé une journée avec recueillement au cimetière de Moissac, évocation de son œuvre au jardin Slimane Azem, puis exposition de photographies, disques et textes à la bibliothèque municipale. Une belle journée avec certes un succès d'estime, mais qui a eu un grand retentissement, notamment au sein de la communauté kabyle.»

Cette année, il y aura deux journées. Pouvez-vous, Bruno, nous les présenter ?

«L'exposition débutera au Hall de Paris à partir de 14 heures vendredi. En soirée, sera projeté le film «Perdus entre deux rives, les Chibanis oubliés» en partenariat avec l'association toulousaine Tactikollectif. Les Chibanis sont ces migrants de la première génération, dont mon oncle fut, on peut le dire, le porte-parole à travers sa musique et sa poésie. Les spectateurs pourront ensuite échanger avec Rachid Oujdi, le réalisateur. Le samedi nous nous retrouverons à 11 heures, au cimetière sur la tombe de Slimane Azem, qui a vécu les dernières années de sa vie sur les hauteurs moissagaises. Puis nous passerons comme l'année dernière au jardin Slimane Azem, derrière le Patus, vers 12 heures. L'exposition suivra son cours au Hall de Paris de 10 heures à 18 heures, avant le concert de Mouss et Hakim (Origines Contrôlées), programmé avec Moissac Culture.»

Quel serait aujourd'hui le message de votre oncle ?

«Un message de Paix. Ce message est toujours d'actualité, en témoignent les nombreux messages de soutien sur notre page Facebook.»


Slimane Azem, le «Brassens kabyle» de Moissac

Né en 1918 au cœur des montagnes kabyles en Algérie, Slimane Azem rejoindra Paris et la France en 1937 et Paris en 1940. Déporté sous l'occupation puis «persona non grata» en Algérie dès l'indépendance, c'est bien en France et de France que le guitariste et poète surdoué chantera en langue kabyle ses odes à l'Amour, au Pays, mais aussi à la résistance face à l'oppression d'où qu'elle vienne. Son œuvre est devenue un véritable ancrage pour toute la communauté kabyle hexagonale, mais également à l'extérieur des frontières.

Il s'installe à Moissac puis pendant vingt cinq ans y vivra six mois par an une vie humble de paysan poète avec son épouse Lucienne, en harmonie avec les habitants.

Décédé en 1983, il est enterré au cimetière municipal de Moissac. La municipalité, consciente du rayonnement de celui qu'on a pu qualifier à une époque de «Brassens kabyle», lui a dédié il y a quelques années un espace en centre-ville, le jardin Slimane Azem. Propos recueillis par Christian Laguille