Le documentaire Salafistes, réalisé par François Margolin et Lemine Ould Salem, montre la réalité des djihadistes au Sahel. Aussitôt la question se porte : interdiction ou pas. Pour moi la question est de savoir s'il fait le bonheur ou pas des Salafistes et à lire la présentation de son principe, je réponds sans hésiter : il en fait le bonheur. Je n'en déduis pas qu'il faille l'interdire, pas plus qu'il fne aut interdire la diffusion de Mein Kampf de Hitler.

Je suis pour qu'à cette occasion on développe la dénonciation du salafisme qui, nous le savons depuis longtemps, construit sa propagande sur la diffusion d'images qui affichent ce qu'il est !

Claude Lanzmann a beau dire qu'il s'agit d'un chef d'œuvre, je crains qu'il ne raisonne qu'avec des principes d'un autre âge ! Je cite sa fameuse tribune sur Le Monde : "Salafistes est d’une grande beauté formelle, rapide, efficace, très intelligent : on est pris, emporté dès la première image, saisi par la cruauté tranquille des intervenants et des irruptions involontaires de comique, qui naissent précisément de la radicale absence d’humour de ces suppôts de Dieu et du Prophète, dont on dirait qu’ils sont leurs plus proches parents."

Ah ! la beauté formelle !

Croire que l'image parle d'elle-même est peut-être normal pour un cinéaste.

A mes yeux la référence est un voyage dans l'enfer du discours islamiste qui s'appelle : "Frères musulmans, frères féroces" écrit par Latifa Ben Mansour en 2002.

L'écrivaine algérienne est allée à la rencontre des cassettes des islamistes algériens, avant même le fameux coup d'Etat qui a mis un terme au processus des élections et ainsi elle a pu démontrer que le discours islamistes n'est rien d'autre que le discours nazi.

Car les salafistes (sous leurs diverses formes) ne datent pas d'aujourd'hui, ni de Tombouctou et la façon dont, encore aujourd'hui, est présenté le cas algérien par "les bonnes âmes" me fait peur.

Les images de violence ne peuvent que frapper les convaincus mais la réflexion ne va pas loin. C'est ainsi que je suis pour la réédition de Mein Kampf dans la mesure où elle est scientifique, je veux dire confrontée à l'ensemble du réel.

Après Latifa Ben Mansour j'ai une autre référence : les Narcos au Mexique. Leur propagande consiste également à montrer les horreurs dont ils sont capables et qui, sans discours religieux, ne sont pas moindres que les actes salafistes. Propager la terreur (car tel est le but) est une façon d'exprimer une puissance dont des individus se sentent en manquent. Car la question reste toujours la même : dans un monde en crise comment le changer ? Est-ce que voir le documentaire Salafistes va donner plus d'énergie démocratique aux spectateurs ? J'en doute quand il ne s'agit pas de s'indigner mais de s'insurger !

Jean-Paul Damaggio