paul ardouin

Voici le texte lu sur la tombe de Paul Ardouin pour le MODEF. Je le reprends du Petit Journal. Photo réalisée par M. Matayron. JPD.

 C’est en tant que membre et au nom du comité directeur du MODEF national et de son président Jean Mouzat qui ne peut être présent ce jour que j’ai la lourde tâche de rendre aujourd’hui l’hommage à Paul Ardouin, ici à Escatalens le village où il a passé toute sa vie de militant syndical et politique.

Cet hommage ne peut être exhaustif tant la vie de Paul a été riche d’événements.

Paul fils de métayers est né en 1921 à Saint-Porquier, il échappera à l’école privée grâce à la ténacité de son grand-père et de son père pour suivre les cours de l’école publique de son village natal où il apprit le français ne parlant que patois comme beaucoup de gamins de son époque et où il s’imprégnât de la laïcité et obtiendra le certificat d’études.

Dès son plus jeune âge, il sera confronté à la dure réalité de la vie paysanne d’avant guerre ce qui le marquera pour toute son existence.

Il a tout juste 15 ans lorsque le Front populaire gagne les élections de 1936 et il milite déjà alors qu’il est au collège de Castelsarrasin, comprend que jamais rien n’est acquis d’avance et que la lutte devra continuer encore t encore.

Trois ans plus tard, le péril nazi arrive sur notre terre de France et pour ses vingt ans il est envoyé dans l’Ariège au chantier de jeunesse. A son retour à la ferme, il sera confronté à la dure réalité des réquisitions ce qui le révoltera et il essayera d’en limiter les effets.

 

Malgré cette période sombre de notre histoire notre homme est amoureux et il a le bonheur de se marier en janvier 1943 avec Marinette BEGUE dite Marilou qu'il aura la douleur de perdre. De cette union naîtront quatre enfants.

Malgré sa charge de famille, il n'hésite pas à entrer dans la Résistance pour libérer le pays du joug de l'oppresseur nazi et de la collaboration en rejoignant d'abord l'armée secrète avant d'intégrer les FFI et adhère au PC en 1944.

En 1945, après la lutte armée commence la lutte syndicale qui ne le quittera plus jusque dans ses derniers instants. Il participera à l'assemblée fondatrice de la confédération générale de l'agriculture dont il fut un des dirigeants.

Il fera partie de ces pionniers qui ont créé le statut du fermage et du métayage pour protéger ces paysans sans terre comme l'étaient ses parents et qui étaient à la merci de propriétaires fonciers pour qui, seul le profit comptait, au mépris de la dignité humaine, statut que certains aujourd'hui veulent supprimer.

En 1952 il est éliminé de la direction de la FDSEA, ses positions étaient déjà à l'encontre des positions du syndicat majoritaire. Il refusait la concurrence entre paysans avec les dégâts que nous subissons toujours et ses idées étaient un peu trop rouges pour certains.

En 1957 il mettra en garde contre les méfaits du traité de Rome qui poussait l'agriculture vers l'agrandissement foncier et sa mise sous tutelle par l'économie de marché.

Il combattra la loi Pisani de 1960-1962 qui prônait la suppression des petites exploitations au profit des plus grosses.

Entre 1964 et 1966 Paul combat le plan Mansholt et proteste contre ses directives et en 1967 il participe à la mobilisation pour l’arrêt de celui-ci.

Paul œuvra beaucoup pour la Fédération des Planteurs de Tabac. Dès la fin de la guerre il s’impliqua dans le développement de cette culture intéressante pour les petits exploitants qui avaient de la main d’œuvre mais ses idées politiques «trop rouge» comme je l’ai déjà dit, ne lui ont pas permis d’accéder aux postes qu’il aurait dû avoir, mais cela ne l’a jamais découragé et il a toujours continué le difficile combat pour la défense des petits producteurs et des prix rémunérateurs.

Paul sera de la création du MODEF 82 comme il a été à la création du MODEF national avec Raymond Mineau, ou encore la constitution de l’ANRAF avec Franck Marcade des Landes, Bouyou de Dordogne et tant d’autres.

Paul combattra toute sa vie durant l’agriculture productiviste aux dépens de l’agriculture familiale.

Son regret sera la dérive des coopératives agricoles qu’il a vu naître et qui on suivi la dérive libérale de l'agriculture prônée par Bruxelles avec le soutien des dirigeants de la FNSEA et qui deviennent pire que les privés qu'elles étaient censées combattre.

Comment ne pas parler du cloître de Moissac où Paul participa à la mobilisation des agriculteurs et fut indigné par la suite judiciaire donnée à cette affaire où il y eut un cri de désespoir de la part des manifestants qui, comme aujourd'hui, sont acculés financièrement par la politique européenne.

Son parcours n'est fait que de lutte pour améliorer la condition paysanne, lutte pour une caisse d'assurance récolte pour les producteurs de tabac, lutte pour ne pas disparaître.

L'un de ses derniers combats a été son action au sein des retraités agricoles pour une retraite décente pour toutes et tous et j'avais grand plaisir à échanger avec lui lorsqu'il venait dans le Gers à l'invitation de ses collègues retraités où j'ai pu discuter avec lui pour la dernière fois, le 30 novembre dernier.

Paul était un véritable tribun, pour lui rendre cet hommage je l'ai écrit, lui il n'avait pas besoin d'une feuille lorsque il prenait la parole et je me souviens de ses interventions dans le Gers où je lui disais : « Paul si l'on te donne le micro, il va falloir couper le fil sinon on y passe la nuit ». Il pouvait tenir un discours sans perdre le fil conducteur pendant de longues minutes et même intervenir malgré son âge comme en 2013 à Laval lors d'un colloque sur l'avenir de l'agriculture devant un parterre de jeunes et tracer les lignes d'une agriculture d'avenir.

Au nom du MODEF National, du MODEF Midi-Pyrénées j'adresse nos plus sincères condoléances à tes enfants et petits enfants. Adieu camarade". André Belvèze membre du Bureau national.

 

(Sur le site de Moissac au Cœur vous avez le message de Jacques Moignard lu par André Greder ICI.)