serge miranda

Alain Daziron nous indique qu'ayant croisé par hasard Serge Miranda devant la statue Fermat[1] à Beaumont de Lomagne ils trouvèrent le moyen d'échanger leurs agendas pour fixer enfin la date d'une réunion publique à Larrazet sur "la révolution numérique" avec l'homme devenu prof d'université à Nice et spécialiste du sujet.

Sur le site Copains d'avant je découvre déjà les mérites et limites d'Internet : Il aurait été au COLLÈGE INGRES de Montauban de 1962 à 1966 puis au LYCÉE MICHELET de 1966 - 1970. Le Lycée Michelet est resté lycée-collège de filles jusqu'à la rentrée 1968. Le lycée-collège Ingres faisant de même pour les garçons. Donc à la rentrée 68 le lycée Ingres est devenu collège Ingres mixte et le Lycée Michelet seulement lycée mixte (sur le CV il est indiqué avoir eu le bac au lycée Ingres en 1970 alors qu'il faut lire Lycée Michelet). Tout ça pour dire qu'à Larrazet Serge Miranda est un local de l'étape et ancien joueur de foot de l'équipe de Saint-Sardos d'où plusieurs références à ce sport pendant la conférence.

Quittant donc un public d'étudiants, il s'adresse à beaucoup de têtes blanches et globalement à une foule bigarrée et je dis foule car en effet la salle fut bien remplie pour un sujet aussi technique que l'univers du numérique.

 La victoire de l'usage

Je ne pensais pas écrire un compte-rendu donc je n'ai pas pris de note mais au final, ce moment a été plutôt historique, et je souhaite en laisser une modeste trace. Dans l'histoire rapide du numérique, Serge Miranda a fait observer l'évolution : du matériel (domaine IBM) on est passé à l'univers du logiciel (domaine Microsoft) puis ensuite est venu celui de la communication (internet, Google puis facebook). Et cette évolution a été dictée par l'usage : bien sûr IBM servait aussi à un usage mais à l'usage d'une caste. Si je comprends bien Miranda il s'agit d'un usage qui part de chaque citoyen. Il a donné l'exemple de facebook dont l'inventeur n'avait au départ qu'un seul usage : mieux draguer les filles sur les campus de San Francisco. Cependant, et j'y reviendrai, il ne nie pas que pour passer de cet usage basique à la multinationale il a fallu plusieurs coups de pouce d'investisseurs dont la CIA. Ne manquant pas d'humour il a fait observer que si la CIA avait lancé un site en demandant qu'on lui confie la vie de chacun, le succès aurait été minime.

Il se trouve que je viens d'étudier les inventions avec la GUIMA à Caussade et j'ai pu vérifier que c'est là aussi l'usage qui dicte l'invention. Des inventions de peu d'usage reste dans les cartons, comme d'autres trop chères à réaliser par rapport aux bénéfices, mais une invention répondant à un usage peut aisément aller de Caussade jusqu'en Australie (le bras hydraulique).

 La victoire de l'échange

Marx ayant été cité trois fois je fais observer que pour lui la victoire de la valeur d'usage c'est la victoire du socialisme ce qui n'est pas le cas car la victoire de la valeur d'échange est toujours là. En réponse à une question simple : entre l'horizontalité d'internet et la verticalité du pouvoir financier des multinationales que penser ?, Serge Miranda a bien sûr précisé que Google pouvait lui faire peur mais en même temps il reste optimiste car Google a besoin pour se développer que tout le monde sache lire etc. Il a repris l'exemple de Wikipédia né de l'horizontalité des internautes. Et il a pris d'autres exemples du même genre où la communication née d'internet pouvait nous rendre acteur de nos vies. Devenons des communicacteurs propose-t-il.

 Le BIG Data de la communication

Aujourd'hui avec internet nous avons à notre disposition plus d'informations que ne pouvait en avoir JFK le malheureux président des USA qui, peut-être, dans le monde d'aujourd'hui n'aurait pas pu être assassiné.

Le volume, la variété et la vélocité des dites informations constituent un des éléments de la "révolution numérique". Dans son exposé, même si on a raté quelques dessins, Serge Miranda a su être pédagogue : belles images, nombreux exemples et à l'écouter chacun pouvait mesurer l'ampleur des mutations. Sur ce point comme sur les autres, face à l'optimisme raisonné du conférencier la salle a pu exprimer ses multiples inquiétudes. A la référence au transhumanisme, qui n'est pas le rêve de quelques illuminés mais le travail de scientifiques qui imaginent l'homme vivant 1000 ans, Miranda répond avec prudence, car il rappelle qu'il sort là de son champ de compétences, quelques observations minimes : pour faire court, le transhumanisme est une exagération mais il reconnaît qu'avec les DATA (banques de données actuelles) on peut déjà accéder à des surprises comme ce qu'il a fait avec un grand chercheur : demander à Einstein s'il est juste que Bush ait envahi l'Irak ? Et Einstein de répondre que la victoire sera facile sur le court terme mais pas sur le long terme.

Ce n'est pas là une plaisanterie tout comme les données acquises sur les joueurs de foot pour savoir ensuite s'il est bon de les faire jouer, quand et comment.

 La revanche de l'outil : le Smartphone

De l'exposé de départ sur la mutation qui fait qu'aujourd'hui facebook est nettement plus puissant qu'IBM (qui existe toujours faut-il préciser) je veux tout de même faire observer que si les fabricants de Smartphone sont à la remorque des géants de la "com", ils ne sont pas négligeables car à la masse des machines elles-mêmes, s'est substitué la masse des utilisateurs. Un exemple a été donné : un accord entre l'Inde et un fabricant chinois a été passé pour 100 000 millions de Smartphone vendus à 30 dollars quand en France ils coûtent 300 euros. Personnellement j'utilise l'ordinateur depuis 1985 et internet depuis 1998 n'accédant à un haut-débit qu'en 2007, sans utiliser le Smartphone même si à plusieurs occasions j'ai pu vérifier son utilité. Le paradoxe fait que dans les pays sans infrastructure téléphonique (comme en Inde ou en Afrique) l'accès à la téléphonie par les satellites devient incontournable. Cependant dans notre monde du gaspillage (l'échange effaçant l'usage) je pose la question : comment les 100 000 millions de Smartphone vont-ils être récupérés après usage ? D'où la question d'une participante sur les dégâts possibles à l'environnement pour la fabrication des batteries et je pense au lithium de Bolivie. Là aussi Miranda indique que ce n'est pas son champ d'études.

 L'horizontalité contre la verticalité

Serge Miranda insistera sur la possibilité nouvelle de faire monter du bas vers le haut les actions, les inventions, la créativité en bref la vie elle-même. La structure pyramidale est ainsi mise à mal au profit d'une démocratie nouvelle. La démarche nommée bottom-up a sa définition sur wikipédia et renvoie à mon sens plus à la nature première des USA qu'à la nouveauté informatique à moins qu'il y ait une dialectique entre les deux réalités. J'ai à plusieurs reprises évoqué ce tournant dans l'histoire de l'humanité que fut le passage de Nixon à la présidence des USA, sa main tendue à la Chine pour mieux assassiner Allende. Je rappelle que ce sont les journalistes qui l'obligèrent à quitter un poste où Nixon avait été élu peu de temps avant, des journalistes plus forts que le suffrage universel ! Dès cette époque donc, les USA savaient que le pétrole du XXI ème siècle serait la communication (Nike c'est juste la griffe sur des chaussures produites en Chine). Pour expliquer ce "bottom-up" Miranda a donné l'exemple de Bill Gates se convertissant difficilement au réseau internet, en montrant que même pour lui c'est l'horizontalité qui l'a fait bouger. Il n'y a jamais eu de pouvoir central disant : "demain vous serez tous connectés". C'est la vie qui en décidé ainsi et dans des formes imprévues car ça s'est fait en marchant. Pour moi, c'est là l'essence même des conditions historiques ayant produit les USA qui n'ont pas eu besoin de guillotiner un roi pour instaurer une république. Si Tocqueville s'est ensuite passionné pour "La démocratie en Amérique" en oubliant un peu les limites liées au l'extermination des natifs et l'esclavage des noirs, c'est le fait d'une réalité toujours vivante et que j'ai vérifié sur place : dans tous les domaines de la vie l'horizontalité passe partout après la pyramide du pouvoir, d'où la souplesse d'un système capitaliste en perpétuelle remise en question… pour mieux durer. Pas surprenant donc si le pragmatisme de Dewey et la technologie d'Apple se soient rencontrés.

 Des tonnes de question

Je crois qu'écouter Serge Miranda, sa sincérité autant que sa connaissance, ses pratiques concrètes autant que des recherches savantes, fait du bien et si mon optimisme de la volonté a toujours été tempéré par le pessimisme de l'intelligence, j'ai tendance à partager sa démonstration. J'ai juste posé une question s'ajoutant aux inquiétudes des autres, sur "la panne". Et si demain un vaste panne d'électricité se produit, car tout le système repose sur la fiabilité du réseau électrique, que peut-il se produire ? Et si mon jeune ami étudiant Tunisien perd son Smartphone où il y a toute sa vie ?  Il a moins répondu à ce point qu'au suivant : la sécurité. Le technicien une fois de plus à réponse à tout : il ne faut rien garder en mémoire sur son Smartphone car en effet la perte peut devenir une catastrophe mais demain il y aura partout des bornes pour recharger le nouveau Smartphone remplaçant le précédent car la mémoire sera sécurisé dans des "nuages" extérieurs à l'appareil lui-même. Dans ce cas il sera plus facile de retrouver les clefs perdues de sa maison ! Car pour Miranda ça ne fait aucun doute, dans le Smartphone de demain il y aura tout, nos clefs, nos papiers, notre argent, et même par la lumière de l'appareil un produit antirides ! Par tous les capteurs inclus dans l'inévitable montre qu'on a au poignet, il deviendra même votre médecin qui pourra établir que quand le risque de cancer est de 8% dans le pays mais de 80% pour vous, il faut peut-être prendre des mesures préventives. Même la question de la liberté s'en trouvera modifiée : les machine vous feront des propositions et à vous de les suivre ou pas.

Des tonnes de question apparaissent comme l'inévitable et plus ancienne elle aussi qu'internet : la désinformation est parfois plus puissante que l'information ! Et quand la désinformation décide de tout … sauf qu'en fait c'est l'argent qui encore, décide de tout, et le gratuit sur internet va en se réduisant. Sur ce point comme sur d'autres Serge Miranda a toujours fait la part des choses : Google peut mettre un logiciel gratuit à disposition mais s'il devient indispensable alors il fait payer.

J-P Damaggio



[1] Je rappelle que je suis un défenseur acharné de Fermat beaucoup trop méconnu encore aujourd'hui.