la tailhède

Après de multiples recherches je retrouve ce poème qui n'est pas dans les oeuvres complètes de de La Thailhède. J-P Damaggio

Le Figaro 17 février 1927

 Ode triomphale

Le beau poète Raymonde La Tailhède, à qui la Société des gens de lettres décernait récemment sa médaille d'or, a composé ce poème à l'inauguration d'un buste du poète Camille Delthil, sculpté par Abbal, qui eut lieu à Moissac, le 19 septembre dernier. Nous sommes heureux d'offrir à nos lecteurs ces superbes strophes encore inédites :

Muse dont la pensée est la lumière même,

Brûle-moi de ces feux

D'où naissent à la fois la beauté d'un poème

Et la splendeur des cieux.

 

Que ces vers aujourd'hui, Muse, que tu m'inspires,

Passent les autres vers

Comme fait s'amollir le bruit des grandes lyres

Le tonnant Univers !

 

Je ne formerai pas une entreprise vaine

Pour un faux idéal,

Si je te chante, fleur de la raison humaine,

Amour du sol natal.

 

Et si je sais unir aux pampres de la vigne

Les verts lauriers vivants,

En Camille Delthil honorant le plus digne,

Moissac, de tes enfants !

 

Lui, dont la lèvre encore à nos oreilles tremble,

Que nous enseignait-il

Lorsque par les coteaux nous promenions ensemble

Les soirs du jeune avril.

 

Lorsque du Brésidou jusques à Landerose,

Au seuil de sa maison

La nuit faisait surgir un ciel d'apothéose

De l'immense horizon ?

 

Il disait le limon de cette plaine vaste,

Prodigue en lourds épis,

Fertile et chaude autant que les champs de Bubaste

Près du Nil assoupis.

 

Royale sous la pourpre aux vendanges d'octobre,

Il nous disait aussi

Ton glorieux labeur et la vie âpre et sobre

Race du vieux Quercy !

 

La fin du jour errait dans les floraisons neuves,

Et l'on voyait encor

Un fluide métal à la pointe des fleuves

Darder sa flèche d'or.

 

L'odeur que respira de colline en colline

L'espace aérien

Et qui fait tressaillir d'émotion divine

Un cœur virgilien,

 

Le rappel musical des voix au loin perdues

Et l'ombre sur nos yeux

Tout le sollicitait, Maître des étendues,

Silence harmonieux !

 

"Les dieux ne valent pas, certes, ce que nous sommes »,

Alors nous disait-il,

"Cette terre est sacrée, elle produit des hommes."

Toi, Camille Delthil !

 

Toi, Camille Delthil, flamme non consumée,

Dressée au plein azur,

L'ornement et l'honneur de cette terre aimée,

Poète, homme, esprit pur !

 

Homme trois fois humain, qu'une triple couronne

Illumine son front,

Que la foule accourue au retour de l'automne,

Que tous ceux qui viendront

 

Le célèbrent ! Et moi sur ces cordes dociles,

Et j'en ai fierté,

Pour n'avoir pas jugé les Muses inutiles,

Humble dans la beauté,

 

Moissac, je te salue entre toutes les villes !

Raymond de La Tailhède