Dès son arrivée au pouvoir en 2002 Lula a entrepris une politique tournant le dos à ses engagements antérieurs. Pas de réforme agraire globale, moins d'hectares qu'auparavant pour les sans-terre, des faveurs à l’industrie agroalimentaire, principalement le soja, qui affectent les écosystèmes amazoniens, un financement de l’enseignement supérieur bénéficiant de plus en plus aux entités privées. Pour masquer cette politique, le programme "bolsa famille" apporte des millions aux pauvres mais sans changer leur statut social si bien que le retour à la situation antérieure est quasi inévitable avec la chute des prix des matières premières.

 Le PT s'est adapté au système corrompu préférant les négociations avec les représentants politiques de la droite aux appuis des organisations populaires. Dès 2005, a éclaté le scandale conduisant à l’incarcération du Président et « architecte » du PT, João Dirceu. D'autres scandales ont suivi dans lesquels les personnalités du PT étaient engagées. Et bouquet final Lula da Silva, devenant le représentant des sociétés transnationales, et recevant des salaires certes légaux mais si peu éthiques ! Il a personnellement défendu Odebrecht, transnationale dont les plus hauts représentants sont emprisonnés ou sous enquête, lorsque cette société a été expulsée de l’Equateur. Pas d'étape nouvelle vers une démocratie participative alors qu'il y avait l'expérience de Porto Alegre. Pas de lutte contre la présence croissante des cultes qui agissent avec une politique ultraconservatrice.

 Est-ce que je parle comme la droite ? Est-ce que je salue le retour en force de la droite ? Est-ce que pour éviter l'application de mesures plus graves encore, il faut taire les effets des politiques du PT qui ont conduit à cette situation ?

Question éternelle, aussi, pour adoucir les critiques, une observation.

 Les dirigeants du PT ont un argument qui peut justifier leur évolution vers la droite : les scissions de gauche internes au parti furent sans soutien électoral. Le PSOL n'a jamais pu reprendre le flambeau du PT. Le PSOL a présenté Helena Héloisa à la présidence (en alliance avec d’autres) en 2005. Femme très à gauche, elle est tout autant catholique conservatrice, en conséquence totalement opposée au droit à l'avortement mais totalement favorable au droit à la contraception : « L’avortement n’est ni moderne, ni civilisé. Je connais des milliers de femmes qui l’ont subi et qui en sont sorties traumatisées ». Parce qu’en effet, au Brésil, 31% des grossesses se finissent par un avortement… clandestin. Pour comprendre la situation, voici un autre chiffre qui fait froid dans le dos : 14% des jeunes « femmes » ont eu leur premier enfant entre 10 et 12 ans ! Bref, elle espérait 15% et a obtenu 6%. Puis en 2010, 0,8% !

 La gauche critique reçoit aussitôt l'appui de la presse de droite qui contribue à la décrédibiliser. Et, comme on le voit sur le cas du droit à l'avortement, elle n'arrive pas à proposer un programme vraiment en rupture. Mais, n'étant pas au pouvoir elle essuie moins les critiques que le PT. Et pourtant elle n'arrive pas à s'implanter.

 En conséquence, la critique du PT ne peut se conduire sans l'analyse de l'échec du mouvement social et politique sur sa gauche… sauf à contribuer au retour de la droite, d'autant que le PT n'a jamais été majoritaire à lui tout seul.

 Ce tableau rapide permet d'observer que le cas du PS en France n'est en rien différent de celui du PT, du PSOE, ou du PD en Italie. Pour dire que l'alternative aux échecs de ce courant n'a pas seulement des raisons internes aux vestiges de la social-démocratie, mais des raisons plus globales liées à l'incapacité à faire partager aux citoyens, un projet de révolution démocratique.

Face à la difficulté considérable pour le surgissement de ce projet (s'il existe), le simplisme des courants d'extrême-droite (dans leur diversité) capte mieux la colère sociale. J-P Damaggio