Guayasamin

Voici mon résumé de la visite du musée Guayasamin en 2001 à Quito.

"Le taxi nous dépose devant la Fondation qui n'est pas seulement à la gloire de Guayasamin : une maison contient des éléments des cultures pré-incas et surtout une vaste collection de « sceaux » qui servaient en fait à décorer les poteries par la répétition de l'empreinte décorative. D'autres éléments, textiles, bijoux manifestent la force artistique d'une diversité de tribus présentées sur une carte. Puis nous entrons dans la partie qui expose des œuvres de l'artiste : nous y retrouvons l'influence de Picasso dans les œuvres de jeunesse mais très vite une manière propre apparaît faite de tonalités assez tristes sur de grands formats et avec le principe du portrait comme référence, portraits de personnalités ou d'inconnus, portraits d'hommes qui posent ou d'hommes qui luttent. Le lieu est très vivant avec des personnes qui travaillent dans la bibliothèque (un journal comprend des illustrations par Guayasamin d'œuvres poétiques du Péruvien Vallejo), une salle que l'on aménage pour un concert le soir (le pianiste entre et joue quelques notes pour tester la qualité du piano), une discussion sur telle ou telle toile etc. En sortant, la vue sur Quito est surprenante : ce lieu qui fut l'atelier du peintre domine une partie de la vallée. Nous avons failli rater la troisième partie du Musée, celle sur l'art colonial car, par contre, de ce côté-là, tout est mort. En y entrant l'accumulation de figures religieuses tristes et sanglantes rend cet art ridicule et pesant en même temps, un art au seul service des catholiques, un art terriblement contrôlé, un art de ce fait plus répétitif qu'inventif. L'effort culturel que Guayasamin représente et qu'il n'a pu mener à son terme avec le projet grandiose de Chapelle de l'homme en opposition à la Chapelle de Dieu, donne goût à la vie."

 

En 2016 je pensais revoir le même musée mais tout le monde nous parlait non pas du musée mais de la Chapelle de l'Homme. Et en effet, tout le précédent musée a été éliminé au profit du projet qui a été mené à son terme après la mort de l'artiste qui l'avait désigné du nom de Chapelle de l'homme. Guayasamin a réalisé une œuvre colossale mais à la fin de sa vie il a souhaité la recentrer sur ce thème, la Chapelle de l'homme en élaborant tout de a à z. Je ne sais si son frère architecte a contribué à l'architecture de cette "chapelle" mais tout se veut cohérent. Ce cube en pierre sans fenêtre est à l'image des constructions incas et c'est plus qu'un musée, où l'œuvre aurait été exposée de manière linéaire. Des espaces grandioses pour seulement les quelques œuvres désignées comme indispensables à cet auto-hommage. Au milieu une flamme constamment allumée, la flamme des droits de l'homme. Pour chacun des aspects de l'art du peintre, un élément a été retenu. Un seul autoportrait (voir photo). Une référence aux luttes du Nicaragua sandiniste, une référence aux luttes du peuple chilien avec un hommage à Victor Jara, une référence aux peuples du monde, et en coupole une peinture à la gloire des mineurs du Potosi. Bien des œuvres sont inachevées mais des artistes ont apporté la dernière touche pour que vive ce projet.

La lutte des classes peinte sous toutes ses formes avec pour les mères surtout le désespoir mais aussi à la fin de l'exposition une marque de bonheur.

Douleur sur toutes les faces.

J'avoue cependant que le musée précédent avait quelque chose de plus vivant et j'ai visité la chapelle en espérant qu'il avait été conservé. La visite forcément guidée de la maison-musée m'a finalement laissé sur ma faim.

L'artiste qui, comme indiqua la guide, "était peu collé à la religion" en créant une chapelle n'a rien fait d'autre que de réaliser ce souhait : peindre c'est comme prier. Je ne crois pas qu'on puisse combattre le clergé par un renversement de la perspective. Dans un texte important Aragon aussi souhaitait construire des cathédrales capables de combattre les cathédrales catholiques mais j'ai un doute.

Guayasamin était communiste et a souhaité que repose à ses côtés son ami communiste de toujours le poète Jorge Enrique Adoun. Ils sont donc devant la maison au pied "de l'arbre de la vie".

Cette chapelle, cet arbre de la vie, une phrase au cœur du "temple" veulent laisser entendre que pour contrer l'immortalité promise par l'église, on peut inventer une immortalité laïque. Et j'ai un doute.

Le mural le plus grand, le plus saisissant, montre un condor et un taureau. La guide précise qu'il s'agit de représenter une coutume péruvienne : un condor attaché à un taureau sont contraints de se battre et si le condor gagne c'est l'annonce de belles choses tandis que si gagne le taureau le futur est à craindre. Je vous laisse deviner qui est symbolisé par les deux animaux.

Pour montrer que le peintre a aussi ses sources en Europe, il a installé une reproduction d'une œuvre qu'il a copié mais sans signer puisqu'il n'était pas à l'origine de l'idée. Une scène religieuse transformée en scène laïque.

A l'inauguration de la première étape de la Chapelle, Castro comme Chavez étaient présents. Et Guayasamin a été chanté et célébré par des milliers d'artistes latinos. Son art cherche d'abord à exprimer des sentiments, la colère, la peur, la solidarité, la lutte, et rarement l'espoir. J-P Damaggio