En ce 15 juillet j’avais un programme d’écritures chargé, et le jardin à travailler, quand en cherchant un dossier sur mon ordinateur je suis retombé sur un livre fini depuis des années qui dormait paisiblement où j’ai rassemblé les textes de trois écrivains ayant affiché leur amour pour Léon Cladel.

Alors j’ai décidé une fois de plus de me replonger dans le cas Campagnac car depuis trente ans je n’ai cessé de le croiser sans pouvoir rien dire de sa vie. Dernièrement un lecteur du blog m’a éclairé en ajoutant une œuvre de plus de Campagnac à celles que je connaissais : un livre sur Marcel Lenoir. De tous les écrivains originaires du Tarn-et-Garonne, Campagnac est le plus effacé, le plus massacré, le plus enterré (plutôt deux fois qu’une), le plus oublié or il a écrit sur Bourdelle qui est le plus connu avec Ingres. Même mon ami Marcel Maurières n’a rien trouvé à écrire sur lui malgré un travail de fourmi incroyable, pour participer à la réalisation du livre de référence : 800 auteurs. Pourtant, aussi Robespierriste que Campagnac il aurait eu plaisir à sortir du néant un homme aussi phénoménal ! Peut-on faire un lien entre le Robespierrisme affiché de cet écrivain et son effacement systématique du paysage local ? Dans un de ses travaux, Campagnac remercie Antonin Perbosc qu’il connaissait très bien, Perbosc qui a été bibliothécaire, or la BM de Montauban n’a rien sur Campagnac ! (et si sur Verfeuil qui est de la même trempe !)

Bref, aujourd’hui par hasard et après mille astuces qui m’ont obligé à réviser mon anglais, je tombe sur cette nécrologie qui résout tous mes problèmes biographiques de base. Elle est issue des Annales Historiques de la Révolution Française qui, comme Campagnac, figure peu dans les bibliothèques. Parce que je savais qu’il y avait la publication d’un inédit de Cladel par Campagnac, j’ai cherché longtemps l'exemplaire en question et j’ai fini par le trouver à la bibliothèque d’Avignon. Même à Toulouse la revue fondée par Mathiez est absente ! Mathiez, dont dès 1991, je signalais dans mon livre sur Cladel son passage éclair au Lycée de Montauban d’où il fut chassé par les adversaires de Dreyfus. Campagnac-Mathiez se sont battus sans cesse pour obtenir l’installation d’un buste de Robespierre à Arras, Robespierre, assassiné par des truands, reste aujourd’hui encore l’ignoré de notre histoire nationale car l’image distribuée de lui dans les cercles convenus n’a rien à voir avec la réalité.

Une surprise de la nécrologie : Campagnac a été embauché par l’Assistance publique de Paris, organisme qui a aussi embauché Cladel jusqu’au jour où il a fallu le licencier pour cause de condamnation judiciaire (les fonctionnaires devaient avoir un casier judiciaire vierge) suite à l’écriture d’une nouvelle en défense des Communards. J-P Damaggio

 

Annales historiques de la Révolution française

21e Année, No. 116 (Octobre-Décembre 1949), pp. 378-380

Nécrologie

Au Lycée de Montauban il eut comme professeur Albert Mathiez au cours de son année de philosophe Edmond Campagnac attira l'attention du maître qui l'orienta vers les études révolutionnaires. Etudiant à Toulouse, à Bordeaux où il fut reçu licencié-es-lettres avec la mention Histoire, en 1901, il passa ensuite à la Sorbonne où il obtint le diplôme d'études supérieurs pour un mémoire sur la mission de Laplanche dans le Cher.

C'est en gagnant sa vie comme répétiteur que Campagnac avait achevé ses études et il se vit contraint, autant pour les siens que pour lui, d'adopter une carrière plus rémunératrice : il entra en 1909 comme rédacteur à l'Assistance publique de Paris. Il poursuivit dans cette administration une carrière longue, laborieuse et fructueuse pour l'application notamment de la thérapeutique des rayons X et du radium.

Campagnac fit la guerre de 1914-1918 comme simple soldat et jusqu'à la fin des hostilités sous le même uniforme compta dans la Mission française en Alsace comme membre de l'enseignement : on le chargea d'enseigner l'histoire à l'école supérieure de Massevaux ; puis on le nomma proviseur du lycée moderne de Colmar.

Rentré à Paris, les Archives de l'assistance publique lui furent confiées en 1919. En 1928 un concours le porta à l'inspection. A ce titre il dut faire face au cours de la seconde guerre mondiale à de terribles difficultés. Malgré son énergie, la fatigue et la maladie l'accablèrent en 1943 et il dut abandonner ses fonctions, miné qu'il était aussi, nous tenons à le souligner, par l'amertume du désastre national et sa haine farouche de l'occupant et de ses complices. Après de longues et cruelles souffrances il s'éteignit le 20 janvier 1948, à Dourdan où il s'était retiré.

Campagnac n'avait cessé nonobstant de collaborer aux études révolutionnaires. Il fut l'un des premiers membres de notre Société : en 1910, porté au secrétariat, il se trouva le collaborateur direct de Mathiez, son ancien maître. Mais les lettres et les arts le passionnaient également : il a consacré nombre d'études aux écrivains d'origine montalbanaise, Delthil, Pouvillon et surtout Léon Cladel : de 1929 à 1939 surtout, il collabora à de nombreuses revues artistiques et fut le critique d'art attitré de la page Magazine du journal "Le Matin". Il a particulièrement étudié ses deux compatriotes : les grands sculpteur Bourdelle et le peintre Marcel Lenoir.

Sa production extrêmement abondante reste donc dispersée. Pour ce qui concerne nos études, nous rappellerons entre autres contributions : Le comité de surveillance de Melun (Annales révolutionnaires 1908 et 1909) ; Les débuts de la déchristianisation dans le Cher (1914) : L'hommage d'Arras à Robespierre discours prononcé lors de l'inauguration en octobre 1923 de la plaque apposée sur la maison de Maximilien ; Un curé rouge, Métier, Délégué du représentant Du Bouchet (1914) ; Notes sur le curé rouge, Euloge Schneider (1919) ; un prêtre communiste : le curé Petitjean (La Révolution française 1903) ; Robespierre et la politique étrangère (Nouvelle Revue 1922) ; Léon Cladel et les ancêtres de 1793 (ibidem, 1919) ; La langue française en Alsace sous la Révolution : étude sur une famille d'instituteurs alsaciens de 1760 à 1821 (Lesot, éditeur).

Les Annales ont pu insérer avant sa mort en 1947 la première partie de ses dernières recherches consacrées à Danton : "Les fils de Danton". Il n'a malheureusement pas pu lire la seconde relative à la légende dantonnienne, imprimée seulement en 1949.