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Dans le journal espagnol Publico Ignacio Ramonet vient d'écrire un article intitulé Face au terrorisme (on y accède en cliquant sur le nom de l'auteur). Je rappelle que ce journaliste après avoir été longtemps un pilier du Monde Diplomatique en France, l'est à présent en Espagne.

Après une présentation minutieuse de l'homme au camion, Ignacio Ramonet met toute sa science à proposer une histoire du terrorisme dont le massacre de Nice serait une étape nouvelle. Il ne manque pas de mots très forts pour caractériser l'assassinat par camion (bestialité inédite, monstruosité, hyper terrorisme…) et pour en arriver à ce qu'il juge nécessaire : "interroger cette forme de violence politique qu'on appelle terrorisme".

Comme si la forme faisait sens indépendamment du contenu ! La question du contenu fera tout de même un phrase pour observer qu'il n'y a pas de revendication très précise : "ni indépendance, ni concession politique concrète, ni instauration d'un type particulier de régime". Il s'agirait de vagues représailles envers les pays occidentaux… quand les massacreurs œuvrent surtout dans des pays non occidentaux.

Tout aurait commencé avec Gracchus Babeuf et depuis, des milliers de textes ont été écrits sur le sujet, avec y compris des romans de Dostoïevski ou Les Justes des Camus.

Le cas de Cuba victime du terrorisme de la CIA sera largement évoqué Ramonet étant un grand connaisseur du sujet. D'où le retour, inévitable et juste, à l'appui bien connu des USA à Ben Laden dans une guerre en Afghanistan qui n'aurait pas eu lieu si l'Armée rouge avait respecté les frontières de ce pays.

Pour relativiser le terrorisme sont présentés ensuite des hommes politiques devenus des hommes d'Etat : de Dilma Roussef à De Gaulle sans oublier Mandela. Le premier théoricien est l'Allemand Karl Heinzen en 1848.

Après avoir nagé en pleine confusion bien organisée, je découvre enfin ce que je cherche : une caractérisation des massacreurs. Bref, "les erreurs désastreuses et les crimes commis par les puissances qui envahirent l'Irak en 2003 constituent les principales causes du terrorisme djihadiste actuel." Un terrorisme qui commença pourtant bien avant, au début des années 90 en Algérie. Si je prends pour 2016 l'exemple du Cameroun je note :

30 juin 2016 – Attentat suicide à Djakan. Un kamikaze du groupe islamiste nigérian Boko Haram se fait exploser dans le nord du pays ; bilan : une dizaine de morts.

19 février 2016 – Un double attentat-suicide fait au moins 20 morts et plusieurs dizaines de blessés sur un marché à Mémé, dans le nord du Cameroun..

25 janvier 2016 – Trois attaques sur le marché de Bodo par les islamistes de Boko Haram font 29 morts et au moins 30 blessés.

Un cas très lié à l'Irak ? Et je ne dis rien de la Tunisie, du Tchad, du Nigéria etc.

Et si par exemple nous évoquions plutôt, pour la période présente, une riposte des conservateurs islamistes aux révolutions populaires qui ont commencé en Tunisie ?

 En fait, Ignacio Ramonet, comme tant d'autres, considère peut-être encore que l'Iran est un pays anti-impérialiste ami de Chavez et Castro qu'il défend, l'Iran qui en tant que théocratie, sous l'appelation de République, est un modèle du genre. Rappelons que tout candidat aux élections doit d'abord y faire valider sa candidature chez les Mollah.

Pour conclure Ramonet continue de rappeler quelques vérités comme celle qui, sous prétexte de lutte contre le terrorisme permet à certains autorités d'avancer vers "l'autoritarisme démocratique" avec un exemple stupéfiant : l'action d'Erdogan en Turquie (islamiste bien connu). D'où la référence finale que l'auteur de l'article fait au livre qu'il vient de publier en Espagne : El Imperio de la vigilancia, Clave intelectual, Madrid, 2016.

Des hommes, au nom d'une vision de l'islam, tuent et se tuent, mais c'est un prétexte qu'ils invoquent pour masquer tant de réalités, que les observateurs savants savent décrypter. Jean-Paul Damaggio.