J’ai évoqué le livre de Raymond Lacaze au sujet de son fils. J’ajoute ici son témoignage au sujet de la Libération de Toulouse où il découvre en passant, stupéfait comme les forces FFI, «la foule à l’œuvre». Toujours des femmes à frapper…. Les tondues de la Libération n’étant pas des actes de gloire furent en plus de la perte des chevelures, renvoyées longtemps dans les oubliettes. Ah ! les cheveux des femmes… Au moment où il vivait cette scène à Toulouse, le fils de Raymond Lacaze mourrait dans iun affrontement entre résistants et soldats allemands. J-P Damaggio

 

Qu’on me pardonne d’en parler… Editions Subervie, 1958

Le 20 août, à treize heures !

J'étais l'hôte d'une table joyeuse. Dans Toulouse enfiévrée par une nuit de fusillades, d'explosions, le maquis faisait son entrée. Motos, autos, camionnettes, camions se succédaient, portant hommes de tous âges, mal équipés, mal vêtus, stigmatisés par les privations, les souffrances, mais avec une flamme dans les yeux que, seules, les ballera pouvaient éteindre.

Une élite passait, portant la France, la vraie, la grande dans ses drapeaux.

Et les cris, les bravos, l'enthousiasme de la masse !

Sur une place, au faite d'un kiosque, les trois couleurs avaient été hissées et la « Marseillaise » hurlée par des voix qui n'en pouvaient plus.

Long repas coupé, entre la table et les fenêtres, d'allées et venues continuelles. Au dessert, les vins aidant, la guerre n'était plus qu'une question de jours et les espoirs les moins fondés devenaient certitudes.

Et toujours, au dehors, le délire, le déchaînement d'une foule excitée par le courage tranquille des autres, d'une foule qui refluait dans les maisons, éperdue, affolée à la moindre alerte, mais qui ressortait, plus ardente et bruyante, tout danger écarté.

Je l'ai vue à l'œuvre, la foule !

Femmes, filles hagardes poursuivies, traquées, arrachées de leur gîte et traînées dans la rue, offertes à la furie, à la haine de tous : « Des complaisantes ! » avait-on dit. Mais cette enfant, d'à peine quinze ans, toute nue, tirée par les cheveux par une mégère qui n'avait, paraît-il, à se reprocher que le libertinage de sa mère ! Et ce grand et gros énergumène transporté de rage, secouant sans pouvoir le rompre, le lambeau restant d'une robe ! Et ce garçonnet, le visage décomposé par le désespoir et les larmes appelant à longs cris aigus : « Maman Maman ! » pendu au cou de cette femme qu'on bousculait !

Que de créatures jetées sans voile dans des autos de F.F.I. et que ceux-ci, outrés de ces licences, accueillaient pitoyables, les revêtant d'une toile de tente ou d'une couverture et les déposant furtivement dans des couloirs de ruelles obscures.