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Mazauric_et_Furet

A l’heure du tweet, Claude Mazauric aurait pu écrire : « Malgré tous ses talents François Furet n’empêchera pas l’existence de Robespierre. »

Et François Furet aurait pu lui répondre : « Malgré son absence de talent, Claude Mazauric ne cessera pas d’étudier les Jacobins. »

Mais, en 1978, nous ne sommes pas à l’âge du tweet donc François Furet peut dans son livre, Penser la Révolution française reprendre un long texte contre Mazauric-Soboul datant de 1971, et Mazauric peut lui répondre par un long article dans L’Humanité. Cette polémique Mazauric-Furet reviendra dans le livre de Mazauric, Jacobinisme et Révolution en 1984.

Dans aucun des cas Mazauric ne répond au projet de Furet : peut-on philosopher sur la Révolution française ou faut-il la laisser aux historiens ? D’où ce premier constat de Mazauric : « Le titre paraîtra vaniteux, car d'autres ont pensé à et sur la Révolution depuis 1789 ! »

Mais Furet ne propose pas de penser à la Révolution ou sur la Révolution mais de penser la Révolution, et la nuance est d’importance. On peut penser à la mort ou sur la mort mais c’est autre chose que de penser la mort.

En conclusion Mazauric dit cependant l’essentiel, Furet veut penser la révolution pour dire qu’à présent toute révolution est devenue impensable car inutile. Or pour le communiste Mazauric de 1978 « le socialisme dans la liberté devient nécessaire et de surcroit possible ». Mais avec ou sans révolution ?

Mazauric pointe aussi l’écart entre le premier Furet (il y a eu la bonne révolution de 1789 à 1794 puis la mauvaise) et le deuxième (le ver était dans le fruit dès 1789) et finalement il y aura, dix ans après, un troisième Furet, celui qui écrira une révolution qui va de 1789 à 1880.

D’un côté Furet reproche aux historiens communistes de calquer 1917 sur 1789, or lui il calque sa stratégie sur celle de l’anticommunisme qui décréta autour de 1976 que dès 1917 le ver (le stalinisme) était dans le fruit. Puis à l’approche du bicentenaire il se recycle sur le temps long mais pour remplacer le temps qui allait de Louis XIV à Napoléon par celui qui allait de 1789 à 1880, 1789 redevenant alors le point de départ d’une révolution authentique, « celle de la liberté politique et de l’égalité civile ». J-P D.

P.S. En cliquant sur le lien en haut de l'article vous accèderez à l'article de 1978.