poulido bis

Comme indiqué précédemment le hasard m’a poussé vers ce mini-feuilleton concernant Raymond Lacaze. Donc, aujourd’hui, avec grand plaisir, je vais vous parler de la Poulido chère au romancier. La première phrase du roman tombe sur la tête de la jeune fille comme une guillotine : « Tout simplement parce qu’elle ne l’était pas, on l’appelait Poulido.» Et l’auteur de préciser en note que Poulido signifie jolie. Toute la question est de savoir qui est Poulido, mais aussi qui est « on ».

Manifestement l’histoire se déroule là où vivait Raymond Lacaze, les noms des lieux étant à peine masqués comme le village central Saint Pourcou pour Saint-Porquier ou Pontech pour Montech.

Poulido est une jeune fille misérable de A à Z et pourtant le roman n’est pas misérabiliste. Parce qu’on l’appelle Poulido ?

Raymond Lacaze était socialement du côté des riches, des riches souvent sans pitié pour les déshérités. Il porte un regard tendre sur cette fille de ferme qui a pu être une de ses employés car comme Poulido il a une autre vie, loin de la matérialité des jours, qu’il passe à admirer la nature.

Non il n’y a pas d’un côté la beauté de l’enfance se heurtant aux déplorables adultes.

Non il n’y a pas d’un côté la beauté d’une hirondelle se heurtant aux infâmes humains.

Lacaze a choisi de montrer la vie dans ses horreurs sans pour autant s’arrêter sur des pleurs.

Le rêve lui-même, s’il aide à survivre, peut conduire à la mort !

La force incroyable du roman tient en sa capacité à briser les lieux communs au lieu même du plus commun !

 J’avais lu « Qu’on me pardonne d’en parler… » et j’ai longtemps cru que les publications de l’auteur s’arrêtaient là puisque le premier tirage de Poulido avait été détruit en 1944. Par chance, internet m’annonce qu’une autre édition a suivi et une Montalbanaise en vend un exemplaire à petit prix. Poulido permet de se poser la question : tel père, tel fils ? sauf qu’un livre qui tue les clichés n’est pas de nature à confirmer celui-ci.

Poulido a été écrit avant que le père n’apprenne la mort de son fils, avant de lui consacrer le livre si original, Qu’on me pardonne d’en parler… et ensuite le père n’a eu plus rien à écrire.

 Dans Poulido on y trouve les moyens que le père aura pour survivre à la mort du fils : admirer les beautés du monde malgré tout, les beautés simples comme une hirondelle survolant la Garonne. Poulido a bien survécu dans le regard d’un chien errant puis par l’abandon de ses rêves.

Le peuple cher à Raymond Lacaze n’est ni très beau ni très laid mais en son sein existe toujours une part d’immenses émotions qui font la vie face aux porteurs de la mort. Le pauvre ne vaut pas mieux que le riche car ni l’un ni l’autre n’existent. Seuls vivent des humains dans le cadre de rapports sociaux qui peuvent les rendre humains ou inhumains, dès l’âge de 5 ans.

Le roman annonce trois livres en préparation : Le Toinou de la Briffe ; Un passant s’arrêta…, Contes pour mes cousinesDes manuscrits qui furent sans suite. J-P Damaggio