bruniquel migrant

 

 Hier soir, une réunion publique était convoquée à 19 h pour débattre d’une décision préfectorale acceptée par la municipalité : la création d’un centre d’accueil et d’orientation (C.A.O.) qui doit recevoir des membres volontaires de la « jungle de Calais ». Pour des tas de raisons j’étais présent et je vais vous proposer un compte-rendu en trois articles.

1 ) La réunion elle-même

2 ) La politique des C.A.O.

3 ) Le cas de Saint-Antonin Noble Val.

 Pour la réunion tout commence par la tribune qui est toujours pleine de significations. Sur la photo nous voyons en partant de la droite le maire de Bruniquel, le préfet, son bras droit, la responsable de l’UDAF, organisme qui va gérer le centre et l’employée qui sera présente sur le centre et qui auparavant a géré celui de Saint-Antonin. Disposition naturelle qui dit bien la réalité : sur les deux bords, ceux qui, sur le terrain vont gérer le dossier. Sur le côté gauche, les femmes en chargent de la part concrète du dossier. Entre elles et le maire, les autorités et le préfet va être à l’offensive.

 Dans la salle environ 200 personnes (plusieurs sont reparties par manque de chaises) et une question claire d’une femme du fond va donner le rapport de forces : « Monsieur le préfet ne pensez-vous pas qu’il serait préférable avec cet argent d’accueillir des Français sans logement ? » Un tiers de la salle a aussitôt applaudi. La réponse du préfet faisant appel à l’esprit de solidarité sera applaudie un peu plus fortement pas un autre tiers. Il reste un tiers dans l’expectative (dont je suis et je vais dire pourquoi).

 Les opposants cet accueil pour des raisons techniques :

-          Pourquoi ne pas choisir une commune où il y a des médecins car il s’agit d’un public qui a besoin de soins ?

-          Pourquoi ne pas choisir une commune où il y a une gendarmerie ?

-          Pourquoi ne pas choisir des lieux en pleine campagne pour éloigner les périls ?

 La réponse du préfet a consisté à résumer de tels propos : « Oui à un centre, mais ailleurs ! »

Le maire a été invité à s'expliquer et a redit ce qu'on peut lire sur le texte de France 3 : "Le maire et le conseil municipal ne se sont pas opposés à l'accueil de ces migrants sur la commune mais ils auraient obtenu des garanties de la préfecture sur la bonne organisation de ce centre." (nous reverrons ce point avec le cas de Gourdon dans l'article suivant)

Il s’agit d’une gendarmerie vide depuis 2009 et qui a quatre maisons pour les familles de gendarmes. Occuper des bâtiments vides est d’une grande logique si bien que la dame qui soudainement avait une pensée pour les sans-logis français aurait pu l’avoir il y a déjà des années, en faisant des démarches auprès du préfet ou du Conseil général (le propriétaire des lieux) pour exiger, avec d’autres, que le bâtiment ne soit pas vide.

 Après l’expression des justes inquiétudes, la parole a été à la solidarité par les propos d’une dame au centre de la salle qui s’est insurgée contre cette méfiance envers les étrangers et qui a demandé à ceux qui souhaitent cet accueil de se lever et le tiers qui avait applaudi s’est levé ce qui a suscité cette réaction : « Monsieur le préfet vous avez réussi à diviser la population ! » J’ai plutôt envie de dire : « Vous avez réussi à rendre visible la division ! »

 Mais allons à présent au cœur du sujet qui a causé mon déplacement et dont je suis revenu septique.

Quelles informations sérieuses ont été apportées pour calmer les inquiets et encourager les solidaires ? Le préfet sait-il, qu’en tant que représentant du pouvoir, sa crédibilité est souvent mise en doute ? Sur ce dossier comme sur tant d’autres. L’information a consisté à vendre des calmants avec une référence majeure : le succès du C.A.O. de Saint-Antonin. A force de répéter que ce fut le paradis, ça suscite des doutes. D’autant que d’entrée, une dame a fait observer, à juste titre que les deux contextes ne sont pas du tout les mêmes. J’y reviendrai avec un article spécifique.

L’information a été marginalisée : oui, tout le financement se fait par l’Etat, mais pour calmer les inquiets il faut être plus précis. Déjà par rapport à Saint-Antonin où le local était loué il y a économie puisque nous sommes dans des bâtiments publics mais un loyer sera-t-il payé au Conseil général ?

L’information a été sincère quand c’était le propos de l’employée : "Oui, je n’ai pas de diplôme particulier mais j’ai l’expérience ». Comment pour un tel travail imaginer l’existence de diplômes ?

L’information a été irresponsable : comment peut-on faire appel à un ou une bénévole pour apprendre la langue ?

L'appel aux bénévoles est certes généreux mais reste flou. Si j'ai bien noté trois associations sont à l'oeuvre (UDAF, AMAE, Moissac solidarité) avec sans doute l'intervention de la Croix Rouge. Pour l'UDAF la responsable peu habituée à une telle réunion a eu un propos malheureux : "Toule monde connaît l'UDAF"  et de la salle plusiurs voix ont répondu : "Non". Alors elle a expliqué mais pas assez concrètement.

Certaines inquiétudes ne peuvent pas être calmées car la peur de l’étranger a toujours couru à travers l’histoire et va continuer, mais d’autres oui. Répondre que parce qu’on a accueilli des Italiens, des Espagnols, des Portugais, pourquoi s’inquiéter d’une vingtaine de migrants qui vont venir pour trois mois avec un encadrement sérieux ? est un peu court.

Le racisme est toujours le même. L’antiracisme doit au contraire s’adapter à l’évolution des circonstances. Et il n’y a d’adaptation possible que si les forces politiques cessent de gérer l’urgence pour se lancer enfin dans une vraie politique d’accueil car la question qui est posée n’a rien de temporaire.

Tout C.A.0. a une vocation temporaire (trois mois) et cette vocation temporaire a été répétée pour calmer les inquiétudes. Les explications ont permis par exemple de faire comprendre qu’au bout de trois mois ils sont envoyés dans des CADA, des structures pour accueillir des demandeurs d’asile. Le C.A.O. ne sert qu’à permettre d’attendre dans de bonnes conditions, l’obtention de papiers.

D’autres gendarmeries pourraient être mises à contributions dont une immense à Montauban, vide depuis trente ans et peut-être plus.

La question de Calais n’est traitée que parce qu’elle pose problème mais il faudrait une vision d’ensemble des politiques d’accueil. Donc une vision aussi en matière de développement de l’emploi.

Pour les racistes il n’y aura jamais de bonnes conditions pour accueillir les migrants, ce qui ne signifie pas qu’il faille oublier la recheche de conditions adaptées au monde actuel pour les accueillir ! Et dans cet accueil faire admettre, ce que les immigrés d’hier avaient intégrés, qu’on ne vient pas dans un pays pour en oublier les règles de base. J-P Damaggio

P.S. J'ai repéré la présen de deux personnalités politiques du département. N'étant pas resté jusqu'à la fin je ne sais si elles se sont contentées d'écouter?