de scorbiac

Pas surprenant si, à la présentation de son roman, à la librairie Deloche, est apparu cette métaphore agricole. D'un côté ce grain qu'il faut semer et de l'autre ces grains qui restent à moudre pour obtenir la précieuse farine.

Oui, comme Olivier de Scorbiac le note "un gain est toujours précédé d'une perte" et on a là le sentiment qu'en fait de roman, la page suivante est un essai de philosophie pratique.

Pour que le grain à moudre devienne plante il doit se défaire de son statut de graine pour celui de plante, qui elle-même meurt pour laisser la récolte qu'il s'agit de moudre.

La mort appelle la vie comme la vie appelle la mort.

Ce qui, sous la plume de l'auteur n'a rien à voir avec le fatalisme que certains retiennent de ce constat. "Il ne faut pas trop se laisser aller, il faut réagir" précise Olivier car "on a tous reçu quelque chose" et il faut transmettre.

 "Un gain est toujours précédé d'une perte" répond aussi de belle manière à ceux, plus nombreux que les fatalistes aujourd'hui, pour qui un gain précède toujours un gain car ils sont obsédés par l'accumulation.

débat de scorbiac

Le toujours plus ne mérite par le plaisir plus joyeux du toujours mieux.

Roman, récit, témoignage, le livre est au carrefour de plusieurs désirs de son auteur, le premier étant de rendre hommage à l'agriculteur, au paysan. Agriculteur nommé 37 fois est préféré à paysan nommé 9 fois, l'exploitant agricole n'apparaissant qu'une fois.

Et cet hommage tend vers "le testament" pour son auteur.

Mais pourquoi, lui demande la jeune femme qui l'interroge avec précision, ne pas avoir préféré la chanson qu'il utilise par ailleurs avec talent, en tant qu'auteur-compositeur-interprète ?

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La chanson c'est une page, avec le livre on peut en dire plus mais un plus qu'il faut là aussi maitriser. A se laisser aller il pouvait écrire deux fois. Ceci étant, entre les deux arts, il existe un point commun : le désir d'utiliser le mot simple, pour dire des choses profondes.

Et là il va prendre sa guitare pour chanter Pierre Sélos, que je découvre, une chanson dont des passages sont repris en exergue aux chapitres. Je vous invite à cliquer sur son nom pour découvrir son site. Si en Tarn-et-Garonne nous avons un défenseur de Jean Vasca en la personne de Germinal Le Dantec, si je suis un défenseur de Jacques Bertin, voilà qu'il faut ajouter à l'équipe Pierre Sélos.

 Son livre comme sa vie d'agriculteur, est donc basé sur les saisons en leur associant des couleurs : la blanche pour le printemps, la rouge pour l'été (les passions, l'épreuve, le travail) ; la bleu pour la sérénité, cette qui l'anime aujourd'hui, et la verte pour l'hiver qui est l'espérance en un autre printemps.

 Toujours à des questions simples, Olivier répond avec netteté. Contrairement à ceux qui pensent qu'avant "c'était le bon temps", il s'exclame : "non, avant ce n'était pas le bon temps". S'il peut s'émouvoir un instant en voyant une vieille Dauphine (la voiture), le bon temps c'est maintenant.

 Se tourner vers le futur n'oblige pas de jeter le passé par la fenêtre aussi son prochain livre pourrait s'appeler : Hommage à un alexandrin. Olivier indique qu'il n'a pas de projet précis pour le moment, qu'il n'a pas écrit un livre pour en écrire un autre, mais les réactions qu'il a pu noter doivent agiter ses neurones. Et il le précise, il aime l'alexandrin : "lisez à haute voix un alexandrin, il chante".

 Très satisfait d'une observation venue du public quand une dame urbaine lui fait observer qu'elle a apprécié ce mouvement qui marque le roman et qui va du terre à terre jusqu'aux hauteurs de l'horizon. "C'est exactement ça".

 La philosophie prenant le dessus on aurait pu en oublier, dans le débat, les personnages mais Martin et Elise vont être évoqués à leur tour. Martin (j'ai entendu tout d'un coup Lamartine), un nom qui est aussi un prénom, choisi comme ordinaire, et Elise semble se compléter à merveille toujours au cours des épreuves car si tout simple beau dans la philosophie de l'auteur, les drames ne manquent pas non plus dans le roman.

L'un d'eux est mentionné : l'accueil d'un sans-papier. "Ce brassage est inévitable" est là aussi il ne s'agit pas de l'expression d'un fatalisme mais bien plus d'un réalisme. Le fataliste considère qu'il doit subir la réalité, et le réaliste qu'il doit la devancer, car il l'admet.

Parce que des sans-papiers vont venir en Europe, nous avons à bien les accueillir.

Il reprendra la guitare pour interpréter une de ses chansons, et sa musique, sa voix, dans le cadre de la Cave à lire, ont apporté un moment de grande émotion, chacun dans sa tête pouvant penser à tout le grain qui lui reste à moudre. Jean-Paul Damaggio