el abrazo

Avec Marie-France nous avons plusieurs fois participé à ce grand rendez-vous. Celui de 2016 semble avoir été aussi riche que les précédents à en croire Sergio Ramírez dont l'enthousiasme a été repris dans La Jornada. Un peu de détente cinématographique fait toujours du bien. JPD

 La photo représente le cadeau du prix El Abrazo (L'étreinte)

 

Sergio Ramírez

Une leçon de cinéma latino-américain

J'ai eu à être jury du Festival international du film de Biarritz, qui atteint ses 25 ans d'existence et qui en Europe est le moment le plus importants dédié aux films latino -américains. Mais , outre le plaisir obligatoire de voir 10 films chaque jour, cela a été une semaine inoubliable à bien des égards. La foule a débordé les salles de cinéma, également pour les courts métrages et des documentaires, dans la première Gare traditionnelle du Midi, ainsi que dans les présentations littéraires, les concerts, devant les tables de livres en espagnol et traduit en français. L'Amérique latine régnait dans les rues.

Au jury je partageais mon rôle avec le metteur en scène et dramaturge Alfredo Arias, un Argentin vivant surtout à Paris; la cinéaste Delphine Gleize; Laure Duthilleul actrice, et la productrice Alice Girard, ce qui a signifié des heures de discussions instructives et agréables autour des films sélectionnés en provenance du Mexique, d'Argentine, du Brésil, du Chili, de la Colombie et du Venezuela.

La première chose qui est visible est que le cinéma latino-américain vit au XXIe siècle, un stade de plein développement, comme il en témoigne dans d'autres festivals de dimension mondiale comme à Cannes ou à Saint-Sébastien. C'est un cinéma mûr, imaginatif, techniquement impeccable, qui domine toutes ses moyens; et est plus particulièrement surprenante, la jeunesse des cinéastes, dont plusieurs ont concouru à Biarritz pour présenter leurs créations.

Le prix donné pour le meilleur film, nommé L'étreinte, a été accordé à la ville où je vieillis, le premier long métrage de la brésilienne Marilia Rocha, qui raconte l'histoire de deux jeunes amis d'enfance, la migration l'un après l'autre du Portugal à Belo Horizonte. C'est un récit d'une délicatesse équilibrée, qui nous amène à la solitude et l'éloignement qu'apporte l'immigration; un drame intime partagé par Francisca et Teresa, les deux personnages qui font face à la trépidante vie urbaine qui ne cesse jamais de leur être éloignée.

Aquarius, du Brésilien Klever Mendoza a également remporté le Prix du Jury, et son principal personnage, Sonia Braga, a reçu le prix de la meilleure actrice. C'est un film qui transforme une affaire publique quotidienne aujourd'hui en Amérique latine, la corruption liée à l'immobilier, en une histoire personnelle qui à son tour devient une œuvre d'art. Clara, l'héroïne lutte pour ne à être expulsée de l'appartement familial où elle s'est retrouvé seule, et veuve, résistant aux sales tours et attaques des entrepreneurs qui possèdent déjà le reste du bâtiment.

Sonia Braga, avec plus de 60 ans, nous séduit avec son talent dramatique toujours très vif, dominant à chaque étape l'écran, comme nous l'avons vu il y a plusieurs années dans Dona Flor et leurs maris, ou Kiss of the Spider Woman en prenant une maturité et une beauté qui ne semble pas s'éteindre.

Le prix du meilleur acteur a été décerné au chilien Alejandro Sieveking, belle étoile du film Argentin Winter, dirigé par Emiliano Torres, qui a remporté le prix de la critique décerné séparément. Engagé dans un millier de batailles au théâtre et au cinéma, Sieveking tient ici le rôle d'un ancien contremaître dans une ferme éloignée en Patagonie où des moutons sont élevés et tondus, et il est rejeté en raison de son âge. Sa mise à l'écart crée le drame, puis commence la lutte silencieuse entre lui et son jeune successeur, dans un scénario où règne la solitude, le froid et la neige, mais surtout la beauté stupéfiante des Andes.

Parmi les autres films notables que je notre dans l'échantillon, je mentionne El Amparo, une production de la Colombie et du Venezuela, dirigé par Robert Calzadilla, qui a remporté le prix décerné par vote du public. D'un réalisme saisissant, il raconte l'histoire d'un humble groupe de pêcheurs d'une ville frontalière, tué par l'armée du Venezuela dans les années 80, accusé d'appartenir à la guérilla colombienne et voulant à saboter un dépôt pétrolier. Les deux seuls survivants affrontent le pouvoir qui veut les réduire au silence. Ce fait, connu comme le massacre d'El Amparo, qui a rempli les pages des journaux et des infos télé, n'a jamais été résolu et a été oublié.

Je suis également impressionné par-Five Hundred X titre qui vient du nom étrange d'un village indigène dans l'état de Michoacan. Son réalisateur, le Colombien Juan Andrés Arango, présente trois épisodes contés séparément : le premier commence dans le village et a lieu à Mexico entre les gangs criminels et les gangs de jeunes; le second au port de Buenaventura en Colombie, également parmi des assassins, et le troisième, dans un environnement équivalent, à Montréal, Canada. Ce sont des histoires de jeunes, où la pauvreté et la marginalisation, ainsi que les rêves brisés de l'émigration, prennent leurs victimes.

Il est gratifiant de s'imposer une semaine de cinéma latino -américain, pour profiter d'une vraie leçon qui me met à jour de cet art d'en Amérique latine que là-bas nous connaissons seulement de manière sporadique ou fragmentée. Un art difficile. Le film gagnant, La ciudad donde envejezco, a dû arrêter au stade de la post-production en raison d'un manque de financement, et c'est pour cette raison que la persévérence de ces jeunes cinéastes est exemplaire.

Ils luttent pour trouver des producteurs, le soutien de l'Etat dans beaucoup de nos pays pauvres ou n'existe pas, pour convaincre la distribution transnationale capable d'atteindre les salles, pour voir des entrées à la télévision hertzienne et par câble, à Netflix et HBO. Voilà pourquoi des festivals comme celui de Biarritz sont de véritables fenêtres sur le monde, et leur ouvrent leurs possibilités.

Les plus de 20 heures passées assis dans le fauteuil dans le noir, je me suis également ouvert une fenêtre vers ce magnifique cinéma, qui me rappelle que l'invention vaut la peine. Biarritz, Octobre 2016.