Kazem_Shariatmadari

L’islam a deux branches, les sunnites et les chiites avec à l’intérieur de ces branches diverses nuances.

Mais l’islam a aussi deux faces : les orthodoxes et les soufis. Pour faire simple, ces derniers pensent que le pouvoir de la religion passe d'abord par la spiritualité, et les autres pensent qu’il passe surtout par l’Etat. Entre ces deux faces, les luttes ont été aussi sévères qu’entre sunnites et chiites. Plus sévères même, puisque les soufis, pour se défendre, ne s’appuyèrent jamais totalement sur un pouvoir d’Etat . Ils existent et apportèrent beaucoup aux pays arabes.

Par les études d’Henry Corbin (voir sur_un_livre_de_Corbin,) Foucault admire les soufis et pense l'islam à partir de la spiritualité plus qu'à partir du pouvoir politique. Andrea Cavazzini sur la revue évoquée La Rose de personne le confirme :  Cavazzini_Foucault_Corbin

Quand Michel Foucault part en Iran, il va à la rencontre de l’ayatollah Kazem Shariatmadari (sur la photo) dans la ville sainte de Qoom aussi la discussion avec lui va porter sur le rapport entre religion et politique. Cet entretien se déroule en présence de Mehdi Bazargan (il fait le traducteur) qui deviendra pendant un temps bref, premier ministre de Komeyni. Janet Afary raconte cet épisode pages 82-83 de son livre en apportant des précisions importantes (j'y reviendrai). Les deux se veulent rassurants quant aux pouvoirs éventuels d’un gouvernement islamique.

Puis Medhi Bazargan au gouvernement fait exécuter les opposants avant de devoir s'exiler car rtop modéré. Foucault va mettre un point final à ses rapports avec l’Iran en lui envoyant une lettre où il rappelle les discussions de Qom sur la dimension spirituelle de la révolution et le fait que le gouvernement devait honorer ses obligations : « Il est bon que les gouvernés puissent se lever pour rappeler qu’ils n’ont pas simplement cédé des droits à qui les gouverne, mais qu’ils entendent bien leur imposer des devoirs. A ces devoirs fondamentaux nul gouvernement ne saurait échapper. Et, de ce point de vue, les procès qui se déroulent aujourd’hui en Iran ne manquent pas d’inquiéter.» Il n'aura pas de réponse mais ne dénoncera pas plus le pouvoir à Téhéran.

 Or, Henry Corbin en évoquant dès 1953 l’islam soufi, a été conduit à évoquer la guerre sévère conduite contre lui par l’islam orthodoxe, en conséquence Foucault était armé pour comprendre que Komeyni aurait peu le souci de la "spiritualité" mais plus celui de prise du pouvoir par les ayatollahs.

Les Iraniens progressistes firent eux une erreur équivalente mais pour des raisons autres : ils pensaient, vu l’histoire de l’Iran et le rapport des forces, qu’ils allaient pouvoir contrôler l’islam politique.

Avec les chiites maîtres d'un Etat, l'Arabie Saoudite n'était plus la seule où l'islam politique gouvernait. La victoire de Komeyni dont Kazem Shariatmadari fera aussi les frais, va avoir des répercussions en cascades dans le pays voisin l'Afghanistan, puis au Pakistan etc. Mais comment ne pas être rassuré l'Iran reste un pays anti-impérialiste. J-P Damaggio

 Pour mémoire, même si ça ne fait pas la Une de l'actualité, quelques nouvelles des soufis d'Iran :

IRAN 26/09/2014 : Les soufis dans la ligne de mire de Téhéran, "Le soufisme n’est pas un crime".

 Ils étaient des centaines de soufis à protester ce week-end devant les locaux du procureur de Téhéran. Leur demande : rejoindre les membres de leur communauté qui se trouvent en prison et dont ils savent qu’ils sont particulièrement maltraités par les geôliers.

 Les soufis d’Iran disent être de plus en plus marginalisés depuis une dizaine d’années. Ils accusent notamment les autorités d’avoir multiplié les fermetures de leurs lieux de cultes. Et le ton de l’État iranien s’est encore durci après qu’en 2009 les leaders de la communauté se sont ralliés au candidat d’opposition Medhi Karoubi. Des dizaines d’entre eux ont par la suite été accusés d’appartenir à une secte et ont été arrêtés. Ce sont ces détenus que les activistes soufis demandent aujourd’hui à rejoindre, arguant qu’ils sont extrêmement maltraités en prison.

 Le soufisme est une branche ésotérique de l’islam. Pour ses fidèles, connus pour leurs chants et leur poésie, Dieu est présent en toute chose. Il existe des soufis dans la communauté sunnite comme dans la communauté chiite, et en Iran cette islam fait de plus en plus d’adeptes notamment chez les jeunes.