Par hasard, en quête d'un information au sujet de Montauban je tombe sur cet article de Paul Nizan. Je le reprends et pour faire bonne mesure je donne le début d'un article de Brasillach au même moment. Brasillach qui disait : « L'histoire est écrite par les vainqueurs. » J-P Damaggio

 

Ce soir 11 novembre 1937

Comme le temps passe roman de Robert Brasillach Plon

M. Robert Brasillach qui est l'auteur d'une assez bonne "Histoire du cinéma et d'un "Virgile" honnête, est aussi l'un des représentants de ce réalisme magique par quoi les romanciers de droite s'efforcent d'échapper à la réalité. Ces ouvrages ne se sauvent que par une extrême spontanéité : la fabrication les rend odieux. M. Brasillach s'est donné infiniment de peine pour y mener jusqu'au bout sa composition poétique. Il n'a pas manqué de faire appel à Alain-Fournier dont l'insupportable "Grand Meaulnes " n'a pas fini de faire tourner les têtes et d'exercer ses ravages, si d'utiliser comme la mode le veut, ce prétexte imbécile des valeurs infantiles qui est le dernier né de je ne sais quel dandysme intellectuel. Pour raconter l'histoire sans faille de René et de Florence M. Brasillach a eu également recours à ses souvenirs de voyage en Flandre, aux Baléares, en Espagne : il l'a fait avec le pédantisme naïf propre à quelques jeunes universitaires quand il se lancent dans les lettres. Il ne nous laisse point ignorer que le nom français de Roger Van des Wyene est Roger de la Pastoure. Cette "colle" a beaucoup servi. On trouvera également dans ce roman de singulières utilisations de passages de l'Opéra qui prouve que 'l'auteur qui a fait de bonnes études a lu "Le Paysan de Paris". Comme il ne fait rien perdre quand on écrit un roman que Le Temps trouvera peut-être important, M. Brasillach qui s'est documenté autrefois sur les premier temps du cinéma fait paraitre le personnage de Georges Méliès.

Pour le reste il écrit mal  avec des grandes prétentions et de fausses grâces. Quand sa fable l'embarrasse il a recours aux coïncidences comme faisait naguère André Breton et il dit : "C'est alors que le destin…"

Il tombe enfin dans un érotisme laborieux qui n'est pas moins morne que celui de Jules Romains dans le célèbre "Dieu des Corps". Cette fausse poésie, ces fausses aventures , ces faux amours, voilà bien des usages du faux.

Il est vrai que le tire est beau : "Comme le temps passe…". Mais je n'imagine pas que le lecteur s'en contente : il trouvera le temps bien long.

 

La présentation officielle du roman :

Robert BRASILLACH : Comme le temps passe

Présentation de l’éditeur ( version France Loisirs ) :

« Ce que j'ai voulu écrire, disait Brasillach, c'est le roman de la jeunesse qui fuit et renaît tour à tour, en même temps que celui de deux êtres qui peuvent se chercher, se perdre, se retrouver, sans jamais cesser d'être faits l'un pour l'autre ». Roman de l'enfance et de l'aventure, de la volupté et de la tentation, de la séparation et du retour, Comme le temps passe est sans doute l’œuvre la plus riche et la plus complexe de Robert Brasillach.

Dominés et reliés entre eux par la présence constante des deux héros - Florence et René - les six épisodes de ce récit mystérieux et captivant reflètent toutes les émotions de la vie. Dans le halo lumineux du souvenir resurgissent aussi les figures pittoresques d'un autre temps : c'est le monde cocasse du cinéma de 1900, la bohème ou la bourgeoisie provinciale de la Belle Époque, la découverte des Flandres ou de l'Espagne, lorsque le voyage était encore une aventure.

« Plus encore qu'à peindre mes amis, je me suis attaché à peindre ces ombres, ces personnages passagers compagnons de leur destin », Robert Brasillach.

 

Brasillach tenait chronique dans Je suis Partout :

LETTRE A UNE PROVINCIALE : COLONIES DE VACANCES

Vous n’ignorez pas, ma chère Angèle, que beaucoup d’enfants, cette année, un peu plus qu’autrefois, je pense, vont rentrer à Paris ou dans les grandes villes après avoir passé trois semaines ou un mois dans les colonies de vacances. Vous m’en voyez ravi, et ce n’est certes pas moi qui blâmerai les communistes d’apporter tous leurs soins à cette cure de santé. J’oserai même vous dire, et même si de tels sentiments doivent vous étonner un peu de ma part, que je suis assez obligé aux grévistes de l’autre mois d’avoir obtenu certains décrets qu’ils n’auraient jamais eus sans énergie. De cela je n’ai aucune reconnaissance au gouvernement de Front populaire: il s’apprêtait à prendre gaillardement la suite des gouvernements de conservateurs abrutis et de radicaux retardataires qui nous ont valu la législation sociale la plus arriérée du monde. Avant la guerre, Bebel le déclarait à Jaurès avec hauteur: les réalisations de la monarchie prussienne étaient beaucoup plus « avancées » que les rêves des socialistes. Et je ne parle pas de la Nouvelle-Zélande, de l’impérialisme anglais.

Vous me voyez donc admirateur des congés payés, et si je ne vois aucune espèce de raison (cela aussi, il faut le dire) pour qu’un vendeur de grand magasin gagne plus d’argent qu’un instituteur, qu’un professeur de collège, qu’un sous-lieutenant, je ne crois pas céder à cette abominable démagogie de l’égalité en me montrant satisfait de quelques conquêtes.

Quant aux colonies de vacances, elles posent d’autres problèmes, et même de fort graves. Un peu partout, cet été, on a pu voir des gosses en rang s’égosillant à chanter l’Internationale sur les routes, et conduits par des garçons ou des filles ornés de l’étoile rouge ou de la faucille croisée au marteau. J’ai vu d’adorables moins de six ans lever le poing en signe de menace et nous crier aux oreilles, d’un ton tout à fait terrifiant: Prenez garde! Prenez garde! C’est la jeune garde Qui descend sur le pavé!

Robert BRASILLACH.

(Je Suis Partout, 5 septembre 1936.)