Aux Régionales de 2015 pour battre le FN, le PS a pris une décision historique : retirer sa liste au profit d’Estrosi. Effet du laboratoire historique du FN en région PACA ? Un an après il est temps de revenir sur la question en prenant plus de recul.

 En 1998, aux élections régionales, le FN est arrivé au sommet de la logique Mégret si bien que le n°2 du FN s’est vu pousser des ailes, pour enfin prendre la place du chef d’autant qu’en 1999, pour les Européennes, Le Pen a été déclaré inéligible. Des ailes de moineau pour un rapace, ça conduit à un atterrissage en douleur !

 La stratégie Mégret c’était d’imposer une alliance droite-FN, mais sans tomber dans le cas italien où Fini s’est mis à la remorque de Berlusconi ; stratégie que Le Pen n’a JAMAIS préconisé s’affrontant dès 1983 avec Jean-Pierre Stirbois sur ce sujet.

 Donc suite aux Régionales de 1998 comme plusieurs élus de droite avaient besoin du FN pour rester à la tête de certaines régions, des accords furent passés avec Mégret à la manœuvre. En Rhône-Alpes Charles Million a été élu président après un appel à voter pour lui de la part de Bruno Gollnisch. Un tel appel est interdit par loi, et un élu Vert ayant porté la question devant le Conseil d’Etat, cette élection a été cassée en décembre 1998.

 Inversement en Midi-Pyrénées où le FN avait fait élire le candidat de la droite, le centriste Marx Censi, celui-ci démissionne suite à ce résultat, pensant pouvoir se faire réélire avec des non inscrits. Mais finalement, ce vote FN pour la droite, assure ensuite le succès du socialiste Malvy car c’est lui qui a réussi à convaincre les non inscrits. Depuis cette région est restée au PS.

 En PACA, Le Pen pour se différencier de Mégret considère que c'est lui qui peut devenir président, avec la droite à ses bottes. Donc premier vote : Michel Vauzelle pour le PS : 49 voix ; François Léotard pour la droite : 37 voix ; J-M Lepen : 37 voix.

Personne n'a la majorité absolue et Estrosi qui est déjà là (il est le premier vice-président sortant) obtient du doyen FN de reporter la suite des votes de 3 jours ! Une alliance droite/FN devrait permettre l'échec du PS. Il fallait mettre en difficulté Léotard opposé à un tel accord. Pour lui le FN est une "formation néofasciste, qui pratique la haine et le racisme, l’antisémitisme et l’exaltation d’un passé qui n’a jamais existé". Gilbert Stellardo (RPR), premier adjoint au maire de Nice Jacques Peyrat (ancien FN passé au RPR), est poussé par Christian Estrosi, pour se présenter "contre" François Léotard. Résultat du vote : Michel Vauzelle toujours 49 voix contre 19 à François Léotard, 9 à Gilbert Stellardo et 37 à Jean-Marie Le Pen. Vauzelle est élu et va le rester jusqu'en 2015 quand Estrosi peut enfin prendre sa revanche.

 De 1998 à 2015 le rapport de forces a bien changé et donc cette fois, en PACA on est dans un cas où le FN dispute carrément la présidence à la droite, représentée par… Estrosi.

 L’idée de la direction du PS était la suivante : en se montrant la plus opposée à l’arrivée au pouvoir du FN dans cette région, l’électorat anti-Le Pen, allait lui en être reconnaissant et le soutenir davantage dans d’autres régions en 2015 et plus encore en 2017.

 Ce calcul politicien faisant suite à tant d’autres est la preuve d’une continuelle méconnaissance de la situation politique dans le pays. Au second tour, une part de l’électorat de gauche est prête à voter FN pour battre la droite, autant qu'une part de l'électorat de droite est prête à voter FN pour battre le PS ! Cette découverte a été faite par Pascal Perrineau pour… la Revue socialiste dès janvier 2012 [1] :

« Au second tour des élections cantonales de 2011, le Front national a d’ailleurs connu une forte progression là où il était opposé à la gauche (+10,1%) mais aussi là où il affrontait la droite classique (+11%). La dynamique électorale du Front national ne vient donc pas de la seule droite. La question de l’extrême-droite n’est pas seulement une question politique posée à la droite, elle est également une question sociale posée à la gauche. La capacité de cette famille politique à s’enraciner électoralement dans les milieux populaires qui, pendant longtemps se tournaient de manière privilégiée vers les forces de gauche, est un défi majeur lancé à celles-ci. »»[2]

 Il fallait donc assurer la victoire de Marion Maréchal-Le Pen ?

Depuis 1984 par des combines incessantes (sauf la proportionnelle des législatives de 1986) les pouvoirs ont tenté d'éliminer le FN et ce fut sans succès. Ceux qui assurent la victoire de tout élu, ce sont les électeurs et, soit on les élimine, soit on s'incline. Et s'incliner électoralement ne signifie pas arrêter de se battre. Depuis sa victoire Estrosi est encore plus Estrosi et l'erreur du PS en 2015 va continuer de lui coûter cher.

J-P Damaggio



[1] Revue socialiste n° 45-46 1er trimestre 2011

[2] Pour ma part j'ai étudié le phénomène pour les législatives de 2012.