ABANCAY- CARNAVAL ABANQUINO - RIVERT PINTO

-Je reprends ce texte d'Arguedas (revenant ainsi à une de mes sources d'inspiration) pour dire qu'avant lui j'avais étudié le cas de Jules Momméja et d'un recueil de chants populaires occitans, et Jules Momméja a écrit exactement la même chose en 1900 ! Jean-Paul Damaggio

M Arguedas ENSAYO INTRODUCTORIO A CANTO KECHWA dans Canto Kechwa, con un ensayo sobre la capacidad del pueblo indio y mestizo, Lima, Ediciones Club del libro peruano, 1938

 Depuis longtemps j'avais le projet de traduire les chansons kechwa que j'avais entendu et chanté dans les villages de montagne. Dans mes lectures, je n'ai trouvé aucune poésie qui ait mieux exprimé mes sentiments, que la poésie de ces chansons. Il y avait aussi deux raisons puissantes pour réaliser ce projet : démontrer que l'Indien sait exprimer ses sentiments dans un langage poétique avec une capacité de création artistique ; et de montrer que le peuple crée pour sa propre expression, l'art essentiel. Parce que je crois moi aussi que si la création individuelle, est l'expression intime et profonde d'un homme, qui parvient parfois à effectuer une grande œuvre d'art, l'art dans lequel se reconnaît et se sent toute l'âme et la sensibilité d'un peuple est durable et véritablement universel.

Je n'ai rencontré aucune poésie qui expriment mieux mes sentiments, que dans la poésie des chansons kechwa. Nous qui parlons cette langue savons que le kechwa dépasse le castillan dans l'expression des sentiments qui sont les plus caractéristique du cœur indigène : la tendresse, l'affection, l'amour de la nature. Le kechwa parvient à exprimer toutes les émotions avec une intensité égale ou supérieure au castillan.

Même les personnages importants, contempteurs des indiens, quand ils sentent une grande émotion délaissent le castillan pour le kechwa, et à ce moment là ils se déchaînent avec plus de violence, comme quand un homme parle avec ses propres mots.

Le 4 Juin 1937, nous avons entendu à l'Union Center Lucanas, le communero Ortiz Pumaylly délégue de l'ayllu de Chaupi devant le président Benavides. Pumaylly Ortiz a fait l'histoire de toutes les souffrances de l'ayllu, en kechwa. Les enfants étaient présents, les neveux, de nombreux parents important de Lucanas qui étaient dénoncé par le délégué Indigène. A la fin du discours du comunero, tous les participants à la réunion ont applaudi debout. Un lucanino a demandé à parler et a dit: "compatriotes, cela est l'accusation la plus terrible et le meilleur discours que nous ayons entendu dans notre vie ... "

Malgré 400 années de persécution, à laquelle il a fait face, le kechwa n'a pas perdu de sa vitalité. Au Pérou, la plupart des gens parlent kechwa et même si l'idiome a perdu de sa pureté, au tel point que le kechwa primitif est déjà difficile pour nous qui le parlons aujourd'hui, cependant il est enrichi avec des mots castillan intégrés en les réduisant à la morphologie du kechwa. Le kechwa est une langue assez riche pour l'expression de l'homme supérieur. Dans des circonstances favorables il pourra donner une grande littérature. Et le tuer doit être très difficile.

Quant à la deuxième déclaration que j'ai faite en ce qui se réfère à la valeur de l'art populaire, les chansons elles-mêmes vont essayer de le prouver. Mais il convient de noter que les vingt chansons de cette collection sont juste un échantillon de ce qui peut être trouvé dans les hauts plateaux du Pérou. Ce ne sont pas des chansons archaïques, transmises de génération en génération; mais sont presque toutes des créations du peuple indien et métis d'aujourd'hui, composées avec la langue  kechwa actuelle comprenant beaucoup de mots espagnols - ils sont soulignés -; elles sont donc l'expression de la vie du peuple indien et métis actuel. Ces chansons ont été éditées par le Dr Hipólito Galante, sage philologue, qui transcrivait la musique. Je voulais voyager dans les montagnes à la recherche des chansons qu'il avait oublié, mais je n'ai pu le faire. En conséquence je ne fais pas connaître les chansons kechwa joyeuses. Je ne publie que Carnaval de Abancay. Tous les anti indigénistes et les gens de la côte parlent de la tristesse de la musique kechwa, les ignorants ont tant écrits à ce sujet qu'il y avait un intérêt spécial à publier des versions de waynos joyeuses. Mais bon, je ne me souviens que de la chanson incomplète du carnaval. J'ai appris plutôt les chansons tristes, parce qu'elles me provoquent plus d'émotions : mon tempérament est lyrique. Je ne nie pas que la musique et les chansons kechwa sont pour la plupart des lamentations ; d'un peuple opprimé on ne peut exiger une musique principalement joyeuse.

Mais, en plus de l'existence de danses et de chants joyeux, d'une joie pleine et pure, il y a, pour montrer que l'Indien n'est pas donné à la tristesse, les tissus et la poterie indienne, dont les couleurs et dont les motifs ne peut être plus jubilatoires. Un certain métis viendra nous donner un livre entier de chansons satiriques et joyeuses de la montagne.

Toutes les chansons que je publie ne sont pas celles que j'ai apprises dans les montagnes : certaines ont été recueillies avec mes amis à Lima, Moises Vivanco et Francisco Gómez Negron, deux bons musiciens serrano. Je n'ai pas fait des traductions littérales mais des versions poétiques : le thème des chansons sont purs et entiers. Dans  Sin día, sin nadie... j'ai pris la liberté de créer une métaphore - que je souligne - et qui n'est pas exprimé dans le verset kechwa, mais pour égaliser la force poétique de la dernière strophe de cette chanson.

Dans Dile que he llorado... j'ai augmenté le premier et le dernier pied, pour décrire le picaflor siwar qui est la chanson thème. Je publie deux traductions de la chanson sur l'incendie parce que je pense qu'ensemble, elles donnent une version de la force du chant expressif en kechwa ; la seconde est plus fidèle. Enfin, le second pied Raki-ra-ki est une interprétation du thème et du symbole, parce que ces vers sont presque intraduisibles.

Par conséquent, j'insiste pour dire que les traductions sont strictement littérales, elles sont un peu interprétatives et peut-être vont elles déplaire aux philologues, mais ce sera un plaisir pour ceux qui comprennent le kechwa comme étant notre langue maternelle. Qu'il me suffise de dire que dans ces versions vous trouverez sans aucun doute l'influence de la part que je dois à l'espagnol, mais cela je ne pouvais l'éviter. Plus tard, quelqu'un qui se sentira plus authentiquement indien que moi nous donnera des versions plus pures. Mais oui, je suis sûr que l'édition de ces chansons aidera à localiser, pour une fois, toute la poésie indigène et cholista qui a été publié jusqu'à aujourd'hui. Et elle enseigne la possibilité d'un sujet de la poésie et l'esprit indien.

Je souhaite que ce livre remplisse son objectif : démontrer la capacité de la création artistique du peuple indien et métis, faisant connaître les aspects de la beauté du métissage et de l'art populaire indigène; et comme cet art populaire peut être le levain, le pivot d'une grande production national dans tous les aspects de l'art.