helguera

En politique internationale, le Mexique est devenu ma première boussole en 1975. Et nous découvrons, encore plus aujourd’hui, que le Mexique est l’éternel perdant de sa guerre avec les USA. Quand  le premier accord de libre-échange ALENA, a été signé, tout le monde démocratique a réduit la question à ce schéma : victoire des USA et défaite du Mexique où les entreprises nord-américaines allaient venir y exploiter la main d’œuvre. Cette même main d’œuvre a continué de se faire exploiter aux USA même, au titre de « clandestins ». Depuis on découvre que l’ALENA a aussi été une machine de guerre contre une part des USA, sa classe ouvrière !

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que dire « classe moyenne » aux USA c’est dire pour une bonne part « classe ouvrière » car les victoires syndicales avaient permis une accession sociale de cette couche de la population. Le salaire ouvrier moyen était le double de celui d’un enseignant et c’est d’ailleurs la raison qui incita les Puissants à tuer l’industrie locale pour une industrie délocalisée, au profit de l’industrie locale de la communication.

shame on you

La domination US par Appel, Google, Facebook n’a jamais été qu’une domination du virtuel ce qui risquait d’aboutir à l’élection d’un président virtuel ! Trump prétend réaliser un double phénomène : rapatrier les entreprises et expulser les clandestins. Mais alors avec quels taux de salaires la classe ouvrière nord américaine va-t-elle être payée ? Sans les clandestins et le chômage pour peser sur le pouvoir d'achat que peut-il faire ? Et si Trump réalise sa politique, vu l’augmentation des prix des produits made in USA qu’elle entraîne, l’Europe ouvrière va alors pouvoir pavoiser !

Vous le constatez, le Mexique est toujours perdant sur toute la ligne ! Déjà des entreprises nord-américaines ont quitté le pays pour des zones plus "avantageuses" mais, à présent, il faudrait qu’il subisse la perte de celles qui restent, et le retour des immigrés qui vont devenir un « coût » alors qu’ils étaient une recette avec tout l’argent qu’ils envoyaient à leur famille.

En fait l’élection aux USA est une élection en trompe-l’œil quand on note qu’il est admis qu’il y ait 10 millions de clandestins qui travaillent… mais ne peuvent voter ! Parmi les commentateurs certains ont pointé le fait que toute personne ayant un casier judiciaire était privée de droits civiques. Mais ce nombre est infime par rapport à celui des clandestins ! En conséquence nous avons un président qui en 2008 a été élu sur la promesse de la légalisation des 10 millions de clandestins, et en 2016 un autre président a été élu sur la promesse que les 10 millions en question seront renvoyés chez eux. Obama a tenté de réaliser très partiellement sa promesse en articulant une politique de renvoi aux pays (pour calmer ses adversaires)  avec une politique de légalisation (pour calmer ses soutiens). Trump ne réalisera pas davantage la sienne car le pays serait à genoux économiquement sans les clandestins !

 Le Mexique est donc perdant sur toute la ligne et pourtant j’ai noté sa quasi absence dans les commentaires français qui nous ont rappelé à quel point le nord importe plus que le sud. L’axe Chine-USA-Europe-Russie est le seul qui importe (avec l’annexe israélienne).

 Et, tout aussi pire pour le Mexique secoué par une guerre civile interne sans nom : Hillary Clinton secrétaire d’Etat avait comparé le crime organisé à une INSURRECTION ! Cette opinion très flatteuse pour les criminels du pays avait secoué toute la galaxie démocratique du Mexique. En effet, le crime organisé se présente comme une insurrection appuyée par le peuple puisqu’il organise, là où il domine, les services sociaux que l’Etat n’assume plus ! Des dizaines de «corridos» chantent parmi le peuple la gloire des Narcos. Parce que, il faut le préciser, les Narcos cherchent et obtiennent une part de l’appui populaire. Voilà pourquoi ils sont à mes yeux la version mexicaine d’un fascisme original qui prend modèle sur leurs amis italiens. Tuer la démocratie au nom du peuple ! Tuer des démocrates, des journalistes pour PROTEGER ceux qui se soumettent, en payant le service rendu !

 A propos des journalistes, nous avons besoin d’être prudents en ne jetant pas le bébé avec l’eau sale du bain. A l’heure du développement des « réseaux sociaux » les journalistes deviennent plus indispensables que jamais quand ils ne réduisent pas leur travail à du micro-trottoir mais le dirigent vers des enquêtes étudiées. De la Turquie au Mexique en passant par tant d’autres pays ils paient de leur vie le droit d’exercer leur métier sérieusement. Les réseaux sociaux ne nous apprendront jamais qu’une chose : la victoire de la rumeur !

Quand le vice-président des USA est un créationniste affiché je pense qu’il affirme ainsi la victoire de Facebook qui n’est pas l’instrument des révolutions du printemps arabe mais l’instrument d’un abêtissement général de la démocratie. Il va falloir faire avec, comme il va falloir faire avec Trump, mais en cherchant le moyen de fédérer une alternative nouvelle, à tant d’ignominies. Le peuple mexicain est au cœur de cette bataille. Lui qui possède un des hommes les plus riches du monde (Carlos Slim issu du monde de la com) possède encore des forces démocratiques et un courage politique à soutenir et à étudier. Les Insurgés du Chiapas gèrent toujours leur coin de terre, les journalistes de La Jornada, Proceso, La Reforma, Por Esto ! restent debout et leur culture doit nous aider. Jean-Paul Damaggio

PS : Pour tous les dessinateurs de La Jornada, Trump est un fasciste et Helguera lui fait dire dans celui-ci : "Je contrôle les sénateurs et les députés ?" "Que c'est bien, je ne vais avoir nesoin d'incendier le Reichstag."