narcisses-en-melange

J'achève la lecture du très beau livre d'Elena Poniatowska, Tinisima aussi je reprends ici ce petit conte qui nous éloigne des querelles classiques sur le cas Trump. J-P Damaggio

 La Jornada, 18 novembre 2016

Elena Poniatowska y Lukasz Czarnecki

Le devin aveugle

En Novembre 2014, Javier Cercas a publié son roman L'imposteur, la vie de Enric Marco, l'homme qui a menti quand il a écrit qu'il avait été dans un camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. Cercas cite Les Métamorphoses d'Ovide : on ne se connaît pas soi-même. Narcisse vivra longtemps, prédit Tirésias, le devin aveugle. En voyant son reflet dans l'eau, Narcisse tombe amoureux de lui-même et accomplit les paroles de Tirésias. Cercas écrit : « Le narcissiste fabrique, sur la base de l'autopromotion, de rêves de grandeur et d'héroïsme, un fantasme flatteur, un mensonge (...)"

 Trump est une variation de Narcisse, un escroc, un malhonnête, "quelqu'un qui trompe les gens." Ses paroles ont "narcisé" 60 millions 582 000 159 de personnes : Obama est le pire président de l'histoire, il a falsifié son certificat de naissance, les sans-papiers doivent quitter le pays; Obamacare est catastrophique et doit disparaître le premier jour de mon mandat, le Mexique va payer le mur, le mariage homosexuel et l'avortement sont illégaux, Hillary Clinton est tordu et ainsi de suite.

 Après l'élection, en seulement cinq jours, Trump a changé son discours: Obama est grand, les Clinton sont de bonnes personnes, les sans-papiers de bons travailleurs immigrés, certains éléments de Obamacare aussi, je n'ai pas de problème avec le mariage gay, et, dans certains endroits, entre les Etats-Unis du Mexique une clôture suffira.

 Javier Cercas a écrit: "Le narcissiste vit dans la désolation et la peur, l'insécurité chronique masquée par un aplomb constant (y compris l'arrogance ou l'orgueil, sur le fil de l'abîme de la folie, effrayé par le vide vertigineux qui existe en lui-même, amoureux de la fiction qu'il a enjolivé par une construction faite pour oublier sa réalité repoussante  ...) "

 Même dans l'ascenseur de la Tour Trump à New York, un bouton indique 68 quand la tour a seulement 58 étages. Javier Cercas précise que Enric Marco "a découvert que le passé ne se produit jamais ou du moins le sien et celui de son pays, et a découvert que, qui contrôle le passé domine le présent et l'avenir »(p. 190). Trump a fermé le passé de son pays avec quatre mots: Make America Great Again slogan sur le moteur de recherche Google se compte 71 millions 700 000 fois.

 Le triomphe de Trump est temporaire, comme celui du Narcisse d'Ovide. Narcise meurt et son corps devient «une fleur jaune aux pétales blancs autour du centre», comme le note Tirésias, le devin aveugle.