couv dupuy

J’avais tapé sur le moteur de recherche « Henri Lefebvre occitanie » et je tombe sur une conférence d’Henri Giordan écrite en mars 1968 quand il était à l’université de Fribourg, culture ethnique et société industrielle, et donnée dans le cadre du stage de formation occitane organisé par le Calen de Marselha à Coaraze (Alpes-Maritimes) du 5 au 12 avril 1968.

 Et je lis : « Depuis quelques années - cinq ans environ - un public occitan est en train de se constituer. Ce fait sociologique a permis à A. Dupuy de créer une nouvelle maison d'édition qui vit uniquement en éditant des livres en occitan, Lo Libre Occitan (Lavit, Tarn-et-Garonne) : les ventes de cette maison sont approximativement dix fois plus grandes que celles des ouvrages comparables édités par l'Institut d'Etudes Occitanes de Toulouse. »

 Qu’elle n’est pas cette double surprise : André Dupuy est là, avec son succès de Lo Libre occitan !

 L’ami André Dupuy célébré par Henri Giordan dès avant mai 68 pour un succès… qui venait de faire faillite ! On peut être un grand universitaire sans être au courant de tout !

dans le bureau

Notons qu'une fois de plus nous avons la preuve que l'année 1968 ne fut pas une surprise mais la manifestation de phénomènes de fond, sur le terrain de l'occitanisme comme sur d'autres. Les événements vont donner résonnance à des réalisations existantes même si le pauvre Dupuy est obligé de constater l'échec financier de son premier rêve qui va pendant 25 ans l'éloigner de sa chère Lomagne pour le bas Languedoc. Quand j'ai lu les hommages de Giordan à Dupuy je pensais que ça tenait au fait qu'il étai devenu languedocien mais non, il ne le sera qu'après.

 André Dupuy a raconté sa vie dans un livre étrange comme l’est cet homme de combat, ce pionnier, ce paradoxe ambulant. Le titre d’abord : « Un homme et son pays, Le paysan se fait historien ». L’éditeur c’est André Dupuy qui pour l’occasion a obtenu le soutien du Crédit Agricole et du Conseil régional. Le livre est tout de même à 39 euros pour 570 pages et a été publié en juillet 2007 par le fidèle imprimeur d’Orthez.

 

le fourgon

André Dupuy, fils de paysan n’a fait qu’un cours séjour au collège de Castelsarrasin préférant devenir un autodidacte même si ça ne nourrit pas son homme. Inspiré par Alphonse Daudet pour la littérature et J-F Millet pour la peinture, c’est en écoutant une émission radio en occitan qu’il va être marqué définitivement par cette révélation : sa langue gasconne n’est pas seulement celle du quotidien paysan mais aussi celle de toute une culture.

Et il va se lancer dans ce projet fou de créer une maison d’édition consacrée au livre occitan.

lagarde

Seul il n'appartient à aucune chapelle et va décider de s'adresser à toute l'occitanie et il va réussir grâce à un camion qui va sillonner le pays d'oc. Son audace, sa combativité, va rencontrer une curiosité médiatique. Mais nous n'étions pas à l'ère de l'informatique et la publication de livres coûte cher. Pendant trois ans il devra d'abord se refaire une santé financière avant de publier son propre livre (auparavant il avait édité des grands noms de la littérature) : la petit encyclopédie occitane qui est une révélation à son époque. De ce livre il faut retenir un côté surprenant du personnage : sa passion pour l'image. Alors qu'il est un défenseur d'une langue surtout parlée, le déclic qui le fait passer à l'acte, c'est une photo, un dessin, une illustration, en clair une image. Nous devions publier ensemble un texte du paysan Gérard Tartanac et le projet traînait quand un jour il me téléphone : "J'ai trouvé l'illustration !". Et le voilà lancé…

Il a quitté Lavit pour suivre son neveu. Son association aux riches productions est toujours active.

J-P Damaggio